Ce courriel a été adressé à l’Association France-Palestine Solidarité du Puy-de-Dôme le 7 juillet 2025 pour dénoncer des faits graves de mise en danger personnelle et professionnelle durant une manifestation le 5 juillet et avant celle-ci. Les responsables en sont des élus de la CGT, dont est membre le président de l’AFPS 63. N’ayant reçu aucune réponse, nous le publions en tant que lettre ouverte. Pour certains militants, le devoir tout corporatiste de « solidarité avec les camarades » éclipse-t-il les autres principes et engagements proclamés ?
Voir également : Le Comité Contre l’Islamophobie en Europe dénonce la CGT Educ’action 63 (Instagram / Facebook)
De : Salah L.
À : afps.pdd@gmail.com
Envoyé le : lundi 7 juillet 2025 à 10:32:25 UTC+2
Objet : Interpellation du Conseil d’administration de l’AFPS 63
Chers camarades,
Je vous contacte afin de clarifier le rôle qu’a pu jouer l’AFPS 63 dans deux faits graves :
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- mon exclusion de la CGT Éduc’action 63 et sa confirmation par notre instance nationale le 21 juin 2024, pour laquelle une motion de l’AFPS 63 du 19 juin 2024 a servi de document à charge ;
- la mise en danger personnelle et professionnelle que constitue la diffusion d’un tract comportant mes nom et prénom indiquant mes positions sur le 7 octobre (celles-là mêmes qui ont valu à des centaines de camarades [dont Jean-Paul DELESCAUT, qui vient d’être relaxé] un brusque réveil aux aurores par la maréchaussée et une inculpation abusive pour « apologie du terrorisme »), et accompagné du texte de ladite motion de l’AFPS 63, qui a été distribué par un membre du Bureau de la CGT Educ’action 63 à la fin de la manifestation du 5 juillet 2025 à Clermont-Ferrand.
Je vais rappeler les principaux faits, en y joignant les liens vers les extraits précis des documents et enregistrements attestant de la véracité de mes propos.
- Le rôle central de la Palestine dans mon exclusion
Le 10 novembre 2023, lors d’une réunion de Bureau visant à me forcer à démissionner à 9 contre 1, la CGT Éduc’action 63 a directement mis en cause la teneur de mes échanges sur le 7 octobre avec Yves C., président de l’AFPS 63, qui avait été invité à notre AG du 17 octobre, comme l’atteste cet enregistrement.
C’est au cours de cette même réunion que David A., trésorier du syndicat, a reconnu que mes positions sur la Palestine constituaient le grief « le plus grave » retenu contre moi, tandis que Frédéric C., Secrétaire académique, les qualifiait de « point saillant » justifiant ma mise à la porte. Des propos similaires ont été tenus par la co-secrétaire Marie C., qui affirmait que mes critiques de la position confédérale sur le 7 octobre revenaient à « chier » sur le syndicat, qu’elle m’invitait à quitter pour rejoindre l’AFPS 63 si la Palestine était si importante pour moi, car la CGT Educ’63 avait pour sa part « plein d’autres combats à mener ». Avec une virulence inouïe, Sophie B., co-secrétaire, a exprimé la même position, s’indignant que mes critiques contre la CGT étaient comparables à des insultes contre ses parents (sic) :
SOPHIE (à Salah)
Arrête, arrête. On est furieux parce que tu nous insultes. Tu nous insultes dans ce qu’on a de plus cher. Tu nous insultes dans ce qu’on a de plus cher.
SALAH
Pourquoi, la CGT, c’est ta mère la CGT ? Si je suis pas d’accord avec une position, c’est insulter ?
SOPHIE
C’est même mon père ! C’est même mon père ! C’est mon père ! C’est ma vie ! Je donne ma vie… Je donne ma vie à la CGT !
SALAH
Ben dans ce cas-là, c’est un catéchisme. On est des fanatiques et on veut pas les hérétiques. Je suis un hérétique, on veut pas de moi, c’est juste ça.
SOPHIE, faisant un doigt d’honneur
Va te faire f*** ! Va te faire f*** !
Voir la vidéo « Je donne ma vie à la #CGT » : un élu exclu pour avoir critiqué la Confédération sur #Gaza (Tiktok, Instagram)
Citons encore François-Xavier D., qui s’est dit « choqué » à l’idée que j’écrive une lettre de protestation à la Confédération sur Gaza, etc. Ce jour-là, mes « camarades » sont allés jusqu’à la menace d’agression physique pour me forcer à me mettre en retrait, en vain.
J’ai retranscrit cette réunion en intégralité ici (voir la p. 40 pour le passage principal impliquant Yves ; son nom a été cité pas moins de 12 fois durant la réunion), et l’omniprésence des passages surlignés en vert témoigne du rôle central de la question palestinienne dans le processus d’éviction. Ma faute impardonnable a en effet été d’annoncer le 5 novembre ma volonté d’écrire une lettre interne dénonçant les déclarations inacceptables de la Confédération CGT après le 7 octobre, devenue une lettre ouverte signée par 7 syndicats CGT, de nombreux responsables et plusieurs centaines de militants et sympathisants du syndicat.
- Mon appel à Yves C. resté sans réponse
Le 16 novembre 2023, j’ai contacté Yves pour l’informer que les critiques que je lui avais faites sur sa présentation du 7 octobre, que j’estimais trop poreuse à la propagande israélienne (et les faits m’ont donné raison depuis, bien des « atrocités » imputées au Hamas s’étant révélées purement imaginaires), avaient été instrumentalisés pour me nuire, et lui demander de réagir à cet égard. Nous avions en effet des échanges réguliers, notamment autour de mes publications sur la Palestine (sous le pseudonyme Alain Marshal, anagramme de mon nom). Voici le message que je lui ai adressé après notre échange téléphonique :
Bonjour Yves,
Je reviens vers toi pour avoir ton point de vue sur des éléments te concernant qui ont été invoqués à ma charge.
Il a été dit par plusieurs camarades que ma réaction à ton intervention à l’AG de la CGT Educ le 17 octobre était, je cite, « une honte ».
Lorsque j’ai avancé que je n’avais pas du tout cette impression et que j’avais gardé de bonnes relations avec toi, cette prétention a été raillée.
J’aurais aimé avoir ta réaction à ce sujet, afin de pouvoir faire valoir mes droits, mon avenir à la CGT et par extension ma carrière professionnelle étant impactés par la décision qui va être prise demain en CE.
En te remerciant par avance,
Bien à toi,
Salah
Je n’ai jamais reçu de réponse, et cela a été mon dernier échange avec Yves.
- Procédure et mobilisation
J’ai été évincé du Bureau le 17 novembre 2023 (sur la seule base des échanges Whatsapp sur lesquels j’annonçais mon projet de courrier interne sur la Palestine), suspendu le 13 février 2024 et exclu définitivement le 12 avril. J’ai procédé à la dénonciation publique de cette exclusion injuste, en ne publiant jamais que le prénom des membres de la partie adverse.
Une pétition pour ma réintégration a été lancée, incluant un lien vers l’intégralité des documents du Bureau, pour que tout le monde ait accès à leur version des faits : à ce jour, elle a recueilli plus de 15 000 signatures, dont celles de plusieurs représentants de l’UJFP, du professeur Norman FINKELSTEIN (auteur d’une lettre de soutien adressée à la Confédération), et du Parti du Monde des Travailleurs aux États-Unis, mouvement communiste qui a lui aussi publié un article de soutien.
- Le rôle problématique de l’AFPS 63
Le 21 juin 2024, lors de mon audience d’appel devant l’UNSEN-CGT, le Bureau de la CGT Éduc’action 63 a lu une motion de soutien au syndicat de l’AFPS 63, datée du 19 juin, donc adoptée deux jours avant l’audience.
Cette motion a appuyé la position du Bureau contre moi et a contribué à la confirmation de mon exclusion. Même si je n’ai jamais réagi, j’en ai été particulièrement choqué, surtout eu égard au fait qu’Yves n’avait pas même daigné répondre à ma demande, et que la partie adverse, pour sa part, ne risquait rien.
Je rappelle que je suis un arabo-musulman, engagé pour la Palestine depuis plus de dix ans, exclu de mon syndicat via une calomnie islamophobe assimilant ma foi à l’extrémisme, en écho direct à une expérience similaire que j’ai vécue en 2016 (voir De « terroriste » à « mécréant » : à la CGT, l’intimidation et la calomnie comme méthodes), dans un contexte national d’amalgame entre soutien à la Palestine et apologie du terrorisme. Dans un tel climat, ce n’est pas seulement ma carte d’adhérent qui est en jeu, mais mon emploi, ma liberté et ma sécurité, sans même parler de ma santé et de ma vie familiale, mis au bord de l’implosion par ce combat acharné contre tout un appareil résolu à me broyer par tous les moyens, y compris les plus déloyaux. Il est bien connu que les victimes de harcèlement en « meute » peuvent payer un lourd tribut s’ils insistent pour faire valoir leurs droits.
Pourtant, il semble bien que l’AFPS 63 n’a pas choisi la neutralité (pour autant qu’on puisse être neutre dans des luttes si inégales), et s’est de facto rangée aux côtés de la CGT Éduc’action 63.
- Le tract du 5 juillet 2025 : un acte dangereux
Le 5 juillet, à l’issue de la manifestation de soutien à la Palestine organisée par l’AFPS 63 à Clermont-Ferrand, j’ai distribué un tract contenant le texte de ma pétition de soutien.
J’ai été suivi à la trace par Corinne M., membre du Bureau de la CGT Éduc’action 63, qui, accompagnée d’une personne que je n’ai pas encore identifiée, a distribué un contre-tract comportant mes nom et prénom (la première mention de mon nom étant hypocritement barrée avec un feutre transparent et aisément lisible, l’autre étant laissée immaculée), accompagné de la motion de l’AFPS 63.

Tract du Bureau de la CGT Educ’action 63 du 5 juillet, sur lequel j’ai encadré les deux occurrences de mes nom et prénom
Après avoir arraché mon tract des mains de la première personne à qui je l’avais distribué, un acte de violence surréaliste, Corinne s’est contentée d’imposer le sien aux personnes suivantes, en le glissant de force dans leurs mains, comme on peut le voir sur cette vidéo. Cette manière d’agir, d’une brutalité sidérante, a stupéfié plus d’un manifestant (au moins l’un d’eux, indigné par un tel manque de respect, a d’ailleurs jeté ostensiblement son tract).
Ce tract signé par le Bureau de la CGT Educ’action 63 a donc été diffusé place de Jaude, à quelques centaines de mètres de la préfecture, et sous surveillance policière évidente, au milieu d’exclamations de « camarades » m’assimilant notamment à un « islamiste », un « pro-Hamas », etc. La CGT Éduc’action 63 est donc à l’origine de cette nouvelle mise en danger de ma personne, avec la caution de l’AFPS 63, dont la motion occupe une bonne place dans ce tract qui a pu et pourra être diffusé ailleurs.
- Six questions à l’AFPS 63
Face à un acte si indigne et si irresponsable vous impliquant directement, j’ai plusieurs questions à vous poser.
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- Le 19 juin 2024, les membres du CA qui ont voté la motion de soutien à la CGT Educ’action 63 savaient-ils qu’elle serait utilisée par la CGT deux jours plus tard devant l’UNSEN-CGT, et que ma demande à Yves était restée lettre morte ?
- Estimez-vous normal qu’une association de soutien à la Palestine puisse participer, d’une manière ou d’une autre, à l’exclusion d’un militant pro-palestinien, même si son président peut être par ailleurs membre de la CGT ?
- L’AFPS 63 a-t-elle eu connaissance ou validé au préalable le contenu du tract distribué le 5 juillet 2025 ?
- Quelle est votre réaction face aux risques que ce tract me fait encourir, en utilisant l’AFPS 63 comme caution, et à la piètre image donnée par le procédé de la CGT Educ’action 63 ?
- Quelle est votre position officielle sur l’affaire m’opposant à la CGT Educ’action 63 ?
- Lors d’une manifestation le 4 novembre 2023, un organisateur (Yves C. si je ne m’abuse) a affirmé au micro « Il n’y a pas de place parmi nous pour les antisémites » (propos rapportés par La Montagne, et dont une vidéo avait été diffusée), sous-entendant leur présence potentielle. Savez-vous sur quoi était basée cette présomption ? Et au-delà du fait que ces propos alimentent les amalgames infâmes entre antisionisme et antisémitisme, est-ce que des propos équivalents ont déjà été tenus par les organisateurs contre les racistes et les islamophobes, qui sont bien plus présents dans une société ou ces maux sont systémiques, et touchent tout le spectre politique, de l’extrême droite à l’extrême gauche ? C’est bien de racisme et d’islamophobie, dont la cause palestinienne est un catalyseur par excellence, que j’ai eu à me plaindre au sein de la CGT Educ’action 63.
- Conclusion
Je vous adresse en pièce jointe la lettre de mon avocat, envoyée à la mi-mai aux instances de la CGT. Elle appelait à une solution apaisée, dans un esprit constructif visant à ne léser ou n’humilier personne, et seulement à garantir le minimum de mes droits et de ma sécurité, en écartant les principaux risques auxquels m’ont exposé les calomnies de mes « camarades » pour le restant de ma carrière. Notre main tendue n’a reçu aucune réponse à ce jour, me contraignant à continuer à défendre mes droits via la dénonciation de cette affaire, alors que je ne demandais qu’à tourner la page. Mais je suis bien entendu résolu à poursuivre la lutte, même si ça doit prendre des années.
Je n’ai pas les moyens d’engager un procès à ce stade, d’autant plus qu’ayant longuement espéré une résolution à l’amiable (un membre du Bureau Confédéral de la CGT [Boris PLAZZI] me l’a laissé espérer), j’ai laissé passer la prescription pour des faits essentiels. Mais la CGT Educ’action 63, qui se prétend calomniée et cyber-harcelée, et a les moyens de me poursuivre en justice (son avocat m’en a du reste menacé dans ce courrier, évoquant une peine d’un an de prison et de 45 000 euros d’amende), ne l’a toujours pas fait. Pourquoi ? Parce que les preuves sont accablantes, et loin du « parole contre parole » que n’a cessé d’invoquer le Bureau de la CGT Educ’action 63, je documente chacune de mes accusations par leurs propres aveux explicites, dans de nombreux écrits et enregistrements. On peut affirmer dans un tract que j’ai été exclu pour avoir enregistré une réunion ou l’avoir diffusée aux adhérents du syndicat, mais face à un juge, ces prétextes seraient balayés d’un revers de main du fait de leur caractère rétroactif, le déclenchement de la procédure d’exclusion [officieusement le 10 novembre 2023 quand on a voulu forcer ma démission, officiellement le 13 février 2024] ayant largement précédé toute mention ou diffusion de ces enregistrements [je n’en ai révélé l’existence que le 7 mars 2024].
Mon intervention sur le Magazine Nexus au sujet des événements du 5 juillet, diffusée le 11 juillet 2025 (à partir de 2h 17mn 58s)
Je vous remercie de l’attention que vous porterez à ce courrier, qui n’a pour but que d’assurer la défense de mes droits, dans une affaire où le nom de l’AFPS 63 apparaît, malgré elle je l’espère, du mauvais côté de la barrière. On ne peut pas lutter contre l’injustice en Palestine tout en la tolérant ici même, et encore moins en étant partie prenante à des manœuvres si indignes. Le travail de l’AFPS est éminemment important, mais puisque je me vois contraint de dénoncer publiquement le contenu de ce tract pour me protéger, il me parait important que l’AFPS 63 indique clairement qu’elle n’y a pas consenti et ne le cautionne aucunement, afin de ne pas être entachée.
Fraternellement,
Salah L.
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