Par Alain Marshal
Résumé : Les élus de La France insoumise ont, de longue date, validé les éléments de langage atlantistes et sionistes qui diabolisent l’Iran, pays qualifié par Jean-Luc Mélenchon de « régime théocratique [qui] pose une question importante à la civilisation » et représente un « danger pour l’humanité », et accusé par Rima Hassan d’avoir « massacré son peuple » par dizaines de milliers au mois de janvier, chiffre fantaisiste asséné sans l’ombre d’une preuve. Au lieu de se déclarer solidaires d’un pays anti-impérialiste moderne menacé de destruction, qui est à bien des égards l’équivalent de Cuba au Moyen-Orient, ils ont présenté le « changement de régime » comme une nécessité politique et morale, préparant ainsi le terrain à l’agression qu’ils font mine de condamner une fois que le mal est fait.
Le 1er mars, Mélenchon est même allé jusqu’à renvoyer dos à dos les deux pays agresseurs (les Etats-Unis et Israël) et l’Iran agressé, inventant de toutes pièces un prétendu « suprémacisme » iranien pour justifier cette équivalence indigne, qualifiant une guerre impérialiste d’ « affrontement des suprémacistes ». Il a également banalisé l’attaque contre le Guide suprême iranien en affirmant « Quand meurt [sic] son dirigeant Ali Khamenei, je suis obligé de dire que je n’éprouve pas de tristesse », sans aucune pensée pour la violation éhontée de la Charte de l’ONU que constitue cet assassinat, pour les risques considérables qu’il fait peser pour la paix mondiale, ni même pour la femme, la fille et la petite-fille de 14 mois de Khamenei, tuées à ses côtés dans sa résidence, les idéaux « féministes » proclamés ne les concernant manifestement pas. Aurait-on entendu un tel discours si, sans provocation, l’Iran avait assassiné Trump/Netanyahou et leurs épouses, filles et petites-filles, poussant le monde au bord du gouffre ?
S’exprimant au nom d’un peuple iranien largement fantasmé (celui de la diaspora occidentalisée, qui représente autant les aspirations du peuple iranien que les exilés anticastristes de Miami représentent celles des Cubains), les élites de la « gauche progressiste » refusent au peuple iranien réel le droit à l’autodétermination, par hostilité à un modèle de société ancré dans un système de gouvernement et de valeurs islamique honnis par « l’Occident civilisé ». Ce faisant, elles piétinent les principes mêmes de souveraineté des peuples, de liberté et de droit international qu’elles prétendent défendre.
Suite à l’agression américano-sioniste contre l’Iran le 28 février 2026, acte d’une immense perfidie perpétré en pleines négociations entre Washington et Téhéran, le rituel a été immuable :
- en premier lieu, condamner le « régime » iranien et saluer plus ou moins explicitement la « mort » (surtout ne jamais dire « assassinat ») de Khamenei, en le qualifiant de « tyran du peuple iranien » que « personne ne pleurera » (Alma Dufour, Mathilde Panot) ;
- après avoir ainsi fourni une justification à la guerre d’agression américano-israélienne, le crime suprême selon le Tribunal de Nuremberg, et validé la rhétorique abjecte des criminels contre l’humanité que sont Trump et Netanyahou concernant la prétendue « dictature des mollahs », proclamer, la main sur le cœur, que l’on ne cautionne pas la guerre et dissocier artificiellement les autres victimes de ces frappes, tout en affirmant sa solidarité avec le « peuple iranien » (demander un cessez-le-feu en son nom est bienvenu, à condition de ne pas parler des droits légitimes de l’Iran, qu’il s’agisse du droit de se défendre ou de sanctions contre les agresseurs) ;
- enfin, et surtout, ne faire aucune référence au fait que le peuple iranien est descendu dans la rue par millions pour soutenir son « régime » en janvier 2026, comme il l’avait fait en janvier 2020 après l’assassinat de Qassem Soleimani, et comme il le fait encore aujourd’hui chaque jour sous les bombes ; car ce ne sont pas les véritables aspirations des Iraniens qui importent, profondément enracinées dans son histoire, ses valeurs et sa spiritualité, qui imprègne chaque aspect de la vie sociale et personnelle des enseignements de l’islam chiite duodécimain et d’un profond attachement pour le Prophète et sa descendance, mais plutôt celles que l’ « Occident civilisé » détermine pour lui, cherchant à le modeler à son image, mentalité coloniale oblige.
Il est absolument écœurant de constater que plus de deux ans de génocide à Gaza n’ont rien fait pour dissiper l’ignorance crasse, imprégnée de racisme et d’islamophobie, de nos prétendues élites progressistes quant aux réalités du Moyen-Orient. Dès le mois de janvier, lors des émeutes sanglantes en Iran ouvertement soutenues par Israël et les Etats-Unis, qui n’étaient qu’une tentative de « révolution de couleur » (lire Révolution de couleur en Iran : la complicité abjecte des médias occidentaux), LFI a immédiatement validé la propagande atlantiste. Même Rima Hassan, qui est souvent la « voix de la sagesse », combattant les réflexes paternalistes de la gauche, n’a pas jugé nécessaire de mentionner le recours généralisé aux armes blanches et aux armes lourdes chez les « manifestants pacifiques » et le meurtre de centaines de membres des forces de sécurité, et a cautionné le chiffre fantaisiste de 30 000 manifestants tués, alors qu’il a été fabriqué de toutes pièces par une opposante de la diaspora (lire Une ancienne blogueuse de mode et un médecin douteux à l’origine de l’opération psychologique « 30 000 morts » en Iran). Elle a même pris pour argent comptant l’ignoble accusation selon laquelle les familles des victimes devraient payer des rançons pour récupérer les cadavres de leurs proches. Celle-là même qui, à raison, dénonçait la propagande génocidaire sur le 7 octobre, suscitant l’indignation d’un Aymeric Caron, a commis la même faute en calomniant le principal soutien de la Palestine, préparant le terrain à l’agression impérialiste en lui fournissant une justification morale.

La France insoumise, qui avait réussi à se distancier du discours inepte du « ni Maduro ni Trump » sur le Venezuela et avait dénoncé la position neutraliste de la CGT, reproduit précisément ce travers avec l’Iran, et manifeste une complaisance coupable face au crime sans précédent que constitue l’assassinat d’un dirigeant étranger, servilement qualifié par Mélenchon de « bourreau de son peuple ». Il s’agit pourtant d’une violation encore plus grave que l’enlèvement de Maduro, la Convention de l’ONU de 1973 sur la prévention et la répression des infractions contre les personnes jouissant d’une protection internationale (tels que les chefs d’Etat) définissant comme crime tout acte intentionnel de meurtre, enlèvement ou autre attaque contre la personne ou la liberté d’une telle personne. Ce faisant, Mélenchon reprend la propagande américano-sioniste et balaie d’un revers de main les millions d’Iraniens qui le vénèrent et le considèrent comme leur chef politique et spirituel, leur niant leurs « droits inaliénables » et le respect de leurs institutions.

Depuis 1979, les Etats-Unis ont tout fait pour renverser le « régime iranien », de même qu’ils ont tout fait pour renverser le « régime castriste » après 1959 : actes de guerre, terrorisme — rappelons que les Moudjahidines du Peuple (MEK-OMPI), responsable de la mort de milliers d’Iraniens et longtemps considéré comme groupe terroriste en Occident, sont protégéq par la France —, blocus économique génocidaire, et surtout une propagande constante et éhontée accusant ces gouvernements des crimes et atrocités les plus invraisemblables. Si les sympathies politiques de La France insoumise leur donnent les outils intellectuels pour résister aux récits dominants concernant Cuba ou le Venezuela (Fidel Castro, Che Guevara et Hugo Chavez ont été tout aussi diabolisés que Khomeini et Khamenei, voire davantage), le rejet LFIste de principe de toute forme de gouvernement religieux, même lorsqu’il jouit d’une immense légitimité populaire, les rend en revanche particulièrement réceptifs aux narratifs médiatiques hostiles à l’Iran, au point d’en être les relais actifs et zélés. LFI ne cesse de se vanter, par exemple, de parrainer des condamnés à mort en Iran, présentés comme des prisonniers politiques, même quand ils sont accusés d’actes violents de lynchage et de meurtres contre des civils ou des forces de sécurité, comme on peut en voir un exemple sur cette vidéo. Les victimes « pro-régime » de ces émeutes sanglantes, ainsi que leurs femmes & enfants, ne méritent-elles aucune compassion ? Doivent-elles être cachées, pour ne pas ternir le vernis romantique du récit « Femme, Vie, Liberté », un slogan qui n’avait d’autre but que de préparer le terrain au carnage auquel on assiste à présent ? Et est-ce que LFI parraine des condamnés à mort ailleurs qu’en Iran, notamment aux Etats-Unis ?
Dans un discours prononcé à Londres en 2011, Julian Assange déclarait :
« Posons-nous la question suivante au sujet des médias complices, qui constituent la majorité de la presse dominante : quel est le nombre moyen de morts imputable à chaque journaliste ? […] Qui sont les criminels de guerre ? Ce ne sont pas seulement les dirigeants, ce ne sont pas seulement les soldats : ce sont aussi les journalistes. Les journalistes sont des criminels de guerre. »
Cette accusation s’étend, de toute évidence, aux relais politiques de cette propagande médiatique, dont la fonction est de préparer l’opinion publique à l’acceptation, voire à la justification, de guerres d’agression meurtrières et génocidaires, dont l’Iran, tout comme Cuba, sont directement victimes aujourd’hui.
Un « manifestant pacifique » en Iran : Mélenchon, qui leur adresse toute son admiration et tout son soutien, prône-t-il également l’usage du lance-flammes contre les FDO en France ?
Écoutons donc Mélenchon, le « tribun de la plèbe », nous faire part de ses « lumières » sur l’agression israélo-américaine de l’Iran :
« C’est la première fois qu’il y a une guerre avec pas de gentils. C’est la première fois qu’il y a une guerre avec que des gens qu’on n’aime pas. [sic] Le gouvernement de l’Iran ne me suscite aucune sympathie : pour ma part, je le combats depuis la première heure, j’ai l’âge pour ça. Quand meurt [sic] son dirigeant Ali Khamenei, je suis obligé de dire que je n’éprouve pas de tristesse… »
Mélenchon affirme ensuite que, tout comme le nazisme était une forme de suprémacisme, Trump, Netanyahou et Khamenei seraient chacun des suprémacistes en concurrence pour la domination (sur sa chaine Youtube, la vidéo est du reste intitulée Iran : nous sommes entrés dans une ère d’affrontement des suprémacistes) :
« Le suprémacisme nord-américain qui est le cœur de tous les suprémacismes fait monter les autres et ils s’affrontent avec ces concurrents qui eux aussi sont des suprémacistes. Et que se passe-t-il dans le gouvernement de monsieur Netanyahou où siègent des partis qui se disent suprémacistes ? Alors là pour le coup je ne l’invente pas. C’est un suprémacisme ethnique qui au nom de sa supériorité proclamée par les textes les plus vénérables décide d’exterminer tous ceux qui ne sont pas de leur avis et qui ne sont pas de leur ethnie. Et de même Ali Khamenei et ses complices proclamaient une forme de supériorité à l’intérieur de l’Islam et sur le Moyen-Orient. Le suprémacisme est le mal de notre époque qu’il s’agit de vaincre. »
Nous sommes désolés de le dire, élections municipales ou non (car ce qui se joue au Moyen-Orient en dépasse largement les enjeux, y compris pour notre quotidien en France), mais ces propos immondes relèvent d’une rhétorique de gusano. Jean-Luc Mélenchon prête à l’Iran une volonté hégémonique inventée de toutes pièces (« Alors là pour le coup tu l’inventes »), alors que le seul « crime international » de ce pays est de s’être historiquement inscrit dans une logique de souverainisme et de résistance à l’impérialisme américain et sioniste, en soutenant des mouvements de libération en Palestine et au Liban (à l’image de Cuba en Amérique latine et en Afrique) et en contribuant de manière décisive à l’éradication de Daech. Plus grave encore, Mélenchon met sur un même plan les velléités expansionnistes alléguées de l’Iran et des décennies d’agressions avérées et génocidaires menées par les États-Unis et Israël. Une telle équivalence relève d’une falsification grossière et efface la distinction fondamentale entre agresseurs et agressés pour mieux les renvoyer dos à dos. Cette grille de lecture indéfendable, qui reprend un poncif de la rhétorique de Netanyahou (la comparaison entre Iran et nazisme est récurrente chez lui comme chez Mélenchon), ne repose sur aucune réalité empirique et sert uniquement à légitimer une inversion des responsabilités. Mettre sur le même plan les crimes impérialistes et sionistes documentés et répétés avec de simples intentions prêtées à l’Iran, pays qui n’a attaqué aucun État depuis des siècles, relève d’un parallèle qui défie toute logique. Et Jean-Luc Mélenchon de conclure courageusement : « Ni Shah, ni mollahs. »
M. Mélenchon n’éprouve donc aucune tristesse pour Khamenei, ni pour sa femme, ni pour sa fille, ni pour son gendre, ni pour sa petite-fille de quatorze mois, assassinée à ses côtés, à moins d’adopter la logique israélienne selon laquelle, pour « éliminer » une personne, on peut en tuer des dizaines, voire des centaines avec elle, en invoquant les « dommages collatéraux », ou en les reléguant purement et simplement dans l’oubli, niant leur existence même. Aucune tristesse non plus pour le droit international, pour les buts et principes consacrés dans la Charte des Nations unies, pour les normes fondamentales régissant les relations entre États, ni pour la paix et la stabilité mondiales. Ni, enfin, pour les plus de 100 millions d’Iraniens et de musulmans chiites à travers le monde — y compris en France et dans les autres pays européens et occidentaux — qui pleurent la perte de leur autorité spirituelle. Car Ali Khamenei jouissait d’une influence et d’une popularité que seuls les ignorants et les idéologues aveugles aux faits qui les dérangent peuvent contester : pour ses partisans, il représentait (et représente toujours) davantage que le pape pour les catholiques, et son assassinat est un acte impensable bien au-delà de ses rangs.
Pourquoi la « tristesse » de ces millions de personnes ne suscite-t-elle pas l’empathie de Mélenchon ? Pour la seule raison qu’elles n’adhèreraient pas au modèle de société promu par LFI, qui s’oppose par principe à l’idée d’une République islamique ? Et ce quand bien même celle-ci serait massivement soutenue par le peuple, simplement parce que l’idée même d’une théocratie le révulse ? « Les curés n’ont rien à faire au pouvoir, quelle que soit leur soutane », déclarait Mélenchon, dissociant artificiellement l’héritage perse de l’Iran de son héritage islamique, et récusant même son caractère démocratique du seul fait de sa teneur religieuse, une absurdité manifeste : la Constitution de la République islamique d’Iran a été adoptée par référendum, de manière bien plus massive que celle de la Ve République. Mélenchon a même osé affirmer, inventant encore une fois de toutes pièces des propos qu’aurait tenus Mahmoud Ahmadinejad menaçant Israël d’annihilation nucléaire (ce sont des fabrications de Netanyahou), que « le régime iranien pose une question importante à la civilisation humaine, moi je n’ai pas peur de le dire. Un régime théocratique est toujours un danger pour le reste de l’humanité. Partout où l’on met des religieux au pouvoir, il faut s’attendre à des abominations. Eh bien, voici que l’Iran confirme que c’est abominable de mettre des religieux au pouvoir. » C’est précisément cette rhétorique enflammée et même haineuse, qu’on attendrait plus de la part de l’extrême droite israélienne que de l’extrême gauche française, qui a rendu possible la catastrophe à laquelle le monde assiste aujourd’hui.
Aux yeux de Mélenchon et de la « gauche progressiste », il faut renverser le régime iranien, même si cela implique de le renvoyer à l’âge de pierre, comme la Syrie et la Libye, en détruisant toutes ses remarquables réalisations depuis 1979 dans des domaines tels que la santé, l’éducation et les sciences. Des acquis obtenus malgré des sanctions paralysantes et des pressions extérieures persistantes, à l’instar de ce qu’a réalisé Cuba : amélioration spectaculaire de l’espérance de vie, expansion de l’enseignement médical et supérieur, croissance rapide de la production scientifique et de l’innovation, autosuffisance dans les secteurs pharmaceutique et de la haute technologie, etc. Peu importe qu’en Iran, les femmes représentent jusqu’à 70 % des diplômés en STIM (sciences, technologie, ingénierie et mathématiques), ou 50% des médecins ; mais, faut-il croire, elles ne seront pas « libres » tant qu’elles n’adopteront pas les mœurs occidentales (surtout vestimentaires, semble-t-il), et que des parades LGBT n’auront pas lieu à Téhéran — le même type de discours délirant qui est utilisé pour condamner le Hamas, et fait fi du caractère conservateur de la société palestinienne. Une telle cécité, un tel déni pur et simple du droit à l’autodétermination politique et culturelle des peuples d’Orient, sont scandaleux.

Zahra Mohammadi Golpayegani
Bien que la tradition occidentale n’humanise que les victimes israéliennes, jugées seules dignes de compassion, défions les conventions et donnons un nom et un visage aux martyrs : ci-dessus, Zahra Mohammadi Golpayegani, âgée de 14 mois, petite-fille de Khamenei, assassinée avec sa famille. Aucune tristesse, vraiment ?
Et ci-dessous, plusieurs visages des victimes de l’attaque contre une école primaire de filles (combien l’éducation non mixte doit vous paraître abominable, M. Mélenchon) dont le port du voile, que vous avez un jour qualifié de « chiffon sur la tête », vous choquera certainement, surtout à un si jeune âge. Doit-on considérer qu’elles ont été « libérées » de l’oppression ?

Mélenchon, dont on se souvient des condamnations, affirmations de solidarité et autres éclats passionnés après le 7 octobre (pour un échantillon des déclarations indignes de LFI à ce sujet, lire Gaza, les masques tombent), oserait-il dire « je n’éprouve pas de tristesse » si Trump ou Netanyahou avaient été tués avec leur épouse, leurs enfants et leurs petits-enfants, sans provocation, déclenchant une guerre régionale susceptible de devenir rapidement une troisième guerre mondiale ? Jamais de la vie. Il aurait condamné avec force l’acte même de terrorisme international que constitue l’assassinat d’un dirigeant étranger, évoqué toutes ses ramifications potentiellement cataclysmiques et mentionné explicitement les victimes. Mais lorsqu’il s’agit de l’Iran, rien de tout cela n’a d’importance. Les vies iraniennes et israéliennes ne sont pas égales aux yeux des « suprémacistes », qu’ils soient ethniques, politiques ou civilisationnels, n’est-ce pas, M. Mélenchon ?
L’exemple de LFI n’est certes pas unique. Mediapart, longtemps considéré comme l’un des principaux médias de gauche en France, ne prend même plus la peine de dissimuler ses allégeances atlantistes et sionistes, qu’il assume désormais ouvertement. Il avait félicité Israël pour le « coup de génie » que représentait l’attaque terroriste massive par bipeurs contre le Liban (avant de réviser discrètement cette description en « succès stratégique », ayant été dénoncé pour sa formulation initiale apologétique), et s’emploie désormais explicitement à faire passer la victime pour le coupable : ainsi, le « spécialiste » de l’Iran Jean-Pierre Perrin va-t-il jusqu’à y affirmer que l’Iran l’a bien cherché parce qu’il refusait de « capituler sur ses fondements », à savoir ses capacités de défense (les armes nucléaires n’étant qu’un prétexte grossier), et refusait de se laisser démembrer. Voir à ce sujet l’article surréaliste « Plutôt que de capituler sur ses fondements, le régime iranien préfère endurer la guerre », mis en pièces par les commentaires des abonnés de Mediapart eux-mêmes, qui tournent de plus en plus le dos à cette ignoble flagornerie pro-OTAN.
Si nos aspirants grands hommes se souciaient véritablement du droit international, des droits des peuples, ainsi que de la paix et de la sécurité mondiales, l’assassinat de Khamenei serait unanimement condamné avec horreur et indignation, tant pour lui-même que pour les conséquences désastreuses qu’il pourrait entraîner, allant d’une crise économique planétaire à une troisième guerre mondiale. Si les « animaux humains » iraniens possédaient autant de dignité que les vies occidentales et israéliennes aux yeux de nos « féministes » autoproclamées, les 168 écolières iraniennes prises pour cible par Israël auraient fait la Une de tous les journaux, et suscité des condamnations éclipsant largement celles provoquées par l’histoire des quarante bébés israéliens décapités, qui n’existaient que dans l’imagination putride des propagandistes. Au lieu d’accusations grotesques d’expansionnisme ou d’impérialisme dirigées contre l’Iran, on nous rappellerait à chaque instant qu’Israël, champion intergalactique du massacre d’enfants et de la destruction d’écoles et d’hôpitaux, rêve de transformer tout le Moyen-Orient en Gaza et veut s’assurer que Trump mène à bien jusqu’au bout l’ « Opération Fureur d’Epstein », et que l’Iran est le dernier rempart face à ce projet mortifère.
La grande tradition historique de solidarité internationale, qui conduisit autrefois des Françaises et des Français à risquer leur vie et à endurer la torture pour soutenir le FLN algérien, n’existe plus. Au mieux, on peut s’attendre à ce que les « progressistes » et autres prétendus « révolutionnaires » mettent l’agresseur et la victime sur un pied d’égalité. En croyant vouer l’Iran aux poubelles de l’histoire, ils ne font que se disqualifier eux-mêmes, se plaçant à la traîne des peuples qui les ont déjà devancés sur le terrain de la conscience politique.
Comme l’affirme Craig Mokhiber, ancien directeur du bureau de New York du Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme, qui a démissionné de ses fonctions pour protester contre l’hypocrisie de l’ONU et des capitales occidentales,
Nous vivons un moment comparable à 1939. La machine d’extermination israélienne, tout en perpétrant un génocide en Palestine et une agression meurtrière en Iran, ravage le Liban, semant la mort et la destruction sur une vaste portion du pays. Des quartiers entiers ont été détruits, des villages nettoyés ethniquement, des centaines de personnes assassinées, beaucoup d’autres blessées et mutilées, et un million de Libanais déplacés. Le monde extérieur, États et institutions internationales, certains par peur, d’autres en complicité manifeste, ne viennent pas à leur secours. L’apaisement a échoué. La diplomatie a échoué. Les recours au droit international ont échoué. Le peuple libanais, qui priait pour la paix, n’a désormais d’autre choix que de combattre ce régime monstrueux, avant qu’il ne soit trop tard, et les autres pays de la région doivent le soutenir, ne serait-ce que par intérêt personnel. L’alternative est la mort, la destruction et l’asservissement. Et tous les peuples libres doivent œuvrer solidairement avec les peuples libanais, palestinien et iranien. L’anarchie et l’impunité du régime israélien constituent des menaces existentielles pour tous les habitants de la région, pour la paix et la sécurité internationales, et pour le droit international lui-même. La machine doit être vaincue.
Loin de ceux qui revendiquent la neutralité face à l’injustice et qui, comme l’a dit Desmond Tutu, ne font que se placer objectivement du côté de l’oppresseur, loin des lâches qui prônent l’apaisement face à la machine de mort impérialiste et sioniste, nous affirmons notre véritable solidarité internationaliste avec la République islamique d’Iran face aux agresseurs. Nous affirmons non seulement son droit à se défendre (ce qu’a fait Rima Hassan), mais aussi son droit à choisir son propre modèle de société, y compris celui d’une « théocratie », qui n’est un mot tabou que pour les laïcards invétérés, quand bien même ils auraient déclaré leur repentir.
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