Miguel Díaz-Canel, président de Cuba : Trump mène une guerre contre les peuples

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Conférence de presse de Miguel Mario Díaz-Canel Bermúdez, Premier secrétaire du Comité central du Parti communiste de Cuba et Président de la République, devant les médias nationaux et étrangers, au Palais de la Révolution, le 5 février 2026, « Année du centenaire du Commandant en chef Fidel Castro Ruz ».

Cette conférence de presse du président cubain, que nous traduisons intégralement malgré sa longueur (nous mettons en gras les extraits qui nous paraissent les plus importants), détaille de manière précise les problématiques auxquelles doit faire face Cuba face aux mesures génocidaires de l’administration Trump, qui visent non plus seulement à asphyxier l’île – c’est le but des sanctions américaines depuis plusieurs décennies – mais à provoquer son effondrement brutal. Alors que de nombreux médias et voix prétendument progressistes se font les relais de la propagande impériale contre Gaza, Cuba, le Venezuela ou l’Iran, se prétendant solidaires des peuples tout en condamnant le système politique qu’ils ont choisi et les dirigeants qu’ils se sont désignés, il convient de donner la parole aux principaux concernés pour rétablir des vérités élémentaires. Il est enfin nécessaire de rappeler cette parole immortelle de Desmond Tutu, trop oubliée par tant de « gusanos » qui cachent leur ignorance crasse, leur lâcheté et/ou leur racisme/islamophobie derrière des slogans ineptes tels que « Ni Hamas ni Netanyahou », « Ni Maduro ni Trump », « Ni shah ni mollahs » : « Si vous êtes neutre dans des situations d’injustice, vous avez choisi le camp de l’oppresseur. »

Source : presidencia.gob.cu

Traduction (assistée par IA) et notes entre crochets : Alain Marshal

1) Introduction

2) Les buts de l’administration Trump

3) Les relations entre Cuba et le Venezuela

4) L’action des amis de Cuba dans le monde

5)  Une guerre contre les peuples

6)  Le dialogue avec les Etats-Unis       

7) La défense nationale

8) Cuba et le terrorisme

9) Crise et transition énergétiques

10) Cuba et « l’option Zéro » carburant

11) Survie et démocratie populaire

12) La jeunesse cubaine

1) Introduction

Arleen Rodríguez : Salutations à toutes et à tous.

Le Premier secrétaire du Comité central du Parti et Président de la République, le camarade Miguel Díaz-Canel Bermúdez, répondant à la demande de plusieurs organes de presse ces dernières heures, a décidé de nous consacrer une partie de son agenda chargé afin de répondre aux questions que vous souhaitez lui poser.

Je ne sais pas, Monsieur le Président, si vous préférez introduire le dialogue.

Miguel M. Díaz-Canel : Je voudrais simplement vous adresser de nouveau mes salutations et vous remercier tous d’avoir souhaité cette rencontre à un moment aussi complexe que celui que traverse le pays.

Nous sommes conscients que la population est préoccupée par tout ce qui s’est produit, ainsi que par l’intense campagne médiatique de calomnie, de haine et de guerre psychologique que l’on cherche à imposer en ce moment.

Cette rencontre avec vous nous offre l’occasion d’expliquer, sur un ensemble de sujets, quelles sont nos projections, de quelle manière nous cherchons à sortir de cette situation dans les plus brefs délais et, surtout, avec quelle disposition, quelle volonté et quels efforts.

Arleen Rodríguez : Vous nous disiez en arrivant que vous veniez de tenir une réunion importante.

Miguel M. Díaz-Canel : Cela nous a également conduits à définir un ensemble de priorités. Nous avons procédé à une série d’évaluations au sein du Bureau politique, du Comité exécutif du Conseil des ministres et du Conseil de défense nationale ; et nous venons tout juste de tenir une réunion du Conseil des ministres afin d’actualiser un plan.

En particulier, au Conseil des ministres, nous avons examiné les directives gouvernementales destinées à faire face à une pénurie aiguë de carburant. Et vous comprendrez précisément pourquoi nous abordons ce sujet.

Arleen Rodríguez : Je donne la parole à mes collègues.

Je vais commencer par Oliver Zamora, qui nous avait également demandé d’aborder la situation postérieure au 3 janvier.

Oliver Zamora, représentant de RT, Russia Today.

Oliver Zamora : Salutations, Monsieur le Président.

Miguel M. Díaz-Canel : Salutations, Oliver.

Oliver Zamora : J’aimerais vous interroger sur deux points. Le premier concerne la rhétorique de l’effondrement qui a commencé à se renforcer au sein du gouvernement des États-Unis, de la part de son président Donald Trump, bien entendu relayée par des médias proches de ce gouvernement après les événements du 3 janvier.

J’aimerais que vous puissiez approfondir la question du niveau réel de dépendance qui existait entre les deux gouvernements et ce que l’on peut désormais attendre des relations bilatérales entre Cuba et le Venezuela.

Le second point concerne la vague de solidarité dont Cuba a bénéficié. Pensez-vous que cette solidarité, jusqu’à présent exprimée sur le plan discursif, puisse également se traduire par une solidarité plus concrète, malgré les menaces des États-Unis ?

2) Les buts de l’administration Trump

Miguel M. Díaz-Canel : Très bien, Oliver.

Je pense que la théorie de l’effondrement et l’insistance sur cette idée sont étroitement liées à la théorie de l’État défaillant ainsi qu’à tout un ensemble de constructions par lesquelles le gouvernement des États-Unis a tenté de caractériser la situation cubaine.

Précisément, cette théorie de l’effondrement est associée à l’un des axes — ou à l’une des directions — dans lesquels s’inscrit l’action du gouvernement des États-Unis pour renverser la Révolution cubaine.

Je dirais qu’il existe deux axes fondamentaux : l’asphyxie économique, qui remonte aux années soixante avec le mémorandum Mallory, et l’agression militaire. Cela est très bien résumé dans l’une des déclarations récentes du président des États-Unis, lorsqu’il a affirmé, dans la première partie d’une phrase, qu’ils avaient appliqué contre Cuba toutes les pressions possibles, reconnaissant ainsi qu’il ne s’agit pas d’un État défaillant, mais d’un État qui a dû affronter, avec une grande résistance, des pressions maximales — non pas de la part de n’importe qui, mais les pressions maximales d’asphyxie économique exercées par la principale puissance mondiale. Une puissance qui, de surcroît, repose sur une base impériale et poursuit un objectif hégémonique de domination.

D’autre part, il y a l’agression militaire, lorsque la seconde partie de cette phrase affirme qu’il ne restait plus qu’à prendre la place et à la raser, à occuper le lieu et à le raser.

Je pense que, dans notre histoire — au cours des 67 années de Révolution, depuis l’instauration du blocus — cette théorie de l’asphyxie économique, cette volonté d’asphyxie économique, a toujours été présente. Je dis souvent que toutes les générations de Cubains nées dans les premières années de la Révolution, jusqu’aux plus récentes — nos enfants, nos petits-enfants — sont nées et ont vécu sous le blocus, sous le signe de cette asphyxie économique. Nous avons toujours connu des pénuries, nous avons toujours affronté des difficultés complexes, nous avons toujours dû fonctionner au milieu de vicissitudes, d’impositions et de pressions qui ne sont infligées à aucun autre pays au monde, et encore moins de manière aussi prolongée. Les exemples de ce que nous avons vécu en témoignent.

Ce qui se passe, c’est que l’effondrement — et cela relève d’une mentalité, d’une philosophie impériale — n’appartient pas à la mentalité des Cubains. L’effondrement ne peut être associé uniquement aux pressions et aux intentions d’un gouvernement impérial. Dans notre conception face à l’effondrement, il y a le concept de résistance, de résistance créative, qui implique la défense des idées auxquelles nous croyons, la défense des convictions auxquelles nous croyons, ainsi qu’une conviction de victoire à laquelle nous croyons également.

Je ne suis pas un idéaliste ; je sais que nous allons connaître des temps difficiles. Nous en avons déjà connu, et ceux-ci sont particulièrement difficiles. Mais nous les surmonterons ensemble, grâce à une résistance créative, grâce aux efforts et au talent de tous les Cubains, de la majorité des Cubaines et des Cubains.

3) Les relations entre Cuba et le Venezuela

La relation avec le Venezuela ne peut être qualifiée de relation de dépendance. Beaucoup cherchent à la présenter comme telle entre deux pays, et ce faisant, ils la restreignent, la réduisent à un simple échange de marchandises et de services. Or ce n’est pas la réalité de la relation que nous avons entretenue avec la Révolution bolivarienne.

Depuis que Chávez a pris la tête de la Révolution bolivarienne, s’est tissée une relation de coopération et de collaboration fondée sur des principes de solidarité, mais surtout d’intégration et de complémentarité : comment deux pays frères et amis pouvaient tirer parti de leurs potentialités respectives dans le cadre de cette intégration, de cette complémentarité. C’est ainsi qu’est né, il y a plus de 25 ans, l’Accord de coopération intégrale entre Cuba et le Venezuela.

Et pourquoi « intégrale » ? Parce qu’elle couvre de nombreux domaines : l’énergie, la souveraineté alimentaire, l’éducation, l’enseignement supérieur, l’alphabétisation, la formation des cadres, la formation des ressources humaines. Elle englobe également des secteurs liés à l’industrie, à l’exploitation minière, aux télécommunications, aux échanges culturels, ainsi qu’aux échanges politiques. Et cette dynamique a dépassé le cadre strict des relations bilatérales entre Cuba et le Venezuela.

Dans le cadre de cette relation et de cet accord, rappelons que, quatre ans plus tard, est née l’ALBA-TCP, qui consistait à étendre les principes de cette relation à un groupe de pays d’Amérique latine et des Caraïbes.

Par la suite, l’ALBA-TCP a également soutenu Petrocaribe, un ensemble de projets à dominante énergétique, mais avec une orientation sociale, axée sur la justice sociale, l’équité, les opportunités, les bénéfices et le développement des peuples — non plus seulement du Venezuela et de Cuba, mais de l’ensemble de l’Amérique latine et des Caraïbes.

On y retrouve le concept d’intégration, cette intégration dont rêvèrent Martí et Bolívar, que défendirent Fidel et Chávez, et à laquelle nous sommes tous attachés, car des milliers de Cubains ont participé à des missions réalisées dans le cadre de cet accord et de cette collaboration.

J’ai expliqué à d’autres occasions — et je le dis avec conviction — qu’aucun bloc d’intégration régionale n’a obtenu en si peu de temps les succès sociaux réalisés par l’ALBA-TCP, née de cette relation étroite entre Cuba et le Venezuela.

Rappelons également un élément fondamental, je dirais même profondément émouvant : la Mission Milagro (Miracle), qui a rendu la vue à plus de 3,5 millions de Latino-Américains atteints de maladies pouvant être traitées par d’autres approches — non pas selon une logique commerciale, ni selon une logique d’enrichissement, mais selon une logique de justice sociale et d’équité.

Grâce à la méthode cubaine d’alphabétisation « Yo sí puedo » (« Oui, je peux »), dans ce contexte d’intégration, quatre pays sont parvenus à éradiquer l’analphabétisme et se sont déclarés territoires libres d’analphabétisme. Vous pourriez me dire : « Mais c’est là une conquête sociale à laquelle tout le monde aspire. » Oui, mais qui n’est pas encore réalisée à l’échelle mondiale.

Remarquez qu’en Amérique latine et dans les Caraïbes, depuis que Cuba s’est déclarée premier territoire libre d’analphabétisme dans cette région, combien d’années — combien de décennies — se sont écoulées avant que quatre autres pays puissent en faire autant ? Et ils y sont parvenus précisément grâce à ce concept de complémentarité et d’intégration, dans un système de relations fondé non pas sur l’égoïsme, mais sur ces principes mêmes — des principes plus humanistes, porteurs d’une approche qui consiste à ne laisser personne de côté.

Bien sûr, des relations économiques et commerciales ainsi que des projets de collaboration très importants ont été tissés. L’un de ces projets, notamment dans le domaine de l’énergie, consistait à compenser, par la prestation (par Cuba) de services médicaux, une part importante des (nos) besoins en carburant — non pas la totalité, mais une part significative, surtout dans les périodes les plus récentes. À une autre époque, ces mécanismes couvraient l’ensemble des besoins en carburant de notre pays ; aujourd’hui, ce n’est plus le cas. Rappelons que le Venezuela a été soumis à des sanctions, à des mesures coercitives, à des pressions, ce qui a également affecté cet échange, maintenu dans une très large mesure, mais sans toujours atteindre les niveaux d’autrefois.

La situation est aujourd’hui fortement affectée depuis le début du blocus énergétique, du blocus naval imposé au Venezuela, qui a empêché l’arrivée à Cuba de navires vénézuéliens ou de navires d’autres pays transportant du carburant vénézuélien. Elle s’est encore aggravée avec le décret exécutif adopté ces derniers jours par le gouvernement des États-Unis, qui, en manipulant les pays fournisseurs de pétrole par la menace de droits de douane, a pratiquement transformé, sous ce prétexte, cette situation en un blocus énergétique contre notre pays.

L’avenir des relations avec le Venezuela dépend de la manière dont nous serons capables de construire cet avenir à partir de la situation actuelle : celle d’un Venezuela agressé, dont le président et son épouse ont été illégalement enlevés et sont détenus dans une prison aux États-Unis.

En matière de collaboration, nous n’imposons rien. Nous offrons notre collaboration, nous partageons notre solidarité lorsque des gouvernements, des peuples ou des nations nous le demandent. Et c’est sur cette base que nous avons maintenu, au cours de ces années, cette collaboration avec le Venezuela.

Tout le monde connaît la phrase de Martí relative à son engagement envers le Venezuela, que nous avons tous faite nôtre [« Donnez-moi le Venezuela à servir : il a en moi un fils. »]. Par conséquent, nous avons également des engagements envers cette terre bolivarienne, et nous éprouvons à son égard des sentiments très profonds. Et tant que le gouvernement vénézuélien encouragera et défendra la collaboration, Cuba sera disposée à collaborer.

4) L’action des amis de Cuba dans le monde

L’autre question concerne les soutiens. Je pense qu’il y a eu, de manière immédiate, un soutien au niveau international. Plusieurs déclarations ont été faites par des porte-parole, des ministères des Affaires étrangères, des dirigeants internationaux et des mouvements regroupant des pays.

J’avais ici un relevé, une chronologie depuis le 1er février, des marques de soutien reçues : le Mouvement Morena [parti politique mexicain au pouvoir] ; la porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères, Maria Zakharova, qui s’est exprimée à plusieurs reprises ces derniers jours ; l’ambassadeur de Russie auprès de l’Organisation des Nations unies ; la représentante démocrate Rashida Tlaib, d’origine palestinienne et élue du Michigan ; le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Guo Jiakun ; le gouvernement vénézuélien ; le ministre belge de la Mobilité, du Climat et de la Transition environnementale, qui s’est exprimé en ce sens à la Chambre des représentants de son pays ; les eurodéputés Irene Montero (Espagne) et Marc Botenga (Belgique) ; le secrétaire général du parti au pouvoir en Afrique du Sud, le Congrès national africain ; la présidente Claudia Sheinbaum, qui, pratiquement chaque matin lors de ses conférences de presse, répond à des questions concernant la position du Mexique et son soutien à Cuba ; le ministère mexicain des Affaires étrangères ; l’ambassade de Chine à Washington ; le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov ; notre ami Ziouganov, dirigeant du Parti communiste de la Fédération de Russie ; l’ambassadeur de Russie au Venezuela ; l’Association d’amitié Cuba–Philippines ; le représentant démocrate Gregory Meeks, du district de New York ; le président Poutine.

Nous avons appris aujourd’hui qu’une déclaration a été publiée par le Mouvement des pays non alignés, ainsi qu’une autre par les États membres du Groupe des amis en défense de la Charte des Nations unies.

Nous savons également qu’aujourd’hui ont eu lieu des conversations téléphoniques entre le président et secrétaire général du Parti communiste chinois, Xi Jinping, et le président de la Fédération de Russie, Vladimir Poutine ; au cours de ces échanges ont été exprimés le soutien, l’engagement et la décision de poursuivre la collaboration et la coopération avec le Venezuela et Cuba. Voilà, de manière générale, ce que l’on peut dire concernant les soutiens et les déclarations intervenus.

Mais derrière ces discours, il y a d’autres éléments, des choses que nous ne pouvons pas encore expliquer ouvertement aujourd’hui, car l’ennemi poursuit toutes les perspectives qui pourraient s’ouvrir à Cuba, toutes les voies qui pourraient s’ouvrir à Cuba. Je peux toutefois vous assurer, en toute responsabilité, que Cuba n’est pas seule et qu’en un moment comme celui-ci, de nombreux acteurs — gouvernements, pays, institutions, entreprises — sont disposés à travailler avec Cuba et nous ont déjà fait parvenir des propositions, des mécanismes et des intentions quant à la manière d’agir.

La persécution énergétique, la persécution financière, le durcissement de ces mesures coercitives sont tels que nous savons devoir mener un travail très intense, très créatif, très intelligent pour surmonter tous ces obstacles ; mais il existe, dans le monde, du courage au sein d’un ensemble d’institutions, de personnes et de gouvernements prêts à nous soutenir. C’est ce que nous pouvons dire ou expliquer aujourd’hui, [sans entrer dans le détail] pour des raisons évidentes.

Arleen Rodríguez : Merci, Monsieur le Président.

Claudia, représentant l’agence de presse de la République populaire de Chine, Xinhua, avait demandé la parole en même temps qu’Oliver. Qu’Esther Liliam se tienne prête.

Claudia Fonseca : Bonjour, Monsieur le Président.

Comme vous l’avez mentionné, ce décret exécutif a suscité des manifestations de rejet face au renforcement du blocus énergétique. J’aimerais que vous nous disiez ce que les pays du Sud global pourraient faire concrètement pour soutenir Cuba dans ce domaine.

5) Une guerre contre les peuples

Miguel M. Díaz-Canel : Chaque fois que l’on observe ce qui se passe, les enseignements et les leçons que nous avons pu tirer ces derniers jours de ce qui s’est produit au Venezuela et de la réaction, après les événements au Venezuela, du gouvernement des États-Unis à l’égard de Cuba et d’autres pays, on en vient à se demander ce que le monde pourrait faire. Car je pense que le monde ne peut pas se laisser écraser, le monde ne peut pas se laisser humilier, le monde ne peut pas permettre que la force écrase le multilatéralisme. Je pense et je crois que, sur des questions comme celle-ci, la première chose à faire est de comprendre : les pays doivent comprendre, les peuples doivent comprendre ce qui est en train de se passer.

Ils doivent comprendre que nous sommes tous confrontés, sans exception, à une guerre qui est politique, qui est idéologique, une guerre qui comporte également une dimension culturelle et une dimension communicationnelle, médiatique. Il s’agit du concept d’une guerre non conventionnelle, d’une guerre de quatrième génération qui combine tous ces éléments et d’autres encore.

Pourquoi est-ce une guerre idéologique ? Parce qu’il s’agit d’imposer la pensée hégémonique de la principale puissance impérialiste mondiale.

Pourquoi est-ce une guerre culturelle ? Parce que, pour que l’hégémonie de cette puissance prévale à l’échelle mondiale, il faut rompre les liens avec les racines culturelles des peuples. Il faut déployer toutes les manœuvres possibles pour que les peuples considèrent leur culture et leur histoire comme obsolètes. Je parle de la culture au sens le plus large, afin que les individus renient leur identité, qu’ils aient honte de leur histoire, pour pouvoir ensuite assimiler et se voir imposer les paradigmes et les modèles de cette philosophie hégémonique, de cette philosophie impériale.

Et c’est une guerre médiatique, car vous avez vu que toutes les phases de l’agression contre le Venezuela ont d’abord été conçues avec, comme fil conducteur transversal, la manière dont l’opinion publique était gérée, dont l’opinion publique internationale était manipulée, la façon dont agissaient les médias et les réseaux sociaux. Une guerre psychologique d’une grande ampleur est aujourd’hui menée contre Cuba : des pressions pour fracturer l’unité, pour créer la méfiance, pour promouvoir l’incertitude — autant d’éléments qui démontrent la perversité de ces actions.

Je pense donc que la première chose que doivent comprendre les peuples, les gouvernements, les pays, les nations, le Sud global, c’est cela : comprendre ce qui est en jeu, quels sont les scénarios dans lesquels se déroule cette confrontation, quel avenir on cherche à nous imposer à partir de ce présent si brutal. Ensuite, il faut rechercher l’articulation, rechercher l’unité.

Rechercher une unité qui ne soit pas seulement rhétorique, mais qui soit aussi une unité d’action, de dénonciation constante, de recherche de toute forme possible d’intégration en blocs ou en fronts défendant des idées, en promouvant également des actions économiques, commerciales, de coopération et de collaboration qui défendent le multilatéralisme.

Je pense qu’il existe actuellement des blocs qui exercent un rôle moteur en ce sens, comme les BRICS, qui offrent des perspectives différentes pour le Sud global ; les relations mêmes de puissances comme la Chine et la Russie avec les pays du Sud sont d’une autre nature ; il y a aussi l’Union économique eurasiatique et d’autres blocs ; le Mouvement des pays non alignés doit jouer un rôle fondamental à cet égard, tout comme le Groupe des 77. Il s’agit de parvenir à une mobilisation anti-hégémonique présentant une caractéristique qui doit nous distinguer — car elle est inhérente aux postulats de cet hégémonisme — à savoir une articulation antifasciste.

On agit comme le faisaient les hordes hitlériennes lorsqu’on agresse un pays, lorsqu’on écrase le monde, lorsqu’on enlève un président ou lorsqu’on commet des actes criminels contre des navires, contre des personnes, de manière extrajudiciaire, sans aucun fondement légal.

Je n’oserais pas citer concrètement les actions qui, selon moi, pourraient être entreprises, car cela compromettrait trop d’autres acteurs ; mais il existe des voies, j’en suis certain. Le problème est que, pour emprunter ces voies et parvenir à cette intégration, nous devons tous, dans le Sud global, faire preuve de courage et de détermination.

Esther L. González (Canal Caribe) : Salutations, Monsieur le Président, à vous et à tous ceux qui nous accompagnent.

Monsieur le Président, à plusieurs reprises vous avez évoqué l’opportunité, ainsi que la disposition au dialogue avec les États-Unis. J’aimerais savoir concrètement si vous seriez disposé à engager des conversations avec les États-Unis, selon quels principes vous le feriez et quels seraient les points à l’ordre du jour.

6) Le dialogue avec les Etats-Unis

Miguel M. Díaz-Canel : Il faut rappeler que, dans l’histoire des relations entre Cuba et les États-Unis depuis le triomphe de la Révolution, relations caractérisées par une asymétrie que nous connaissons tous — asymétrie marquée avant tout par l’imposition d’un blocus économique, commercial et financier pendant tant d’années, maintenu et renforcé à l’heure actuelle — il a toujours existé, aux États-Unis comme au niveau international, des personnes et des organisations qui ont favorisé des voies, des ponts, des espaces de dialogue ou des canaux de communication. À plusieurs reprises, ces efforts ont abouti ; et lorsqu’ils ont abouti, ils ont permis que nous parlions d’égal à égal sur des sujets pour lesquels nous pouvons même avoir des points de vue différents, mais qui doivent être abordés conjointement, car nous appartenons à la même aire géographique, nous sommes des voisins très proches.

Il y a les questions migratoires, les questions de sécurité, la lutte contre le narcotrafic, la lutte contre le terrorisme ; il y a des questions environnementales liées à l’ensemble des mers et à tout ce qui entoure le golfe du Mexique, aux courants marins ; il y a aussi des questions de collaboration scientifique, d’échanges universitaires — l’agenda des sujets susceptibles d’être abordés est vaste.

Il a toujours existé une position historique de Cuba, définie et défendue par le Commandant en chef Fidel Castro, poursuivie par le général d’armée Raúl, et qui, à mon sens, demeure inaltérable et inchangée aujourd’hui. Cuba est disposée à dialoguer avec les États-Unis sur tous les sujets que l’on souhaite débattre.

À quelles conditions ? Sans pressions — car on ne peut dialoguer sous pression ; sans conditions préalables ; sur un pied d’égalité ; dans le respect de notre souveraineté, de notre indépendance et de notre autodétermination ; sans aborder de sujets qui nous blesseraient et que nous pourrions considérer comme une ingérence dans nos affaires intérieures. Un tel dialogue pourrait permettre de construire une relation de voisinage civilisée, susceptible d’apporter des bénéfices mutuels à nos peuples, aux peuples des deux nations.

Les Cubaines et les Cubains ne haïssent pas le peuple américain ; nous reconnaissons les valeurs du peuple américain, les valeurs de son histoire, les valeurs de sa culture.

Chaque fois que nous avons eu l’occasion d’ouvrir des espaces de rencontre entre nos peuples — dans les domaines scientifique, sportif, religieux, culturel, sanitaire, et même au niveau politique — nous avons constaté qu’il existe de nombreux domaines dans lesquels nous pouvons travailler ensemble, sans préjugés, et qui peuvent apporter énormément.

Vu sous un autre angle, de combien de choses privons-nous nos deux peuples à cause de cette politique décadente, de cette politique arrogante, de cette politique criminelle de blocus, et de l’acharnement à le maintenir — au point de l’avoir encore renforcé aujourd’hui et de continuer à en resserrer l’étau. L’ordre du jour pourrait porter sur tous les sujets que nous avons évoqués.

Telle est notre position. C’est aussi une position de continuité, et je pense qu’elle est possible.

Aleen Rodríguez : Merci, Monsieur le Président.

Raciel Guanche, du journal Juventud Rebelde, demande la parole.

Raciel Guanche (Juventud Rebelde) : À la suite de la note officielle publiée récemment concernant les différentes étapes ainsi que l’approbation des plans et mesures relatifs au passage à l’état de guerre, une certaine inquiétude s’est également manifestée au sein de la population. Nous souhaiterions savoir où en est aujourd’hui le pays dans cette préparation à la défense.

7) La défense nationale

Miguel M. Díaz-Canel : D’accord.

Je pense qu’il peut effectivement exister une inquiétude au sein de la population, mais je crois qu’elle est moindre précisément parce que la population participe à ce processus. L’inquiétude vient d’ailleurs : de cet essaim annexionniste que nous voyons à l’œuvre, de ceux qui commencent à faiblir, de ceux qui se montrent lâches ou faibles face aux pressions et à la guerre psychologique menée contre nous, face aux annonces d’une possible agression militaire ou d’un nouveau durcissement du blocus contre Cuba, avec les conséquences que cela pourrait avoir pour notre peuple.

Il y a une réalité : Cuba est un pays de paix. La doctrine de défense, ou doctrine militaire, de notre pays repose sur la conception de la « Guerre de tout le peuple », qui est un concept de défense de la souveraineté et de l’indépendance nationales. Elle ne prévoit en aucun cas, à aucun moment, sous aucun aspect ni dans aucune disposition, (de procéder à) l’agression d’un autre pays. Nous ne représentons pas une menace pour les États-Unis.

En revanche, celui qui parle constamment d’agression, et qui a surtout adopté une rhétorique insultante au sujet d’une possible agression contre Cuba, c’est le gouvernement des États-Unis à l’heure actuelle.

Les révolutionnaires savent ce que signifie défendre une révolution, et que la révolution, comme l’ont expliqué Fidel et Raúl, si elle ne sait pas se défendre et ne renforce pas sa capacité de défense, a beaucoup de mal à survivre dans certaines circonstances. Il est donc de notre devoir souverain, face à un danger d’agression, de nous préparer à la défense.

Ainsi, lorsque nous avons analysé tout ce qui se produisait — les événements du 3 janvier au Venezuela, leurs implications pour l’Amérique latine et les Caraïbes, les menaces dans la région et celles visant Cuba —, l’une des priorités que nous avons établies a été de déployer un plan de préparation à la défense dans le cadre de la « Guerre de tout le peuple ». Celui-ci comprend la préparation du système de défense territoriale de notre pays à tous les niveaux : depuis la zone de défense, la municipalité et la province, jusqu’au Conseil de défense nationale ; des unités régulières des FAR et du MININT ; des brigades de production et de défense ; des Milices des troupes territoriales ; ainsi que des structures implantées dans les zones de défense et des groupements spéciaux, afin d’élever notre niveau de préparation à la défense. Ce qui est légitime et même prévu par notre Constitution.

Nous avons déclaré les samedis Journées nationales de la défense et, de manière progressive et systématique, tous les éléments de notre système de défense territoriale se préparent. Nous participons nous-mêmes à cette préparation.

À ce jour, deux activités de préparation ont été menées par le Conseil de défense nationale. La première a consisté à actualiser l’ensemble des plans destinés à faire face à une agression, au sein des organes de travail du Conseil de défense nationale ; nous les avons mis à jour et y avons intégré des précisions fondées sur les enseignements tirés des conflits internationaux récents.

D’autre part, lors d’une autre réunion du Conseil de défense nationale, nous avons actualisé le Plan de passage à l’état de guerre, si cela s’avérait nécessaire. Et cela a été publié, car nous ne le cachons pas, nous ne le cachons pas !

La note publiée par le Conseil de défense indiquait exactement ceci : « En application des activités prévues pour la Journée de la défense et dans le but d’accroître et de perfectionner le niveau de préparation et de cohésion des organes de direction et du personnel, le Conseil de défense nationale s’est réuni ce samedi afin d’analyser et d’approuver les plans et mesures relatifs au passage à l’état de guerre, dans le cadre de la préparation du pays selon la conception stratégique de la « Guerre de tout le peuple ». »

Il n’est pas dit que nous passons à l’état de guerre ; il est dit que nous nous préparons à y passer si cela devait s’avérer nécessaire à un moment donné.

Telle est la réalité. Tout le reste n’est que manipulation, immédiatement relayée par tout le système d’intoxication médiatique qui défend les intérêts du gouvernement des États-Unis.

Et notre peuple participe : j’ai visité des unités militaires où nous avons mené des exercices ; j’ai échangé avec des étudiants universitaires qui ont également pris part à des missions de défense dans des zones de défense municipales ; et nous continuerons à participer systématiquement à ce type d’activités.

Arleen Rodríguez : Passons maintenant aux agences de presse.

Je souhaitais, à titre d’information complémentaire — que je ne vous avais pas donnée — préciser que, parmi les médias qui ont demandé cette conférence de presse, se trouvent ici les représentants des médias étrangers, que nous avons déjà entendus ; la télévision, comme il est logique, avait également demandé son espace ; et sont présents les agences de presse Prensa Latina, avec son président Jorge Legañoa, et Norland Rosendo, directeur de l’Agence cubaine de presse, qui est invité à se préparer.

Jorge Legañoa (Agence d’information latino-américaine Prensa Latina) : Salutations, Monsieur le Président.

Miguel M. Díaz-Canel : Salutations, je vous adresse une chaleureuse accolade.

Jorge Legañoa : Avant toute chose, je tiens à vous remercier pour cet espace qui nous permet également de relayer les questions que se pose notre population et que nous avons nous-mêmes reçues.

Je vous demande de revenir un instant sur le décret exécutif de la semaine dernière, car il est intéressant de voir comment est invoquée la question de l’état d’urgence nationale, ce qui n’est d’ailleurs pas la première fois. Je souhaiterais vous poser plusieurs questions enchaînées et vous demander si vous pouvez y répondre une à une.

Sommes-nous un pays qui parraine le terrorisme international ? C’est une question récurrente, et je crois qu’il est important de la poser.

La rhétorique américaine évoque une protection accordée à des terroristes dans notre pays : protégeons-nous des terroristes à Cuba ? En lien avec cela, existe-t-il des forces militaires, de renseignement ou d’autres nations sur le sol cubain ? Ou bien y a-t-il des discussions en cours avec certaines nations, certains pays, pour installer des bases de renseignement ou des bases militaires à Cuba, au-delà de celle qui existe historiquement ?

8) Cuba et le terrorisme

Miguel M. Díaz-Canel : Vous me posez une question à laquelle vous avez répondu des milliers de fois et sur laquelle nous vous avons vu disserter à maintes reprises ; mais, comme vous le disiez, c’est un sujet d’actualité et il figure également à l’ordre du jour du débat public dans notre pays.

Lorsque l’on passe en revue l’histoire de la Révolution cubaine, on peut constater avec quelle systématicité, avec quelle intensité, avec quelle perversité le gouvernement des États-Unis a agi en promouvant des actes terroristes contre la Révolution.

Il y a les plus de 600 tentatives d’attentat connues contre notre Commandant en chef (Fidel Castro), toute une série de faits historiques relevant du terrorisme. Pour n’en rappeler que quelques-uns survenus dans les provinces que j’ai dirigées : Boca de Samá, à Holguín ; la lutte contre les bandits dans l’Escambray, à Villa Clara, Cienfuegos et Sancti Spíritus, où furent exécutés, assassinés des paysans et des révolutionnaires, parmi lesquels un jeune homme comme Manuel Ascunce, qui ne faisait qu’alphabétiser des paysans afin qu’ils aient accès à la lumière du savoir.

Il faut dire qu’un élément commun à tous ces faits, à toutes ces manifestations de terrorisme, est qu’ils ont été organisés, financés et soutenus successivement par les gouvernements des États-Unis.

L’un des événements les plus marquants dans le pays, par sa portée et par les paroles vibrantes de notre Commandant en chef en cette occasion, fut le crime contre l’avion (de ligne civil) de la Barbade, dans lequel 73 personnes ont péri [cet attentat a été organisé par Luis Posada Carriles, exilé cubain anticastriste réfugié aux États-Unis. Interrogé des années plus tard sur l’affaire, il déclara : (« Je dors comme un bébé »).].

Lors d’une visite que nous avons effectuée dans les Caraïbes, il y a quelques années, nous avons eu l’occasion de rendre hommage aux victimes de ce crime, en partageant un moment avec l’un des fils d’une des victimes de l’attentat contre l’avion de Cubana de Aviación, aux côtés de Tin Cremata, directeur de La Colmenita. Je me souviens que cette rencontre, cet après-midi-là, en présence de la Première ministre de la Barbade, Mia Mottley, fut très émouvante et profondément ressentie par les Cubains présents, et en particulier par Tin qui, dans ses paroles, a également relaté toute la douleur qu’il a éprouvée depuis son enfance, aux côtés de sa famille, en raison de la perte de son père.

Je vous dirais plus encore : nous avons aujourd’hui connaissance de projets d’actes terroristes qui sont soutenus, financés et préparés aux États-Unis pour agresser Cuba en un moment comme celui-ci ; le moment venu, nous en fournirons les informations et nous formulerons toutes les dénonciations que cela mérite.

Comment peut-on parler de terrorisme à Cuba, un pays qui a été victime du terrorisme de la part de celui-là même qui nous accuse ? C’est une impudence, une immoralité, une manipulation, un mensonge, une calomnie ; mais nous disposons de faits très récents, et l’on voit avec quelle malhonnêteté les gouvernements des États-Unis ont instrumentalisé la question du terrorisme en accusant Cuba.

Rappelons-nous qu’à quelques jours de la passation de pouvoir aux États-Unis, le président en exercice nous incluait sur la liste des pays supposés soutenir le terrorisme, et nous savons tous qu’il s’agit de l’une des mesures qui ont le plus contribué au durcissement du blocus ces derniers temps, en raison des dommages qu’elle nous cause sur le plan financier et des obstacles qu’elle crée pour tout un ensemble d’entités et d’entreprises souhaitant travailler avec Cuba ; c’est une mesure totalement coercitive et de pression à l’égard d’autres acteurs. On nous a apposé cette étiquette, cette définition, cette classification, et l’on nous a inscrits sur cette liste fallacieuse sans la moindre preuve.

Biden a maintenu cette position durant son mandat et, dans les derniers jours de celui-ci, il nous a retirés de la liste des pays supposément soutenant le terrorisme ; il reconnaissait donc qu’il n’existait aucune preuve justifiant notre inclusion sur cette liste. Puis Trump revient à la présidence et, en quelques jours, il nous y réinscrit.

Cette liste correspond-elle réellement à une évaluation juste, fondée sur des preuves établissant qu’un pays est terroriste, ou s’agit-il d’une manipulation politique répondant aux intérêts des administrations américaines ?

Cuba n’est pas un pays terroriste. Cuba ne constitue pas non plus une menace pour la sécurité des États-Unis. Cuba n’a jamais mené, ni proposé, ni préparé d’action agressive susceptible de mettre en danger l’intégrité territoriale, la sécurité ou la stabilité du gouvernement des États-Unis.

Nous ne protégeons pas de terroristes. Il n’y a pas de forces militaires d’autres nations ni d’autres groupes à Cuba. Il n’y a pas de bases militaires d’autres pays à Cuba. Nous entretenons une coopération militaire et des accords de coopération militaire avec des pays amis, avec des alliés ; mais cela ne signifie en aucune manière qu’il existe des bases militaires à Cuba.

À Cuba, comme le disait Legañoa, il existe bien une base militaire, une base militaire illégale — mais à qui appartient-elle ? Il s’agit d’une base américaine illégale située sur le territoire de la province cubaine de Guantánamo, contre la volonté du peuple cubain.

Qui sont ceux qui disposent de bases militaires dans le monde entier ? Qui se distinguent par leur soutien au terrorisme d’État dans le monde ? L’agression contre le Venezuela et l’enlèvement d’un président n’étaient-ils pas des actes de terrorisme d’État ? Le soutien des États-Unis au génocide du peuple palestinien à Gaza n’est-il pas un acte de terrorisme ? Ou bien tirer sur des vedettes et des embarcations et les faire disparaître, avec à bord des personnes dont il n’a pas été démontré qu’elles soient liées au narcotrafic, de manière extrajudiciaire, sans qu’il existe d’enquête ni de preuve, n’est-ce pas un acte de terrorisme ?

Alors, de quel côté se trouve la vérité dans ce monde ? Quel est l’État qui constitue réellement un danger pour la sécurité mondiale, pour la paix mondiale ? Les États-Unis. Telle est ma vision sur ce sujet, Legañoa.

Norland Rosendo (Agence cubaine de presse) : Salutations, Monsieur le Président.

Monsieur le Président, le contexte cubain actuel est très complexe en matière de production d’électricité, en raison des difficultés d’accès aux combustibles sur les marchés internationaux, situation aujourd’hui aggravée par le décret exécutif qui menace de restreindre encore davantage cet accès.

Cuba a, à plusieurs reprises et dans différents cadres nationaux, présenté une stratégie à long terme visant à transformer la matrice énergétique du pays, afin d’atteindre à l’horizon 2050 environ 100 % de production à partir de sources renouvelables.

À la lumière des événements actuels, cette stratégie a-t-elle fait l’objet d’une mise à jour ? Si tel est le cas, quels en sont les fondements et quelles seront alors les priorités ?

9) Crise et transition énergétiques

Miguel M. Díaz-Canel : C’est une question très intéressante et je crois qu’elle est étroitement liée aux préoccupations de la population, à ce que les gens souhaitent comprendre.

Nous avons consacré le mois de janvier aux séances plénières, aux stratégies territoriales et aux stratégies nationales, et l’une des priorités a été le programme énergétique du pays, qui englobe les questions d’électricité ainsi que d’autres questions énergétiques liées aux combustibles et à leur utilisation ; nous avons actualisé cette stratégie. En réalité, il existait déjà, comme vous le soulignez vous-même, une stratégie en place depuis environ deux ans, dont l’objectif fondamental est la transition énergétique, c’est-à-dire l’orientation vers des sources d’énergie renouvelables et une plus grande indépendance à l’égard des combustibles fossiles.

La manière dont un ensemble de mesures coercitives adoptées par le gouvernement des États-Unis, dans le contexte actuel, s’est traduite par un véritable blocus énergétique du pays, nous confirme l’importance de maintenir cette priorité : la transition énergétique de Cuba vers les sources renouvelables.

Pour pouvoir répondre à votre question, je dois peut-être évoquer les résultats obtenus grâce à l’application de cette stratégie l’an dernier, ainsi que préciser en quoi consiste aujourd’hui sa ratification et son actualisation, à la lumière des événements récents.

La situation a été si complexe l’année dernière que les résultats — discrets, pour ainsi dire, même si l’un d’entre eux ne l’est absolument pas, et je vais l’expliquer — n’ont pas permis de mesurer l’ampleur de l’impact de ce qui a été accompli au cours d’une année qui fut l’une de celles où nous avons subi le plus de harcèlement, où nous avons disposé du moins de ressources financières et du moins de combustible.

L’an dernier, nous avons récupéré plus de 900 mégawatts dans la production distribuée du pays. Pourquoi cet impact n’a-t-il pas été visible ? Parce qu’il y a eu simultanément une augmentation — ou une récupération — de la capacité de production distribuée, mais sans disposer, pour toutes les raisons que nous connaissons, du combustible nécessaire pour la faire fonctionner…

Par exemple, cela fait quatre semaines que la production distribuée est à zéro : nous ne pouvons pas utiliser les plus de 1 300 ou 1 400 mégawatts de puissance installée en production distribuée aux heures de pointe pour compenser les déficits. Faites vous-mêmes le calcul : si, aux heures de pointe, nous avons évolué ces premiers jours de l’année, durant le premier mois et au cours de ce qui s’est écoulé en février, entre 1 600, 1 800 et 1 900 mégawatts de déficit, atteignant parfois 2 000 mégawatts ; si nous avions pu disposer, en fonctionnement à ces heures-là, de 1 200, 1 300 ou 1 400 mégawatts de production distribuée, le pic aurait été réduit à 500 ou 400 mégawatts à un moment très précis de la pointe, et nous aurions pu clôturer la plupart des nuits après le pic et durant les premières heures du matin. Mais c’est un résultat dont nous n’avons pas pu exploiter tout le potentiel en raison des problèmes de combustible — et pourtant, il est là, il est bel et bien là !

Nous avons également récupéré des capacités de production thermique, ce qui est lié à l’ensemble du processus renforcé de réparation et de maintenance des principales centrales thermoélectriques du pays. Là encore, l’impact n’a pas été perceptible, car nous avons connu des déficits, des déficits très importants. Mais remarquez que, lors du pic dont nous parlons, en ne faisant fonctionner, durant cette seule plage horaire de pointe et sans production distribuée, que les centrales thermoélectriques, les déficits de pointe sont restés plus ou moins équivalents à ceux d’une période où nous pouvions compter sur une partie de la production distribuée, mais où nous n’avions pas encore récupéré la capacité thermique perdue. Cela non plus n’a pas permis de rendre l’impact visible.

La troisième direction dans laquelle nous avons travaillé — et où, je crois, il existe un résultat notable, peut-être également peu perceptible — concerne les investissements réalisés cette année-là, pourtant si difficile sur le plan économique et financier, dans les sources d’énergie renouvelables.

L’an dernier, nous avons réalisé un investissement et installé plus de 1 000 mégawatts de capacité de production électrique à travers des parcs photovoltaïques : environ 49 parcs ont été mis en service dans le pays. Ainsi, avant 2025, la pénétration — ou, disons, la part — des sources d’énergie renouvelables dans la production électrique nationale n’était que de 3 %. Grâce à cet investissement, en une seule année, nous sommes passés de 3 % à 10 % de la production, soit une progression de 7 points.

Vous me demanderez — ou la population se demandera — où se trouve cette énergie. Eh bien, imaginez que si, pendant la journée, nous n’avons pas eu de production distribuée et si nous n’avons pu compter que sur les centrales thermoélectriques, dont certaines sont en réparation ou en maintenance, pourquoi n’avons-nous pas connu, de jour, les pics de déficit observés la nuit ? Tout simplement parce que ces 1 000 mégawatts issus des parcs photovoltaïques produisent en moyenne, chaque jour, durant les heures d’ensoleillement où ils fonctionnent, 38 % de l’énergie consommée à ces moments-là dans le pays, et qu’ils ont permis de maintenir un niveau de déficit contrôlable et gérable pendant la journée.

Voyons les choses autrement. Si nous n’avions pas disposé de ces 1 000 mégawatts durant la journée, nous aurions eu moins de 1 000 mégawatts de production, c’est-à-dire environ 900 mégawatts en fonctionnement ; or un système électrique comme le nôtre, avec 900 mégawatts de production face à plus de 1 200 ou 1 300 mégawatts de déficit soutenu pendant la journée… car, remarquez-le, il existe aujourd’hui une différence entre le déficit diurne et le déficit nocturne. Sans ces parcs photovoltaïques, le déficit que nous connaissons aujourd’hui la nuit aurait perduré toute la journée. Que se serait-il passé ? Le pays aurait vécu systématiquement de black-out en black-out. Autrement dit, le système aurait été en instabilité permanente : un effondrement général se serait produit, nous aurions rétabli le service, puis, deux ou trois jours plus tard, nous serions retombés dans l’instabilité. Et cela ne s’est pas produit.

Arleen me demandait l’autre jour pourquoi il existait une perception, surtout à La Havane, selon laquelle les coupures d’électricité auraient augmenté pendant la journée. Il y a des moments où elles ont effectivement augmenté, et d’autres où, lorsque plusieurs difficultés se conjuguent — pénurie de combustibles, pannes, ensoleillement plus faible — la situation se complique davantage pour nous.

Lorsque l’on analyse les déficits que nous avons maintenus en journée, avant janvier puis en janvier et février, ils sont globalement restés les mêmes. Ce qui change, c’est que jusqu’en 2025 nous avons travaillé selon le principe de donner la priorité, en journée, à l’approvisionnement de la population en électricité ; mais l’économie était à l’arrêt : les industries, les activités agricoles, l’irrigation ; les principales usines, les principaux centres exportateurs, les principaux centres de production de biens destinés à la population étaient paralysés.

En procédant également à une analyse réaliste des conditions du pays, nous avons dit : il faut consacrer, cette année, une partie de l’énergie à l’économie pendant la journée. En sachant que cela se fait au prix d’un impact sur la population, mais la population bénéficie aussi de ce que nous produisons dans l’économie ; si l’économie ne produit pas, la situation se complique davantage encore et l’impact des problèmes énergétiques est plus lourd dans la vie des Cubaines et des Cubains.

Ainsi, dans ce cadre conceptuel, le déficit est resté identique ; nous avons pu le soutenir grâce aux investissements réalisés, mais une partie de cette énergie est désormais consacrée à l’économie. Nous avons ainsi réussi, en journée, à donner la priorité à l’irrigation électrique — par exemple l’irrigation des hectares de riz que nous sommes en train de semer, car cette année nous voulons atteindre 200 000 hectares de riz. Cela nous permettrait de commencer à couvrir environ 30 à 40 % du riz consommé dans le panier réglementé, qui est aujourd’hui importé, et constituerait un premier pas vers l’autosuffisance en riz dans deux ou trois ans, grâce à la production nationale, sans devoir importer de riz.

Nous avons pu fournir de l’énergie à un ensemble d’entités génératrices d’exportations ; nous avons pu en fournir à des entités qui substituent des importations ; nous avons pu assurer l’énergie nécessaire au tabac, qui est aujourd’hui un poste d’exportation d’une importance majeure, tant pour l’irrigation que pour les investissements réalisés.

Or, comme toutes les provinces ont été affectées afin d’équilibrer cette situation à l’échelle nationale, où cela se ressent-il le plus ? À La Havane, dans la capitale, parce que c’est elle qui avait la plus grande capacité à céder une part de cette énergie, ou à en solliciter une part, pour dynamiser l’économie. Et c’est pourquoi il peut exister — il existe, en effet — une perception d’un déficit accru. Le déficit n’a pas augmenté en soi ; ce qui se produit, c’est qu’il pèse davantage sur la population, parce que nous avons priorisé l’économie.

Je pose la question : sommes-nous dans l’erreur avec cette approche, ou n’est-ce pas aussi une manière d’orienter une partie de tout cet effort d’investissement vers la relance de l’économie ? C’est avec ce concept que nous avons travaillé.

Voilà donc pour les résultats de l’année dernière et ce qu’ils ont signifié dans la situation électroénergétique actuelle.

À présent, ce que nous avons proposé — non seulement pour l’électricité, mais comme conception globale de la situation énergétique du pays —, c’est que face aux pressions et aux circonstances que nous vivons, et je le dis dans une perspective non pas idéaliste, mais rationnelle, optimiste tout en restant réaliste, il faut saisir cette situation comme une opportunité et comprendre définitivement que le pays doit être capable d’assurer sa subsistance énergétique à partir des sources dont il dispose : notre pétrole brut lourd national ; les sources d’énergie renouvelables — nous avons du vent, de l’eau, du soleil, de la biomasse, nous pouvons produire du biogaz — et appliquer ensuite ce concept à la production d’électricité. C’est cette conception qui actualise ce que nous proposons dans le cadre du plan énergétique, en particulier en ce qui concerne l’électricité.

Bien sûr, on n’atteint pas ces objectifs de manière parfaitement linéaire ; mais imaginez que nous n’ayons pas disposé des 1 000 mégawatts. Si nous avons atteint 1 000 mégawatts l’an dernier et que nous aspirons à un chiffre proche cette année, nous atteindrions déjà des niveaux supérieurs à 15 %, voire proches de 20 %, de production d’électricité issue de sources renouvelables. Or, dans le Modèle économique et social 2030, le pays s’était fixé pour objectif d’atteindre 25 % en 2030 ; nous y parviendrions donc avant cette échéance.

À présent, que faisons-nous, quelles autres actions sont envisagées dans ce programme désormais actualisé ? La poursuite du programme et la maintenance des centrales thermoélectriques, car nous ne pouvons pas nous passer immédiatement de la base thermoénergétique ; d’autant que cette base nous permet de produire de l’électricité à partir du pétrole national, sans dépendre des importations de combustible.

Poursuivre le programme d’augmentation des sources d’énergie renouvelables. À la fin du mois de février, nous disposerons de 98 mégawatts supplémentaires installés dans des parcs photovoltaïques ; à la fin du mois de mars, nous aurons incorporé 58 mégawatts supplémentaires en mars, et ainsi, chaque mois de l’année, nous continuerons d’ajouter de nouveaux mégawatts, comme nous l’avons fait l’an dernier.

Nous menons des investissements qui ne se limitent plus à accroître la production à partir de sources d’énergie renouvelables : une partie de ces investissements concerne des sources renouvelables avec capacité de stockage. En recourant à des sources renouvelables avec stockage, nous garantissons la stabilité de la fréquence du système et, d’autre part, nous créons des capacités qui permettent, grâce à l’énergie photovoltaïque accumulée durant la journée, d’assurer une production la nuit ; cela nous rend totalement indépendants de l’utilisation des combustibles fossiles.

Cinq mille systèmes photovoltaïques, disons domestiques ou familiaux, sont en cours d’installation dans des logements, d’une puissance de 2 kilowatts chacun, dans des habitations qui, dans le pays, n’étaient pas électrifiées parce qu’elles étaient isolées et que l’acheminement de l’électricité aurait nécessité des investissements considérables en câbles, transformateurs, poteaux, dans des zones difficiles d’accès. Lorsque nous aurons atteint cet objectif, nous aurons achevé l’électrification à 100 % du pays, c’est-à-dire que chacun aura la possibilité d’avoir accès à l’électricité ; le reste dépendra de ce que nous produirons. Mais ces logements qui n’avaient pas d’électricité vont commencer à bénéficier d’une alimentation stable, car ils disposent également d’un système de stockage, et leurs occupants pourront profiter de ce dont ils n’ont jamais pu bénéficier auparavant.

Cela couvre les logements qui restaient à électrifier, ainsi qu’un groupe de logements intégrés à des systèmes où l’énergie n’était fournie que quelques heures par jour, parce qu’ils dépendaient de centrales thermiques au combustible, de groupes électrogènes, ou de centrales hydroélectriques tributaires du débit d’eau disponible, ou encore de connexions très défaillantes. Nous améliorons ainsi la situation de 5 000 logements dans ce cadre.

Par ailleurs, nous sommes en train d’installer 5 000 modules photovoltaïques supplémentaires dans des centres vitaux afin d’assurer des services à la population. Remarquez que nous faisons tout cela dans les circonstances actuelles, dans ce moment particulier, et que cela contribue à la transition énergétique.

Par exemple, 161 foyers maternels dans le pays bénéficieront de ces modules. Il pourra y avoir des coupures de courant dans ces lieux, mais les foyers maternels disposeront d’électricité. Des modules de ce type ont également été installés pour des enfants – appelés enfants dépendants – atteints de maladies qui nécessitent une alimentation électrique continue à domicile ; l’an dernier, nous en avons installé pour 161 enfants et, cette année, nous en installerons pour 121 autres.

J’ai mentionné 161 foyers maternels ; 156 maisons de retraite ; 305 maisons de grands-parents ; 556 polycliniques, dont au moins le service des urgences et une partie importante seront équipés de ces systèmes ; 336 agences bancaires. Vous savez qu’aujourd’hui, l’un des problèmes auxquels la population se heurte en cas de coupure d’électricité est l’impossibilité d’effectuer des opérations bancaires ; l’économie cesse alors également de fonctionner sur le plan financier. Avec ces installations, ce problème est résolu. S’y ajoutent 349 bureaux commerciaux de l’UNE et d’autres organismes où les citoyens doivent effectuer des démarches administratives.

Nous avons évoqué les maisons de grands-parents, les polycliniques, les agences. Tout cela est réparti dans les 168 municipalités de notre pays. Autrement dit, nous avançons dans ce sens et nous ne nous arrêtons pas : nous aspirons à davantage.

Il y a désormais 10 000 systèmes photovoltaïques supplémentaires. Remarquez : nous avons parlé de 5 000 et de 5 000, cela fait 10 000. Ce sont donc 10 000 logements ou 10 000 institutions qui n’ont pas besoin d’être raccordés au système électrique national.

Il y a 10 000 systèmes photovoltaïques qui sont attribués en priorité à des personnes travaillant dans le système éducatif et dans le système de santé : médecins, instituteurs, professeurs, personnels de santé, personnels de l’éducation, y compris de l’enseignement supérieur — deux secteurs qui apportent beaucoup à la société et où l’on travaille dans des conditions très complexes. Ces systèmes sont proposés avec des facilités de paiement, des crédits et des échéances à long terme. Cela représente 10 000 personnes supplémentaires, ou 10 000 logements supplémentaires ; si l’on multiplie par trois ou quatre membres par famille, ce sont autant de familles dont la situation s’améliore.

Nous avons mis en place des incitations pour les personnes qui, en acquérant ces systèmes, souhaitent co-générer et contribuer au système électrique national, ou co-générer et contribuer à une communauté, à un quartier ou à un groupe de logements.

Nous avons également créé des incitations en matière tarifaire, de prix et de modalités de paiement afin que toute personne en mesure d’acquérir un système photovoltaïque domestique pour l’intégrer à son habitation puisse le faire dans les conditions les plus viables et les plus rapides possibles.

Cette année encore, il est prévu de rétablir des capacités de production et de transmission d’énergie éolienne dans certains parcs déjà existants dans le pays, mais qui rencontraient des problèmes techniques spécifiques. De nouveaux investissements dans l’énergie éolienne sont également en cours de développement, notamment dans la zone de La Herradura, à Las Tunas.

Il s’agit d’un ensemble d’actions prévues dans le cadre de ce programme en cours d’actualisation, qui nous indique l’objectif que nous voulons atteindre et la voie que nous entendons emprunter.

Et ici, comme je l’ai expliqué tout à l’heure, il existe un autre ensemble d’actions en cours : des aides que nous allons recevoir, des projets en cours de négociation qui, à mesure que nous obtiendrons des réponses, pourront élargir tout ce que nous avons planifié.

L’année dernière, le pays a acquis une capacité de formation au sein des équipes chargées de construire, d’exploiter et d’installer la technologie des parcs photovoltaïques. Alors qu’au début, pour les premiers parcs, il nous fallait environ trois mois pour les réaliser, les derniers ont été achevés en 45 jours ; cela signifie qu’il existe désormais un personnel qualifié pour poursuivre ces investissements à Cuba, et même pour fournir des services à d’autres pays qui auraient besoin d’une collaboration dans ce domaine.

De nouvelles technologies ont ainsi été intégrées, des transferts technologiques ont été réalisés et des développements sont en cours. Un groupe de scientifiques, dirigé notamment par la docteure Lídice, de l’Université de La Havane, a suivi de très près la manière dont ces investissements devaient être réalisés ; autrement dit, tout ce programme a été mené selon une approche fondée sur la science et l’innovation. Ce sujet a été présenté et débattu au Conseil national de l’innovation l’année dernière ; il est aujourd’hui une réalité et a produit l’impact et les effets que je vous ai expliqués.

Ai-je omis quelque chose en matière d’électricité ?

Arleen Rodríguez : Oscarito nous avait fait passer un petit mot pour aborder ce sujet, mais sous un autre angle.

Oscar Figueredo, de Cubadebate.

Oscar Figueredo (Cubadebate et IDEAS Multimedios) : Salutations, Monsieur le Président.

Vous avez évoqué — et le peuple cubain le sait — les importants investissements réalisés dans le domaine de l’énergie, malgré la situation actuelle du pays. Un élément essentiel a été réaffirmé : la nécessité de continuer à exploiter les ressources internes dont nous disposons, à savoir le pétrole. Certains se montraient sceptiques en affirmant que le pétrole cubain ne servait à rien, qu’il était trop lourd.

Je crois qu’à l’heure actuelle se confirme la nécessité pour nos propres centrales thermoélectriques d’utiliser ce combustible. Pensez-vous que, dans ces conditions, il soit possible de continuer à accroître l’exploitation de cette ressource naturelle, ainsi que du gaz associé ?

10) Cuba et « l’option Zéro » carburant

Miguel M. Díaz-Canel : D’accord.

Cette question me permet de répondre et de compléter l’approche énergétique, c’est-à-dire ce que nous faisons dans le domaine de l’énergie et ce que nous proposons pour faire face à la situation actuelle. Je précise toujours que tout cela est réalisable, mais que cela ne se résout pas d’un seul coup.

Avant d’entrer dans le détail de la réponse, je tiens à souligner qu’à l’heure actuelle nous faisons face à une situation énergétique complexe du point de vue du carburant. Rappelez-vous que le blocus naval contre le Venezuela a commencé en décembre ; depuis cette date, notre pays ne reçoit plus de carburant.

Nous rencontrons donc aujourd’hui des difficultés d’approvisionnement en carburant pour garantir non seulement la production d’électricité, mais aussi les activités de base, en particulier celles qui concernent directement la population. C’est pourquoi le Conseil des ministres s’est réuni aujourd’hui afin de compléter ces directives gouvernementales pour faire face à la grave pénurie de carburant.

À cet égard, nous avons pris comme référence les indications du Commandant en chef pour la Période spéciale. Vous souvenez-vous des directives du Commandant en chef pour la Période spéciale, de ce que nous appelions l’Option Zéro [plan de survie d’urgence au cas où les importations de carburant cesseraient totalement] ? Elles sont également prises en compte, actualisées, car d’autres situations différentes sont désormais intégrées dans ces directives.

Je vais donner, disons, un aperçu général en réponse à votre question ; mais dans les prochains jours, à la suite de la discussion entamée au Conseil des ministres et du travail qui a été mené, un groupe de vice-premiers ministres et de ministres informera la population plus en détail sur le contenu de l’ensemble de ces mesures. Je pense que d’ici une semaine, la population disposera de toutes les informations sur la situation et sur la manière dont nous allons y faire face.

Un deuxième point que je tiens à clarifier : même s’il existe un blocus énergétique, nous ne renonçons pas à recevoir du carburant dans notre pays. C’est un droit qui nous appartient, et nous effectuons toutes les démarches nécessaires — et nous continuerons de les effectuer — pour que le pays puisse à nouveau bénéficier d’entrées et d’un approvisionnement en carburant. Autrement dit, je veux vous assurer que le Parti, le gouvernement et les institutions chargées des décisions énergétiques travaillent afin que l’impact sur notre population, sur notre pays, sur notre économie et sur notre développement économique et social soit le plus limité possible, dans des conditions difficiles marquées par un blocus énergétique imposé par les États-Unis.

Il existe beaucoup de crainte, un fort impact psychologique sur les armateurs, les compagnies maritimes, les pays susceptibles de nous fournir du carburant ; mais nous ne renonçons pas. C’est une décision souveraine, une décision souveraine de ce pays. Je considère qu’il est hautement condamnable qu’une puissance de l’envergure des États-Unis adopte une politique aussi agressive et aussi criminelle envers une petite nation.

Car que signifie empêcher qu’une seule goutte de carburant parvienne à un pays ? Cela affecte le transport des denrées alimentaires, la production alimentaire, les transports publics, le fonctionnement des hôpitaux, des institutions de toutes sortes, des écoles, la production économique, le tourisme.

Comment maintenons-nous les cours des enfants sans carburant ? Comment nos systèmes vitaux fonctionnent-ils sans carburant ? Comment distribuons-nous la nourriture ? Comment semons-nous ? Comment labourons-nous ? Comment préparons-nous la terre ? Comment récoltons-nous les produits ? Comment nous déplaçons-nous ?

Nous adopterons donc des mesures qui, bien qu’elles ne soient pas permanentes, dépendront à chaque moment de la disponibilité en carburant ; ce seront des mesures qui exigeront des efforts. Je sais que les gens diront : « Encore des sacrifices ? » Eh bien, si nous ne faisons pas de sacrifices et si nous ne résistons pas, que ferons-nous ? Allons-nous nous rendre ?

Nous avons affirmé que l’option de la reddition n’est pas celle de Cuba. Il y a beaucoup à défendre ; il y a de nombreux Cubains et Cubaines dignes qui ont donné leur vie pour ce pays, pour son indépendance, à toutes les époques. Et les plus récents sont les 32 camarades tombés au Venezuela, dont la disparition a indigné notre peuple ; cette blessure est toujours là, elle ne se referme pas.

Voir Discours prononcé par Miguel Mario Díaz-Canel Bermúdez, président de la République de Cuba, à l’hommage posthume rendu aux trente-deux combattants tombés en combat au Venezuela

Et pourquoi ont-ils agi ainsi ? Parce qu’ils avaient une conviction, ils savaient ce qu’ils défendaient. Ce n’était pas seulement un Président, ce n’était pas seulement une nation sœur ; c’était la dignité, la souveraineté, Cuba, la Révolution, l’Amérique latine et les Caraïbes, le Sud global. Ils ont agi comme il fallait agir, avec une attitude cohérente dans un moment comme celui-là : avec courage, avec bravoure — il n’y a pas d’autre manière de le dire. Et nous verrons, le moment venu, lorsque toute l’histoire pourra être racontée, la véritable portée de l’attitude de ces 32 Cubains, et la leçon qu’ils représentent pour ceux dont l’esprit s’échauffe dans les menaces et les tentatives d’agression contre Cuba.

De quel droit une nation peut-elle empêcher qu’un pays reçoive du carburant ? En agissant ainsi, ils ne s’en prennent pas seulement à Cuba et au peuple cubain : combien d’acteurs empêchent-ils d’entretenir des relations commerciales normales avec Cuba ? Combien d’entreprises et d’entités pénalisent-ils ? N’est-ce pas là une violation du droit international et de la Charte des Nations unies ? N’est-ce pas contraire au libre-échange que défendent le capitalisme et l’impérialisme ?

En outre, pour qui se prennent-ils pour nous imposer cela ? Quelqu’un, dans le monde, peut-il se réjouir qu’on inflige cela à un pays ? Existe-t-il la moindre trace d’humanisme, de décence, de sensibilité, de décorum chez quiconque agit ainsi ? C’est chercher à nous asphyxier complètement.

Et pour éviter cette asphyxie, il existe une stratégie, un programme que nous avons également actualisé ces derniers jours, comme je vous l’ai indiqué. De nouvelles mesures ont été examinées aujourd’hui au Conseil des ministres ; certaines sont restrictives, mais nous devons adapter notre consommation, nous devons promouvoir l’économie d’énergie. Il y a des activités que nous devons suspendre ou reporter afin de continuer à assurer l’essentiel et de poursuivre l’évaluation et la gestion de cette situation.

Je sais que, lorsque je parle d’économies, certains trouvent cela un peu abstrait et disent : « Mais que peut-on encore économiser ? » On peut économiser beaucoup. Même ceux qui disposent d’électricité pendant plus d’heures dans la journée parce qu’ils sont raccordés à des circuits qui doivent être protégés devraient faire preuve de davantage de responsabilité dans l’utilisation de cette énergie qui fait défaut à d’autres.

Je pense qu’en dialoguant, en débattant, en expliquant ces questions, nous pouvons aussi renforcer la conscience collective et, même si certains peuvent considérer cela comme lointain, nous pouvons tous contribuer à l’effort nécessaire pour faire face à cette situation.

Il y a donc ici un concept, que j’ai déjà évoqué, qui est fondamental : nous devons apprendre à vivre en utilisant nos propres sources d’énergie, comme tu me le faisais remarquer.

Tout d’abord, il y a plusieurs actions à mener. Nous sommes, au milieu de cette situation, malgré toutes les pénuries de ressources, en train d’accroître nos capacités de stockage de carburant. Rappelez-vous que nous avons perdu des capacités de stockage lors de l’incendie des superpétroliers ; nous sommes en train de les récupérer, et d’en créer également dans d’autres régions du pays. Pourquoi ? Parce que, comme je vous l’ai dit, nous ne renonçons pas à la possibilité de disposer de carburant ; et si nous créons davantage de capacités, nous pourrons disposer de davantage de carburant. L’une des choses que nous allons promouvoir est d’avoir davantage de carburant en consignation dans le pays.

Il y a l’augmentation des capacités de stockage.

Il y a aussi l’augmentation, comme tu l’as bien souligné, de la production nationale de brut, que je préfère appeler « pétrole équivalent ». Car, comme tu le disais, nous avons accru l’extraction de pétrole brut et de gaz associé. Rappelez-vous qu’une partie de ce gaz est utilisée pour la production d’électricité ; c’est un processus extrêmement efficace, comme c’est le cas avec [l’entreprise] Energas. Et ces derniers mois, comme nous avons disposé de davantage de gaz, nous avons augmenté la production d’électricité avec Energas.

Une partie de ce gaz associé est fournie à plusieurs quartiers de la capitale pour la cuisson, sous forme de gaz manufacturé. Dans le cadre de ce que nous sommes en train de faire et de l’augmentation de la production de gaz associé, nous allons cette année raccorder 20 000 consommateurs supplémentaires au gaz manufacturé à La Havane. Cela fait partie de ce programme, et nous le réaliserons cette année.

L’augmentation de la production de pétrole équivalent nous permet d’avoir une plus grande couverture en brut afin d’alimenter également la production d’électricité dans nos centrales thermiques qui peuvent consommer ce brut.

Mais nous étudions aussi — et nous avons d’ailleurs acheté un moteur — des moteurs qui nous aident pour la production d’électricité ou qui fonctionnent pour d’autres applications, et qui utilisent ce brut cubain. C’est un autre des projets et des actions que nous développons.

Et nous ne nous limitons pas à augmenter la production de brut et de gaz associé. Nous avons déjà confié une mission à nos scientifiques et nous avons pu remettre à l’étude un ensemble de recherches que l’Institut de recherches pétrolières du pays mène depuis des années, afin de parvenir au raffinage du brut cubain et d’en améliorer la qualité. Il ne s’agit donc pas seulement d’utiliser ce brut cubain pour l’appliquer directement aux centrales thermiques, mais aussi d’obtenir des dérivés grâce au raffinage de ce brut, et de parvenir à produire de l’essence, du fioul et du diesel issus de ce raffinage. À la fin de l’année, nous avons déjà réalisé un petit essai de raffinage du brut national, et cela ouvre des perspectives.

Je vous expose la stratégie et les actions que nous pouvons entreprendre ; je le répète, tout cela ne résout pas les problèmes d’un seul coup, mais cela ouvre des issues, cela nous donne des perspectives ; ce sont des démarches différentes de celles que nous suivions ou dont nous dépendions jusqu’à présent, et elles nous apportent davantage de souveraineté.

Nous avons également envisagé de tirer parti de la question énergétique au-delà de la seule production d’électricité, notamment à travers les sources d’énergie renouvelables ; on peut fabriquer des cuisinières solaires, l’énergie solaire peut aussi être utilisée dans des séchoirs à bois, dans des séchoirs alimentaires. De même, il y a l’énergie hydraulique, l’énergie éolienne, la biomasse ; et le biogaz consiste à transformer des déchets en énergie. Avec des installations de biogaz, on peut cuisiner ; avec des installations de biogaz, on peut disposer de lampes fonctionnant au gaz qui fournissent de l’éclairage. Il existe également des moteurs dont la combustion fonctionne au biogaz ; en y couplant un générateur électrique, on obtient un gazogénérateur qui permet de produire de l’électricité à partir du biogaz.

Les mesures que nous essayons de mettre en œuvre aujourd’hui, au milieu de cette situation, doivent être durables et ne pas nous faire oublier ces temps difficiles. C’est pourquoi je dis qu’il faut y voir une opportunité de nous développer, d’assurer un développement durable, d’être plus souverains sur le plan énergétique et moins dépendants.

D’autres mesures devront être appliquées au fur et à mesure que la disponibilité des combustibles évoluera, pour le meilleur ou pour le pire.

Je peux également vous assurer, au vu des marques de soutien que nous avons reçues en ces jours si troublés, qu’il existe dans le monde de nombreuses personnes et entités qui rejettent les pressions, qui rejettent les chantages, qui rejettent et combattent le blocus économique contre Cuba, et qui sont prêtes à prendre des risques pour travailler avec Cuba.

Je pense que le monde, la communauté internationale, doit également définir s’il va permettre qu’un crime comme celui qui est aujourd’hui exercé contre Cuba — et qui pourrait être exercé contre n’importe quelle autre nation dans le monde — soit ce que nous aurons comme avenir pour l’humanité, ou si nous décidons réellement que ce qu’il faut faire, c’est mener un combat pour la solidarité, pour la coopération, pour la souveraineté, pour le multilatéralisme et pour le respect des droits de tous dans le monde. C’est une question sur laquelle la communauté internationale doit se prononcer et se définir.

Arleen Rodríguez : Monsieur le Président, Dilbert Reyes, directeur adjoint du journal Granma [journal officiel du Parti communiste de Cuba], est également présent ici.

Je tiens à préciser que l’équipe de communication de la Présidence nous accompagne également, comme elle vous accompagne au quotidien…

Miguel M. Díaz-Canel : Ceux-là me posent des questions tous les jours.

Dilbert Reyes (Granma) : Bonjour, Monsieur le Président.

Deux questions : dans des conditions de blocus extrême, je pense que le mot « survivre » n’est ni exagéré ni pessimiste ; je pense que c’est un mot objectif qui implique, en premier lieu, de penser aux besoins fondamentaux de la vie : manger, boire de l’eau et disposer des services de base indispensables — électricité, communications, santé, éducation. Comment considérez-vous que la vie du pays doit s’organiser pour répondre à ces priorités qui relèvent de la survie ?

Comment pensez-vous, et dans quelle mesure est-il urgent, de mobiliser tout ce potentiel local sur lequel vous avez tant insisté, pour produire la nourriture au sein même de la communauté, pour y produire les biens de consommation possibles, puisque nous allons connaître des restrictions de mobilité ? Il faudrait même reproduire localement, de manière mimétique, des expériences qui ont démontré leur réussite.

Miguel M. Díaz-Canel : Valorisation, comme nous les appelons.

Dilbert Reyes : Dans des conditions de pénurie, elles ont démontré leur efficacité, d’une part.

Deuxièmement, vous avez présidé les assemblées plénières provinciales du Parti dans toutes les provinces, et nombre de ces concepts ont été répétés à maintes reprises ; cependant, nous ne pouvons nier qu’il existe la perception que, parfois, ce sentiment d’urgence reste confiné à la réunion, demeure au stade du concept et peine à se concrétiser dans la vie des gens. Comment pensez-vous que le mode de direction du Parti doit évoluer pour que tout cela, qui doit être urgent, produise des résultats et soit mis en œuvre rapidement ?

Merci beaucoup.

11) Survie et démocratie populaire

Miguel M. Díaz-Canel : Tu as été très perspicace dans la manière dont tu as caractérisé la situation, et tu as tout à fait raison.

Pour répondre aux deux questions, je crois que je dois m’appuyer sur les assemblées plénières que nous venons de tenir au niveau provincial et qui vont maintenant se poursuivre au niveau municipal ; et non parce qu’il s’agirait d’une réunion de plus, mais parce que je pense qu’elles ont été des espaces de débat, mais aussi des espaces de construction du consensus.

Et c’est dans cette construction du consensus que réside, selon moi, le potentiel de transformer réellement en résultats ces choses que nous avons réitérées. Surtout parce qu’il y a désormais une variable nouvelle — ou une variable qui pèse davantage dans l’équation de la vie des Cubains et des Cubaines — : l’urgence du moment ; le fait que nous ne pouvons pas perdre de temps et qu’il y a des choses que nous devons faire immédiatement, sans attendre. Je pense que cela a aussi stimulé la réflexion, favorisé la promotion et la compréhension d’un ensemble d’idées.

Les assemblées plénières provinciales nous en ont donné une première confirmation. Ce que les provinces ont présenté comme stratégie pour cette année dans leurs programmes et leurs plans a été très supérieur à tout ce que nous avions envisagé, y compris dans la conception du Plan national. On voit qu’il existe une volonté non seulement de résister, mais aussi de créer et de surmonter, et que beaucoup de choses commencent également à se généraliser.

Je pense que cela tient aussi au fait que nous avons discuté de questions très complexes dans des situations très défavorables, et qu’il y avait des idées dont on peut maintenant dire : « Bon, pourquoi aboutiraient-elles maintenant ? » Parce qu’elles avaient besoin de mûrir ; il fallait croire en ces propositions ; les gens devaient voir des espaces, des scénarios où nombre de ces idées se concrétisaient avec succès. C’est aussi parce qu’il y a parfois des personnes — et je le dis avec une certaine prétention à la sagesse — qui vous présentent une notion ne couvrant qu’une seule variable de cette équation complexe qu’est la vie des Cubaines et des Cubains ; et cela peut être, même, une idée brillante. Toutes ces idées, nous les suivons et nous en tenons compte ; mais ici, toutes les variables sont corrélées, toutes les variables font partie d’une équation, d’une équation très complexe, d’une équation très complexe ! C’est là que l’on voit que certaines choses prennent du temps à se concrétiser.

Nous partons donc de l’apport du XIe Plénum du Comité central du Parti. Je crois que ce fut un Plénum déchirant, qui a ouvert les veines dans la discussion des questions fondamentales, des insatisfactions ; avec une vision tournée vers l’urgence, vers la manière de répondre à la population dans les plus brefs délais. Mais il a aussi apporté des éclaircissements, il a également partagé, je dirais, des concepts pour le travail idéologique, des concepts pour affronter la bataille économique, des priorités et, surtout, une élaboration — parmi toutes les propositions que nous avons inscrites dans ce Programme de gouvernement, que j’ai toujours avec moi, que je discute et vérifie — que nous avons soumis à une consultation populaire et qui aura désormais une version renforcée et élargie grâce aux apports de cette consultation : parmi toutes ces questions, quelles sont les transformations fondamentales qui nous définissent aujourd’hui et que nous devons introduire dans le Modèle économique et social pour avancer plus rapidement. C’est de cela que je vais vous parler pour répondre aux deux questions que tu m’as posées.

Dans une circonstance comme celle-ci, où d’un côté on cherche à nous imposer l’asphyxie économique et où, de l’autre, existe la possibilité d’une agression militaire, voici les priorités que nous avons définies :

Premièrement, nous devons élever le niveau de fonctionnement du Parti, du Gouvernement, de l’État, des institutions, des institutions armées, des organisations de masse, des organisations sociales et de tout le système du pays.

Nous défendre contre l’agression et nous préparer à une tentative d’agression : ce que je vous ai expliqué lorsque vous m’avez interrogé sur la défense, à savoir le plan visant à renforcer la disposition et la préparation à la défense dans l’intérêt de la « Guerre de tout le peuple », avec la participation de toute notre population.

Un plan de mobilisation politique : comment nous nous manifestons constamment, comment nous discutons, débattons, partageons, proposons en permanence. Je pense qu’un moment important de ce plan de mobilisation politique a été les honneurs funèbres et l’hommage que nous avons rendus aux camarades tombés au Venezuela.

Le premier peuple au monde à être descendu dans la rue le 3 janvier pour manifester massivement son rejet a été le peuple cubain. Rappelez-vous que c’était à l’aube du 3 janvier ; à huit heures du matin, nous convoquions le peuple pour dix heures à la Tribune anti-impérialiste, et lorsque nous sommes arrivés à la Tribune à neuf heures et demie, elle était déjà totalement pleine. Nous avons dû attendre pour commencer la cérémonie de dénonciation, car il n’y avait pas encore eu le temps de tout installer et les gens étaient déjà là ; et il en a été de même dans toutes les provinces. Ensuite, il y a eu une succession de cérémonies et d’expressions populaires dans toutes les provinces, dans toutes les municipalités.

Et la cérémonie lorsque les dépouilles sont arrivées, la Marche du peuple combattant, la manière dont le peuple a participé et s’est rendu dans chacun des lieux : je crois que cela a constitué un point culminant de cette mobilisation politique, qu’il faut continuer à mener, en ce qui concerne Cuba, en ce qui concerne la défense du Venezuela, la défense de Maduro et de son épouse, l’intégration, et la dénonciation des exactions commises par l’empire à l’encontre du monde.

Il y a également, comme réponse économique, la manière dont nous mettons en œuvre dans les plus brefs délais les éléments fondamentaux, les transformations fondamentales contenues dans le Programme de gouvernement afin de résoudre les problèmes structurels de l’économie et de la renforcer.

Le Plan énergétique actualisé dont nous avons parlé à deux reprises, du point de vue de l’électricité et du point de vue du carburant.

L’articulation internationale que nous promouvons entre les forces de gauche et les mouvements sociaux, car nous devons tous nous articuler pour dénoncer, pour trouver des réponses, pour combattre cette offensive impérialiste.

Et il y a aussi — et c’est un domaine où nous éprouvons parfois le plus d’insatisfaction — la manière dont nous devons développer la communication politique, la communication sociale, la communication institutionnelle, qui doit répondre aux exigences d’une communication en temps de guerre, d’une communication de crise, d’une communication capable d’affronter cette offensive médiatique impériale qui intoxique tous les espaces de communication dans le monde, qui cherche à assassiner la réputation des peuples, des dirigeants, des leaders, des personnes, qui cherche à jeter un écran de fumée sur ce qui se passe, qui cherche à justifier tout ce que l’empire projette.

Rappelons qu’on ne parle pas d’un enlèvement d’un président, mais d’une capture [voir l’article de Mediapart, journal d’une servilité atlantiste insondable, intitulé La capture de Maduro donne des ailes aux « faucons » cubains de Floride]. Tout est ambigu. Ou d’« extraction », terme qui, de surcroît, est répréhensible. Qui vous donne le droit d’extraire le président d’un pays pour l’emmener dans un autre ? Une communication pleine de mensonges, de calomnies, de haine, qui favorise les fractures, qui entretient la confusion, qui n’est pas décente, qui est vulgaire, qui est vulgaire !

Associé à ces priorités, il y avait un ensemble de concepts, surtout concernant le travail du Parti, qui m’étaient demandés : comment perfectionner le travail du Parti. Un premier concept, fondamental, et que nous répétons, mais qui reste nécessaire, c’est l’unité : c’est elle qui nous donne la force. Lors de la séance plénière, j’ai fait quelques observations, en partant d’abord des concepts d’unité et des appels lancés à différentes époques de la Révolution par le Commandant en chef [Fidel Castro] et le Général d’armée [Raúl Castro], mais en soulevant aussi deux éléments essentiels ou composantes de l’unité : discuter avec vigueur et marcher ensemble.

Discuter pour perfectionner, être critique, débattre, apporter sa contribution. Cela ne divise pas, cela unit, surtout si ensuite, à partir de ces réflexions et contributions à la discussion, nous marchons ensemble et défendons tout, tous ensemble. Maintenant, quand il y a de la paresse, lorsque quelqu’un se tait sur ce qu’il pense, lorsque quelqu’un n’est pas honnête ou sincère, cela crée des divisions dans l’unité.

L’autre élément de l’unité est la participation. Quand nous participons tous, quand nous partageons tous, quand nous luttons tous, quand nous obtenons tous des résultats et des victoires, il y a plus d’identité, plus d’engagement, plus d’estime de soi et plus de force dans tout ce que nous faisons.

Il y a ensuite le lien avec la population. Je le répète toujours à mes collègues du Parti : le meilleur moment à exploiter, c’est celui passé avec les gens, avec les collectifs, sur le terrain, là où se produisent les principaux faits idéologiques, économiques ou sociaux. Car en étant plus présent à la base ou en lien direct, lorsque vous vous rendez ensuite aux réunions où se prennent les décisions, vous y allez avec une vision et une connaissance réelles de ce qui se passe, des obstacles, des problèmes, des aspirations, des opinions des gens. Ainsi, lorsque vous contribuez à la décision, celle-ci sera plus réaliste, plus proche des besoins et des aspirations, et c’est cela que nous devons cultiver.

Quand nous parlons de lien, que beaucoup confondent avec une simple visite, le lien ne se limite pas à une visite : il sert à transformer, à agir ; il ne s’agit pas de « pointer », comme on dit vulgairement. Ce n’est pas suffisant de dire « je suis allé dans toutes les municipalités du pays » ; oui, vous y êtes allé, mais qu’est-ce qui s’y est réellement passé ? Qu’avez-vous réussi à promouvoir ? Qu’avez-vous expliqué, argumenté, clarifié ? Quelle idée avez-vous rapportée comme contribution pour pouvoir la multiplier ? C’est un autre élément travaillé lors du XIe Plénum et dont nous avons discuté afin qu’il se concrétise également dans les stratégies provinciales et municipales.

La démocratie au sein du Parti, le Général d’armée Raúl en a parlé à plusieurs reprises. Si, pour des raisons historiques, nous sommes le seul Parti reconnu constitutionnellement, nous ne sommes pas seulement le Parti des militants communistes de Cuba : nous sommes le Parti de la nation cubaine. Je dis donc que le moment le plus naturel du travail du Parti, qui est la réunion de l’organisation de base, ne peut se limiter à une réunion de militants : il faut convoquer les jeunes, il faut convoquer les travailleurs non-militants pour qu’ils apportent aussi leur contribution, qu’ils discutent avec nous des problèmes, qu’ils nous soutiennent dans la recherche de solutions.

Dans l’histoire de la Révolution, nous savons très bien le faire et le défendre pour les grandes choses. Une question aussi complexe que l’adoption du Code de la famille, en raison des préjugés liés à la diversité des opinions, a donné lieu à deux exercices démocratiques de participation populaire : une consultation populaire et un référendum. Nous avons procédé de même pour la Constitution. Nous avons procédé de même aujourd’hui pour enrichir le Programme gouvernemental pour l’économie par le biais d’une consultation populaire. Mais dans la vie quotidienne, dans ce qu’il faut accomplir au quotidien, parfois nous ne faisons pas cela, et nous n’y parvenons pas.

La participation et le contrôle populaires. Tout doit passer par la participation : tout ce que nous entreprenons doit être soutenu par le travail et la participation de tous, en particulier des jeunes. Et cette participation populaire doit s’accompagner d’un contrôle populaire exercé par la population sur tout ce que nous faisons. Cela passe aussi par le contrôle et le fait de rendre des comptes.

Vous savez que j’ai toujours défendu trois piliers pour le travail du Parti et du gouvernement : la communication politique, sociale et institutionnelle ; la transformation numérique et l’application de l’intelligence artificielle dans tous nos processus ; et la science et l’innovation pour rechercher, à partir d’une approche scientifique, des solutions aux problèmes que nous rencontrons.

Les problèmes sont tellement complexes, tout d’abord, qu’ils ne peuvent être résolus avec une seule alternative, et Fidel nous a toujours enseigné qu’il fallait travailler avec plusieurs alternatives pour un même problème. La science nous apporte des solutions, et lorsque nous les appliquons et obtenons des résultats, c’est dans l’innovation que réside le progrès. C’est un autre domaine que nous devons renforcer.

La lutte contre la corruption est essentielle pour soutenir tous les processus.

Ainsi, pour répondre à la deuxième question — sur quoi faut-il travailler plus rapidement, prendre des décisions et les annoncer plus rapidement pour obtenir des résultats urgents dans la situation actuelle — c’est ce que j’appelle les transformations nécessaires à l’heure actuelle.

Il existe un large consensus à ce sujet, et lorsqu’on analyse le débat qui a eu lieu sur le programme du gouvernement, il correspond largement aux propositions qui ont reçu le plus de soutien de la part de la population.

Tout d’abord, il faut perfectionner et actualiser le système de gestion de l’économie, afin qu’il y ait un équilibre adéquat entre centralisation et décentralisation, et entre ce qui doit être prévu dans la planification et ce qui doit être abordé en fonction de certains signaux du marché. Il s’agit là d’un principe de défense de la construction socialiste dans nos conditions, car dans certains domaines, des décisions ont été prises qui vont évoluer de manière systématique et progressive, comme le nouveau système d’attribution des devises pour l’activité économique.

Une deuxième transformation nécessaire est la restructuration que nous devons opérer sur l’ensemble de l’appareil étatique, du gouvernement, du Parti et des institutions. Nous sommes un petit pays, avec une population vieillissante et une dynamique démographique affichant un solde de croissance négatif. Nous avons un certain nombre d’institutions qui doublonnent leurs fonctions, ainsi que des personnes œuvrant dans des secteurs non productifs, qu’il faut restructurer. Par ailleurs, pour réduire les dépenses du budget de l’État dans ces activités et être plus efficaces dans les processus de gestion, dans les processus budgétaires et dans les processus de planification, cette transformation est nécessaire. Des progrès ont déjà été réalisés, mais il reste à aller plus loin.

Nous devons atteindre la véritable autonomie de l’entreprise publique. Nous avons déjà travaillé sur ce sujet : au cours des premières semaines de janvier, nous l’avons abordé et beaucoup de définitions ont été établies. Maintenant, nous allons mettre en œuvre une autonomie publique réelle pour l’entreprise.

Tout d’abord, un ensemble de pouvoirs a été accordé aux entreprises, que toutes n’utilisent pas encore, et nous constatons cela à différents niveaux ; mais lorsque je vous accorde une autonomie totale, vous ne pouvez pas vous attendre à n’avoir de l’autonomie que sur certains points, tout en comptant sur moi pour vous fournir les matières premières et les combustibles depuis la Caisse centrale ou depuis une planification centrale.

La centralisation et la décentralisation dans la planification doivent porter sur les priorités. L’entreprise autonome doit, par ailleurs, exporter, générer des revenus en devises, acheter le combustible dont elle a besoin, acheter les intrants et les matières premières. En fait, nous approuvons des programmes pour les entités étatiques et non étatiques qui exportent, qui produisent pour remplacer les importations, et qui créent des mécanismes dans ce sens. L’idée est que leurs actions se reproduisent à grande échelle et contribuent de plus en plus aux besoins du pays, à leur mission sociale et au développement de leurs productions et services.

Cette autonomie des entreprises publiques doit s’accompagner d’un redimensionnement et d’une restructuration des entreprises publiques, et surtout au niveau municipal. L’autre transformation importante que nous allons promouvoir, et sur laquelle nous avons déjà travaillé ces derniers jours, est l’autonomie des municipalités. L’autonomie ne rompt pas avec l’unité dans la construction socialiste et n’est pas non plus une indiscipline vis-à-vis de la planification et des intérêts de l’État. L’autonomie garantit que la municipalité soit plus proche de ses citoyens et dispose des pouvoirs nécessaires pour résoudre les problèmes qui la concernent directement.

Je dis que nous ne pouvons pas prétendre que le pays se développe, et qu’ensuite, à partir du développement national, les provinces et les municipalités se développent : c’est absurde. Il faut que la municipalité se développe, et si les municipalités se développent, les provinces se développent ; et si les provinces se développent, le pays se développe.

Pourquoi ai-je lié l’autonomie des entreprises publiques aux pouvoirs des municipalités ? Parce que, pour que les municipalités puissent produire pour elles-mêmes, tirer parti de leurs capacités endogènes et développer leurs stratégies de développement territorial et local, elles doivent disposer avant tout de systèmes de production locaux solides.

Aujourd’hui, vous posez la question suivante dans une municipalité : combien d’entreprises de différents types et classifications y existe-t-il ? Certaines municipalités répondront 20, 30, 40. Et vous leur demandez : combien d’entre elles dépendent de la municipalité ? Elles vous répondent : deux. En général, une entreprise agro-industrielle municipale — que nous avons obtenue l’année dernière dans toutes les municipalités — dépendait de la province ou de l’État, tout comme une entreprise commerciale.

Alors, comment la municipalité va-t-elle se développer avec une entreprise agro-industrielle et une entreprise commerciale ? Et toutes les autres entités subordonnées à des structures nationales ou provinciales, qui apportent toutes des revenus aux structures nationales et provinciales lorsque les processus se déroulent dans cette municipalité ?

Je ne dis pas que toutes les entreprises doivent être municipales, car certaines, en raison de leurs caractéristiques — parce qu’elles produisent un produit unique ou parce qu’elles ont une certaine envergure —, même si elles sont situées dans une municipalité, doivent rester subordonnées à l’État national ou provincial. Mais ce qui n’est pas possible, c’est que la majorité d’entre elles soient de ce type de subordination. Alors, pourquoi donner l’autonomie à la municipalité si elle n’a personne sur qui s’appuyer ?

Pour que les municipalités puissent générer leurs propres systèmes de production locaux, nous défendons donc l’idée que nous allons consommer ce qui est produit localement. D’autant plus qu’avec la pénurie actuelle de carburant, les denrées alimentaires ne pourront pas être transportées d’une municipalité à l’autre.

Nous avons dit que nous allions changer le concept du panier alimentaire. Jusqu’à présent, notre panier dépendait des importations et d’une décision centralisée. Le pays pouvait importer, et c’est ce que nous distribuions de manière égalitaire. Nous essayions de garantir à tout le monde 7 livres de riz par mois à des prix subventionnés, que vous soyez un employé d’une entreprise publique en développement et gagniez plus de 25 000 pesos, que vous soyez employé d’une micro-entreprise non publique et gagniez 60 000 pesos, ou que vous soyez un retraité en situation de vulnérabilité. Nous ne pouvons pas faire cela pour tout le monde. Ou bien nous apportons le riz au producteur local et lui vendons du riz subventionné. C’est de l’égalitarisme, ce n’est pas de l’équité.

L’équité consiste à donner davantage à ceux qui ont moins, à redistribuer pour réduire les écarts, sans violer un principe fondamental de distribution du socialisme, qui est celui de la contribution, tout en ne laissant personne de côté. Mais si vous avez des gens à un certain niveau et d’autres à un autre, et que vous distribuez la même chose à tout le monde, vous cumulez les quantités, mais le fossé demeure ; le fossé demeure !

Nous devons donc réaliser ce travail, à savoir l’autonomie de l’entreprise publique dans le cadre municipal et en collaboration avec les pouvoirs municipaux.

Ce à quoi nous aspirons, c’est qu’une municipalité exporte et génère ses propres exportations, importe, obtienne des revenus issus des exportations et dispose d’un programme lui permettant d’investir dans les affaires locales. Cela libérera les forces productives.

Dans ce concept du panier alimentaire, si nous consommons ce que la municipalité produit, ce que le pays pourra acheter viendra en plus. Ce ne sont pas les citoyens qui attendent ce que nous pouvons importer, mais ceux qui produisent et recherchent des solutions.

Alors, voyez-vous, s’il existe aujourd’hui un groupe d’entités centralisées et basées sur des importations au niveau national, qui participent à la résolution du problème alimentaire ? Quelques-unes seulement. Si nous agissons de cette manière, ces quelques-unes continuent de le faire, mais nous intégrons désormais davantage d’acteurs, et nous allons en intégrer encore plus dans l’ensemble de la dynamique productive et sociale des territoires.

Soyons réalistes : ne pensons pas que tout va avancer de la même manière partout, ne pensons pas que tout va bien se passer d’un seul coup. Mais nous créons une culture, nous montrons les résultats, nous avançons, nous corrigeons, nous stimulons et compensons également, grâce à la redistribution centrale, les différences qui subsistent et ceux qui se trouvent en situation de désavantage. Cela contribuera également à changer la mentalité importatrice.

D’autres éléments sont en cours d’élaboration : renégocier notre dette extérieure ; établir des relations appropriées entre le secteur public et le secteur privé ; tirer parti de ce que nous avons approuvé récemment, à savoir la possibilité de créer des partenariats économiques entre secteur public et secteur privé ; veiller à ce que ces deux secteurs s’inscrivent dans les stratégies de développement local et territorial et fassent partie du plan que nous voulons réaliser.

De même, il s’agit de tirer parti de toute la flexibilité accordée à l’investissement direct étranger, telle qu’annoncée par le ministre du Commerce extérieur et vice-Premier ministre lors de la Foire internationale de La Havane.

Parmi ces concepts figure la manière dont nous encourageons et créons des facilités, et dont nous stimulons la participation des Cubains résidant à l’étranger à travers des projets qui contribuent au développement économique et social du pays. C’est un autre élément, une autre transformation sur laquelle nous devons travailler.

Nous sommes arrivés à ces réflexions, à ces convictions, parce que nous avons vu des personnes qui les ont proposées, mises en œuvre et réussies. Il existe ici des entreprises rizicoles qui ne disposaient pas des technologies nécessaires pour produire du riz, et qui ont commencé à exporter, par exemple, du charbon, du piment habanero ou d’autres produits agricoles. Nous leur avons proposé un programme et, grâce à une partie de leurs revenus, elles ont acheté les intrants et le carburant nécessaires à la production de riz. Elles sont ainsi devenues indépendantes, ont acquis leur autonomie, se développent de manière productive et apportent davantage. Et dans les lieux où cela est possible, dans ces municipalités, le riz est donc moins cher.

Nous devons parvenir à produire à l’échelle nationale tout ce que nous pouvons produire dans le pays, et si nous devons importer quelque chose, n’importer que les intrants nécessaires pour renforcer les productions nationales, et importer uniquement les produits que nous ne pouvons pas fabriquer localement.

La transformation énergétique, la transition énergétique, que nous avons déjà expliquée ici, constitue une priorité absolue.

Nous ne devons jamais oublier qu’il faut travailler à l’attention des plus vulnérables, et que dans chacune de nos décisions, dans tout ce que nous mettons en œuvre, il faut identifier qui se trouve désavantagé et comment nous pouvons compenser ceux qui se trouvent en difficulté.

Il faudra continuer à perfectionner la politique fiscale, la politique monétaire, l’assainissement financier ainsi que le système bancaire et financier, qui doit être actualisé et modernisé afin de soutenir pleinement tout ce que nous voulons entreprendre sur le plan économique.

Une fois de plus, j’insiste sur les priorités, j’insiste sur les transformations : passer à d’autres niveaux en matière de science et d’innovation, en matière de transformation numérique et d’intelligence artificielle, en matière de communication politique, institutionnelle et sociale ; et commencer également à développer le concept d’économie de la connaissance, c’est-à-dire l’économie générée par l’apport de la science et de l’innovation, par le savoir, pour laquelle le pays dispose d’un potentiel immense.

J’ai parlé des priorités du Parti, des transformations et de la manière dont nous pouvons faire avancer les choses. L’expérience des plénières nous donne la certitude que nous pouvons progresser autrement.

Arleen Rodríguez : Monsieur le Président, je souhaite redonner la parole au plus jeune membre de ce groupe de journalistes, car il ne savait pas qu’il pouvait poser deux questions à la fois, et il me semble que, en tant que plus jeune du groupe, sa question est liée à l’avenir, c’est du moins ce que je perçois. Allez-y, Raciel Guanche.

Miguel M. Díaz-Canel : De plus, c’est un jeune homme dont nous avons constaté, lors d’une visite que nous avons partagée avec le collectif de son média, qu’il fait preuve de leadership et propose des idées innovantes.

12) La jeunesse cubaine

Raciel Guanche : Monsieur le Président, dans le contexte que nous avons abordé depuis le début de la conférence, j’aimerais connaître votre opinion sur l’attitude adoptée par le peuple et, bien sûr, par les jeunes, au milieu de toutes les complexités que nous avons vécues.

Miguel M. Díaz-Canel : Je pense que chaque fois que nous parlons du peuple et chaque fois que nous parlons des jeunes, comme le dit le dicton populaire, « il faut leur tirer notre chapeau ».

L’héroïsme de ce peuple est stupéfiant et, même si nous vivons au quotidien dans l’adversité et affrontons des situations difficiles, quand on observe les réponses, la créativité, la résistance — et j’insiste, la résistance du peuple cubain n’est pas une simple résistance de survie, c’est une résistance créatrice : je résiste, mais je me surpasse ; je résiste, j’avance ; je résiste, je grandis. Je l’ai toujours illustré à un autre moment avec ce que nous avons accompli face à la COVID-19, grâce à la science et aux vaccins. Il ne s’agissait pas seulement de traverser le COVID-19, mais de la surmonter par notre propre création, comme en témoigne l’impact de nos vaccins. On ne peut éprouver aucun doute, ni aucun autre sentiment, envers l’attitude de notre peuple et l’attitude de nos jeunes, même si beaucoup parlent pour essayer de dénigrer le peuple et beaucoup parlent pour tenter de dénigrer notre jeunesse.

On a une certaine perception des jeunes, peut-être liée à nos années d’études universitaires ou à nos années de militantisme étudiant, mais je l’ai déjà dit : pour moi, il faut traiter les jeunes comme les personnes importantes qu’ils sont dans notre société. Quand nous parlons d’unité, il n’y a pas d’unité si les jeunes n’en font pas partie. Quand nous parlons de continuité, il n’y a pas de continuité sans les jeunes. C’est pourquoi, dans ce concept de participation populaire, je dis toujours : tout doit déboucher sur une participation populaire, et au sein de cette participation, tout doit déboucher sur la manière dont nous mobilisons et impliquons les jeunes.

Il existe des exemples quotidiens des réponses apportées par les jeunes : l’indignation face à la situation au Venezuela ; la participation des jeunes à l’hommage rendu à nos morts, à la Marche du peuple combattant, puis à la Marche des torches. Ces jeunes vivent les situations complexes de notre époque, les carences de notre époque, leur projet de vie n’est parfois pas encore celui qu’ils espèrent, mais ils continuent à avoir confiance, car ils savent que ce projet de vie est plus réalisable ici qu’ailleurs.

Cette génération est plus ouverte d’esprit, même si certains disent parfois : « Non, ils ne savent pas grand-chose, ils ne lisent pas beaucoup. » Et quand on leur parle, on est étonné par leurs connaissances, par la profondeur de leurs analyses, par leur capacité à distinguer un contenu et par leur intelligence ; mais aussi, lorsqu’on leur demande d’accomplir des tâches difficiles, ils le font.

Je me souviens, et je l’ai expliqué à plusieurs reprises, lorsque nous étions en pleine effervescence pour concevoir la stratégie de lutte contre le COVID-19, à ses débuts, nous n’avions pas encore réalisé que nous devions mobiliser les jeunes. Et quand nous l’avons fait, les jeunes étaient déjà en zone rouge. Ils se sont mobilisés d’eux-mêmes, parce qu’ils avaient compris qu’ils pouvaient contribuer au pays, que personne n’était mieux placé qu’eux pour le faire. Et des jeunes de tous les secteurs se sont impliqués.

Je vous le dis : chaque fois que j’ai rencontré des jeunes, que j’ai participé à un débat avec eux, j’ai toujours appris et me suis enrichi de leurs expériences et de leurs points de vue. En écoutant les jeunes, on peut aussi voir les choses différemment, de manière plus actuelle, plus contemporaine, plus audacieuse. Cette audace que nos jeunes peuvent apporter, cette agitation engagée, fait beaucoup de bien à la nation et à tout ce que nous voulons entreprendre.

Nous ne pouvions pas penser autrement, car dans notre histoire, les jeunes ont toujours joué un rôle fondamental.

Les jeunes d’aujourd’hui ne font pas exception : ils ont aussi cet héritage, ils partagent ce patrimoine. Qui étaient les mambises ? Il existe des exemples emblématiques : le jeune Céspedes, le jeune Agramonte, le jeune Maceo, nos grands penseurs ; le jeune Martí, à 16 ans dans un Presidio Modelo, injustement emprisonné pour avoir défendu ses convictions.

Chaque année, à la fin de la Marche aux torches, lorsque nous nous rendons sur le site et rendons hommage à la carrière, chaque fois que je vois le poème dédié à sa mère, je frissonne en pensant que cela a été écrit par un jeune de 16 ans !

Et nos scientifiques, et ceux qui ont mené la Révolution de 1933, la Génération du Centenaire, la Révolution. La génération de jeunes qui, dans les années 1960, a affronté l’agression de Girón, mené la campagne d’alphabétisation et ensuite vécu les jours de la crise d’octobre [1962]. Les générations qui étaient jeunes lorsque nous avons vécu la période spéciale, lorsque le camp socialiste s’est effondré. Et les jeunes d’aujourd’hui.

Pourrions-nous avoir l’unité et la résistance dont fait preuve le peuple cubain aujourd’hui si les jeunes ne participaient pas ?

Le fait est que certains ne parlent que de ceux qui sont partis, qui ont tenté leur chance à l’étranger, alors que la majorité n’a pas rompu avec la Révolution ; au contraire, beaucoup sont engagés. En ces temps de menaces, combien sont revenus, combien s’inquiètent, combien manifestent contre l’agression ?

Nous faisons donc confiance à ces jeunes.

Et quel meilleur exemple ? Qu’est-ce qui synthétise les valeurs de toute cette jeunesse aujourd’hui ? Les trente-deux [32 professionnels cubains du secteur de la santé enlevés au Kenya en 2019]. C’est notre jeunesse. Ils sont le présent et l’avenir de la nation, ils sont le présent et l’avenir de la patrie, et il faut en prendre grand soin.

Arleen Rodríguez : Président, si vous n’avez rien d’autre à ajouter, nous resterons sur cet engagement, car d’autres journalistes sont sans doute intéressés et le moment, comme vous le dites, exige beaucoup de communication.

Miguel M. Díaz-Canel : Dans les prochains jours, la continuité de nombreux points que j’ai abordés ici, sans entrer dans les détails, pourra être expliquée en collaboration avec d’autres collègues du gouvernement et du Parti, notamment en ce qui concerne les questions que nous avons discutées aujourd’hui sur le thème de l’énergie, qui, je le sais, est l’une des préoccupations majeures de la population actuellement, car elle a un impact considérable sur la vie quotidienne de chacun.

Et à vous tous, je tiens à vous remercier pour cette rencontre, pour votre temps et votre patience. (Applaudissements)


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