Quand les médias jouent les pom-pom girls pour une guerre d’agression contre l’Iran

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Nous traduisons ci-dessous deux articles récents de Jonathan Cook qui dénoncent la BBC et le Guardian britanniques pour leur propagande belliciste éhontée. Ces analyses sont tout à fait valables pour nos propres médias, mais nous les complèterons prochainement par un article consacré au traitement de l’Iran par Mediapart, dont le zèle atlantiste ne connait aucune limite. Rappelons que Mediapart, qui valide sans recul, sans vergogne et sans l’ombre d’une preuve les chiffres fantaisistes de « trente mille morts [en Iran], peut-être davantage », redite morbide des 40 bébés décapités du 7 octobre, n’a que très tardivement qualifié de « génocide » l’extermination des Palestiniens à Gaza, se justifiant ensuite en dénigrant ceux qui l’avaient fait beaucoup plus tôt comme ayant cédé à un « réflexe pavlovien ». Ceux qui, hier, renvoyaient dos à dos le bourreau et la victime par le slogan « ni Hamas ni Netanyahou », récidivent aujourd’hui par le non moins infâme « Ni shah ni mollahs », qui démontre soit une ignorance crasse, soit un mépris assumé pour le droit des peuples jugés « inférieurs » à disposer d’eux-mêmes, voire un racisme et une islamophobie plus ou moins décomplexés.

Craig Mokhiber, un ancien directeur du Haut-Commissariat de l’ONU aux droits de l’homme qui a démissionné en octobre 2023 pour protester face à la complicité des institutions internationales avec Israël, a souligné le fait que les médias occidentaux qui « inondent la presse et les ondes de mensonges, de distorsions, de militarisme, de chauvinisme et d’une propagande de guerre flagrante » contre l’Iran, ont fait de même pour couvrir le génocide en Palestine (voir  Sur Mediapart, les crimes fictifs du Hamas ont éclipsé les atrocités bien réelles d’Israël). Ils violent non seulement l’éthique journalistique mais aussi le droit international, se faisant une nouvelle fois les complices enthousiastes du crime suprême d’agression. La destruction de l’Irak, de la Libye et de la Syrie n’ont manifestement pas épanché leur volonté de voir anéantir les nations arabo-musulmanes et leurs populations, au service des seuls intérêts atlantistes et sionistes.

Lire également Emeutes meurtrières en Iran : le silence complice des médias occidentaux, article censuré par Mediapart.


The Guardian joue les pom-pom girls pour une guerre d’agression contre l’Iran

Jonathan Cook, 30 janvier 2026

Traduction et notes entre crochets Alain Marshal

Les médias dominants ne représentent pas les intérêts de l’humanité. Ils défendent ceux des milliardaires et de leurs affidés, qui tirent d’énormes profits d’une machine de guerre constamment en quête de prétextes pour tuer.

Le droit international est absolument clair. Si les États-Unis attaquent l’Iran, il s’agira d’une guerre d’agression et du « crime international suprême ».

La mission même des médias prétendument libéraux, comme The Guardian, est de vous persuader que ce n’est pas cela qui est en jeu. De vous amener à douter de ce que vous voyez pourtant de vos propres yeux.

Regardez ce titre et ce sous-titre, d’une malhonnêteté stupéfiante, publiés dans l’édition d’aujourd’hui :

La menace d’une guerre entre les États-Unis et l’Iran s’intensifie alors que Trump avertit que le temps presse pour parvenir à un accord. Le président américain déclare que l’armada en route vers l’Iran est « prête à accomplir ses missions par la force si nécessaire ».

 « La menace d’une guerre entre les États-Unis et l’Iran s’intensifie » occulte délibérément la vérité : ce sont les États-Unis qui « intensifient » la situation, et cette intensification est entièrement illégale.

« Trump avertit que le temps presse pour parvenir à un accord » donne l’impression que Trump disposerait d’une quelconque autorité pour lancer cet « avertissement ». Hé, Guardian, peut-être agit-il au nom de son Conseil de la paix ?

La réalité, c’est qu’il ne dispose d’aucune autorité de ce genre. Celle-ci appartient aux Nations unies. Ce que fait Trump n’est pas un avertissement, mais une menace, une menace d’agression totalement illégale.

Quoi qu’il en soit, l’Iran tente de ramener les États-Unis à la table des négociations depuis que Trump a unilatéralement déchiré l’accord initial [sur le nucléaire] il y a huit ans. Le temps ne « presse » que parce que les États-Unis ont décidé qu’ils avaient désormais besoin d’un prétexte pour lancer une guerre d’agression illégale. Pourquoi The Guardian ne le précise-t-il pas clairement dans ses titres ?

Au lieu de cela, il inverse la réalité. Selon The Guardian, Trump serait celui qui chercherait à conclure un accord, ce même Trump qui a déchiré l’accord initial, refusé de reprendre les négociations et bombardé l’Iran l’été dernier, dans un nouvel acte d’agression illégal.

« Le président américain affirme que l’armada en route vers l’Iran est “prête à remplir sa mission par la violence si nécessaire” ». Voilà simplement la manière dont The Guardian dissimule le fait que Trump se prépare à violer le droit international en menant une guerre d’agression, le « crime suprême ».

Le titre et le sous-titre de The Guardian présentent tous deux un acte d’illégalité suprême commis par les États-Unis comme s’il s’agissait d’une mesure d’application de la loi. Ce n’est pas du journalisme. C’est un encouragement à une guerre illégale dans laquelle les civils iraniens [déjà étranglés par des sanctions dont le but assumé est de leur rendre la vie impossible pour les pousser au soulèvement] paieront inévitablement le prix le plus lourd.

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Nous devons cesser de croire que les médias dominants représentent les intérêts de l’humanité [et nous devons cesser de croire que Mediapart se distingue d’eux en quoi que ce soit sur les questions internationales]. Ils défendent les intérêts de la classe des milliardaires et de leurs satellites, qui tirent d’immenses profits d’une machine de guerre ayant constamment besoin d’excuses pour tuer.

Les médias dominants ne demandent jamais de comptes à ces milliardaires. Leur seule fonction est de servir de bras armé à leur communication et à leurs relations publiques.


La BBC plaide en faveur d’une guerre illégale contre l’Iran avec des mensonges encore plus gros que ceux de Trump

Jonathan Cook, 29 janvier 2026

Traduction et notes entre crochets Alain Marshal

Le diffuseur public britannique déverse de la désinformation dans nos salons, des mensonges qui non seulement nous laissent dans l’ignorance d’événements internationaux majeurs, mais nous rapprochent toujours davantage d’une conflagration mondiale.

Voici un nouvel exemple de journalisme totalement irresponsable de la BBC dans l’édition de News at Ten diffusée ce soir.

La correspondante diplomatique Caroline Hawley commence par relayer avec une crédulité confondante le chiffre fantaisiste de « dizaines de milliers de morts » lors des récentes manifestations en Iran, alors qu’il s’agit de chiffres fournis par des opposants au régime. Comparez cela avec les deux années de prudence constante, de précautions verbales et de minimisation systématique dont fait preuve la BBC lorsqu’il s’agit du nombre de Palestiniens tués par Israël à Gaza.

L’idée que, en quelques jours, les forces de sécurité iraniennes aient pu tuer autant d’Iraniens qu’Israël a tué de Palestiniens à Gaza, par des bombardements massifs et prolongés, le rasage méthodique de cette minuscule enclave et l’affamement de sa population, défie toute logique. Si ces chiffres paraissent manifestement absurdes, c’est parce qu’ils le sont.

Soit le nombre de morts en Iran est massivement gonflé, soit le nombre de morts à Gaza est très largement sous-estimé. Ou, bien plus probablement, les deux chiffres sont intentionnellement instrumentalisés pour tromper.

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La BBC poursuit un agenda politique selon lequel il est acceptable de faire la une avec un bilan des morts en Iran inventé et exagéré, parce que nos dirigeants ont désigné l’Iran comme un Ennemi Officiel. À l’inverse, la BBC suit un agenda politique opposé qui estime légitime d’user d’innombrables précautions pour minimiser le nombre de morts à Gaza, un chiffre pourtant déjà presque certainement très inférieur à la réalité, parce qu’Israël est un Allié Officiel.

Ce n’est pas du journalisme. C’est de la sténographie au service des gouvernements occidentaux, qui choisissent leurs ennemis et leurs alliés non en fonction de critères éthiques ou juridiques, mais uniquement selon leur utilité dans la lutte de l’Occident pour dominer les ressources pétrolières du Moyen-Orient.

Remarquez un autre élément. Ce sujet, qui attire une nouvelle fois l’attention du public occidental sur le massacre présumé de manifestants en Iran plus tôt ce mois-ci, est utilisé par la BBC pour faire avancer l’argumentaire en faveur d’une guerre contre l’Iran, sous couvert de préoccupations strictement humanitaires que Trump lui-même ne semble pourtant pas partager.

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Trump a envoyé son armada de navires de guerre dans le Golfe non parce qu’il prétend vouloir protéger les manifestants (les frappes de missiles tueraient en réalité sans aucun doute bien davantage de civils iraniens) mais parce qu’il affirme vouloir contraindre l’Iran à négocier son programme nucléaire.

Les dirigeants occidentaux ont déjà empilé de nombreuses couches de mensonges concernant l’Iran, notamment l’affirmation répétée depuis des années selon laquelle l’Iran chercherait à se doter de l’arme nucléaire (une accusation pour laquelle il n’existe toujours aucune preuve) ainsi que l’idée que Téhéran serait responsable de l’effondrement de l’accord encadrant son programme nucléaire civil. En réalité, c’est Trump, lors de son premier mandat, qui a déchiré cet accord.

L’Iran a réagi en enrichissant de l’uranium au-delà des seuils classiques requis pour un usage civil, une décision dont Téhéran a informé Washington à maintes reprises et qui visait clairement à inciter l’administration Biden à renouveler l’accord que Trump avait saboté.

Au lieu de cela, à son retour au pouvoir, Trump a utilisé cet enrichissement non comme un motif de reprise de la diplomatie, mais comme un prétexte : d’abord pour durcir les sanctions américaines, qui ont encore davantage asphyxié l’économie iranienne et aggravé la pauvreté des Iraniens ordinaires ; puis pour lancer, l’été dernier, une attaque contre l’Iran qui semble avoir eu peu d’impact sur son programme nucléaire, mais qui a servi à affaiblir ses défenses aériennes, à assassiner certains de ses dirigeants et à semer la terreur au sein de la population.

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Il convient également de noter, même si la BBC se garde bien de le rappeler, que les sanctions américaines constituent une forme de punition collective infligée à la population iranienne, en violation du droit international, et que les frappes menées l’an dernier contre l’Iran relevaient clairement d’une guerre d’agression, définie comme « le crime international suprême » [par le tribunal de Nuremberg].

Le président américain se présente aujourd’hui comme celui qui chercherait à ramener l’Iran à la table des négociations en envoyant une armada de navires de guerre, alors que c’est lui qui, en mai 2018, a renversé cette même table de négociation et déchiré ce que l’on appelait le Plan d’action global conjoint (JCPOA, ou accord sur le nucléaire iranien).

La BBC, bien entendu, ne fait aucune mention de ce contexte pourtant essentiel pour évaluer la crédibilité des déclarations de Trump sur ses intentions envers l’Iran. À la place, sa rédactrice en chef pour l’Amérique du Nord, Sarah Smith, répète mécaniquement comme un fait l’affirmation sans preuve de la Maison-Blanche selon laquelle l’Iran disposerait d’un « programme d’armes nucléaires » que Trump voudrait « éliminer ».

Mais au-delà de cela, des médias comme la BBC ajoutent encore leurs propres couches de tromperie pour vendre l’idée d’une guerre américaine contre l’Iran.

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Premièrement, ils tentent de donner un vernis de nouveauté à de vieilles informations sur la répression violente des manifestations en Iran, en citant des bilans de morts extraordinaires et totalement infondés, puis en les reliant aux raisons invoquées par Trump pour entrer en guerre. Après les désastres de l’Afghanistan, de l’Irak, de la Libye et d’ailleurs, leur couverture médiatique se recentre une fois de plus sur de grotesques justifications humanitaires à la guerre, alors même que Trump n’établit lui-même aucun lien de ce type.

Deuxièmement, le reportage de Sarah Smith pour la BBC expose froidement les mécanismes américains de l’attaque contre l’Iran, à savoir la préparation de la guerre, sans jamais mentionner qu’une telle attaque constituerait une violation flagrante du droit international. Il s’agirait là, encore une fois, du « crime international suprême ».

Elle se contente au contraire d’observer : « Donald Trump sent qu’il a l’occasion de frapper un leadership affaibli à Téhéran. Mais comment va-t-il s’y prendre ? Il a évoqué dans son message des actions militaires couronnées de succès qui l’ont sans aucun doute enhardi après celles menées au Venezuela et plus tôt l’an dernier en Iran. »

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Imaginez, si vous le pouvez (mais vous ne le pourrez pas), la BBC exposant avec le même détachement les plans du président russe Vladimir Poutine visant à passer de l’invasion de l’Ukraine à des frappes militaires contre la Pologne. Ses correspondants énuméreraient calmement le nombre de missiles massés près des frontières polonaises, les exigences formulées par le dirigeant russe pour éviter une attaque, ainsi que les obstacles pratiques à une telle opération. L’un d’eux conclurait en citant les « succès » antérieurs autoproclamés de Poutine, comme l’invasion de l’Ukraine, pour justifier ses nouvelles actions militaires.

C’est impensable. Et pourtant, il ne se passe pas un jour sans que la BBC diffuse ce type de propagande belliciste flagrante, déguisée en journalisme. Le public britannique est contraint de financer ce flot ininterrompu de désinformation qui envahit ses salons, des mensonges qui non seulement l’empêchent de comprendre des événements internationaux cruciaux, mais nous rapprochent toujours davantage du bord de l’abîme d’une conflagration mondiale.


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