Source : Fausto Giudice / YouTube
Nous republions ces vidéos et leur retranscription parce qu’elles représentent exactement ce que les médias s’emploient à effacer : la parole d’un Français vivant en Iran, témoignant de l’intérieur d’une guerre que ces mêmes médias ne nous montrent qu’à travers le prisme des agresseurs.
Car il faut bien le dire, si les ressortissants français sont largement convoqués lorsqu’ils sont Israéliens, afin de susciter notre empathie pour l’entité sioniste génocidaire et de diffuser ses éléments de langage (qui ne connait pas le visage d’Olivier Rafowicz ?), les franco-maghrébins ne le sont généralement que lorsqu’ils se plient au récit dominant, fût-ce dans la confusion la plus totale, à l’image du très médiatique et très grotesque Hassan Chalghoumi, caricature ambulante de la communauté arabo-musulmane en France. En dehors de ce rôle assigné de relais du discours dominant voire d’ “Arabe de service”, ils n’existent guère.
Or, l’auteur de cette intervention n’entre dans aucune de ces cases. Franco-Tunisien, diplômé d’histoire et de philosophie de Paris IV-Sorbonne, séminariste et enseignant à l’université théologique de Qom depuis plusieurs années, il dispose d’un bagage intellectuel qui lui permet d’aborder la réalité iranienne avec une rigueur que l’on cherchera vainement sur les plateaux télévisés.
Ce qu’il nous propose ici est un état des lieux qui bat en brèche la fable d’une guerre de libération, tout en donnant des chiffres et éléments précis sur l’ampleur des crimes de guerre perpétrés contre le peuple iranien et ses infrastructures vitales délibérément ciblées (quartiers résidentiels, hôpitaux, écoles et universités, centres de production d’énergie et de biens de première nécessité, etc.), tout en donnant un nom et un visage aux victimes civiles iraniennes, une humanisation que nos médias réservent aux agresseurs. Il conclut par une observation de la résilience et de la ferveur du peuple iranien, qui sort par millions dans la rue chaque soir depuis le début de la guerre, en soutien à son gouvernement et à ses forces armées, et dont la solidarité avec le Liban au lendemain même du cessez-le-feu constitue, selon ses propres mots, une manifestation de solidarité particulièrement émouvante.
À l’heure où la parole iranienne (et plus largement celle des peuples qui résistent à la machine de guerre impérialiste et sioniste) est soit confisquée par des « opposants » téléguidés depuis Washington et Tel-Aviv, soit réduite à des formules-épouvantails comme « régime des mollahs », « théocratie chiite » ou « dictature obscurantiste », docilement reprises jusque par une gauche qui se prétend anti-impérialiste (comme on l’a vu durant la tentative de « révolution de couleur » de janvier), ce témoignage mérite d’être pris au sérieux et largement partagé.
- Introduction
- Une guerre de libération ?
- Bilan des pertes humaines
- Les destructions de l’infrastructure civile
- La médiocrité morale des agresseurs
- Attaques contre les centres énergétiques et industriels
- La phase finale : les ponts et le délire du président américain
- La ferveur du peuple iranien
Vidéo d’introduction
Grâce au Nom de Dieu, le Tout Clément, le Miséricordieux, et que la bénédiction soit sur Ses messagers et leurs héritiers, depuis le premier homme à nos jours. Que la paix soit avec vous.
Je m’adresse à vous depuis la ville sainte de Qom, en Iran, alors que depuis un mois maintenant la guerre fait rage, suite à l’agression américano-israélienne sur le territoire iranien.
Nous-mêmes à Qom avons fait l’objet de plusieurs bombardements. L’école de ma fille a même été touchée et, si elle n’est pas détruite, elle est néanmoins très endommagée. Heureusement, cela s’est produit après que les autorités ont décrété la suspension des cours, qui désormais se poursuivent à distance par internet.
Mais d’autres petites filles n’ont pas eu cette chance. Elles n’ont pas été épargnées. Je les pleure comme je pleure tout enfant enseveli sous les bombes, et toute victime innocente à travers le monde.
Aussi, je me permets de m’adresser à vous aujourd’hui principalement pour deux raisons.
La première : pour témoigner.
Je voudrais témoigner de ce que je vois, de ce que j’entends, de ce que je lis et de ce que je vis ici en Iran, loin des caricatures que véhicule l’immense majorité des médias francophones officiels et dominants.
Alors qu’une troisième guerre militaire est imposée à l’Iran depuis sa jeune Révolution islamique, je souhaite vous donner à voir un autre visage de la réalité iranienne, vous permettre d’entrevoir une autre dimension des événements en cours, en vous proposant un récit de l’intérieur, et fondé sur des faits.
À cet égard, je serai comme un témoin ; un témoin avec ses biais, sa subjectivité et son regard propre, un regard que par ailleurs je n’entends pas dissimuler, mais un témoin malgré tout dont l’horizon restera de vous rapporter des faits.
La seconde raison qui m’amène à m’adresser à vous relève quant à elle de la pensée.
Je me permets donc de sortir de mon cadre de vie strictement privé pour entrer dans une forme momentanée de communication publique, afin de vous proposer une analyse des causes et des circonstances qui ont abouti à notre situation.
Parce que, sans être un spécialiste de la géopolitique, je crois que mon parcours me permet de croiser deux approches qui me paraissent aussi complémentaires que nécessaires pour aborder la question de la République islamique d’Iran.
La première de ces approches se rapporte à la théologie.
À travers cette discipline intellectuelle, je pourrais vous présenter la pensée qui non seulement est à l’origine même de l’existence du système politique iranien, mais de surcroît est à l’œuvre dans chacune de ses orientations. Et là encore, je suis en mesure de vous en parler de l’intérieur, contrairement à ce que l’on entend beaucoup trop souvent.
Cette pensée théologique, qui structure en profondeur la psyché, l’idéologie et même la philosophie des différentes composantes du pouvoir en Iran, m’est particulièrement familière. En effet, je ne suis pas un orientaliste. Je ne porte pas un regard extérieur et purement académique sur le sujet.
Je suis, depuis un certain nombre d’années maintenant, un séminariste de l’université théologique de la ville sainte de Qom, où j’ai été formé et où j’enseigne la théologie, intégrant ainsi le droit, la philosophie et la mystique islamiques, tout en poursuivant mes recherches.
Or, comme vous le savez peut-être, cette institution a marqué de son empreinte le caractère islamique de la Révolution iranienne. On ne peut donc comprendre le système politique iranien — ni dans sa structure, ni dans ses fondements, ni même dans ses visées — sans saisir le cadre théologique et philosophique qui le sous-tend. Et ce cadre, ce sont justement des dignitaires de l’université théologique de Qom qui l’ont élaboré.
La seconde approche à partir de laquelle mon parcours me permet, du moins je crois, d’appréhender intellectuellement la question iranienne, découle non pas de ma formation théologique, mais de ma formation académique, celle qu’on peut appeler ma formation classique, notamment pour un Franco-Tunisien comme moi, qui a grandi en banlieue parisienne, puisque je suis également diplômé d’histoire et de philosophie de l’université Paris IV-Sorbonne, et ce point est important. En effet, ce n’est pas la République islamique d’Iran qui m’a formé à l’histoire de la pensée occidentale, mais bien la République française. Et en ce sens, je ne suis pas, si je puis dire, un produit de la République islamique d’Iran, mais bien un produit de la République française.
Cette double formation, théologique et académique, me permet ainsi d’aborder la situation iranienne à partir de deux perspectives : la première est celle de la pensée interne à l’Islam, spécifique à l’Iran ; la seconde est celle de la tradition philosophique occidentale. Cela me donne ainsi la possibilité de mettre en relation deux univers, afin d’asseoir une compréhension que je crois plus juste des différents acteurs du conflit.
C’est pourquoi, pour accompagner mon témoignage, je souhaite vous proposer une réflexion. Une réflexion aussi concise que possible, mais que j’espère rigoureuse, sur les raisons qui, me semble-t-il, nous ont conduit à cette guerre : que ces raisons soient idéologiques, théologiques, philosophiques, politiques ou encore historiques.
Je vous propose donc une série de vidéos. J’ai remonté le cours de l’histoire en partant de la situation actuelle, c’est-à-dire cette guerre qui se déroule aujourd’hui sous vos yeux et que nous vivons, nous en Iran, dans notre chair, pour remonter progressivement jusqu’aux origines de la Révolution islamique : ses racines intellectuelles et historiques, ses acteurs majeurs, leur rapport à leur population d’une part et leur rapport à l’Occident d’autre part, pour finir par traiter du rapport du monde dit occidental à ces mêmes acteurs iraniens et à leur Révolution.
Je n’ai pas encore commencé cette série de vidéos, que je réaliserai, si Dieu nous prête vie, au fil des événements, et peut-être même au-delà. Je ne sais donc pas encore combien d’épisodes elle comptera. Mais ce que je souhaiterais, c’est qu’elle soit courte, pédagogique et accessible, sans toutefois renoncer à la profondeur et à la précision qu’exigent les sujets que je vous proposerai de traiter.
En vous remerciant.
Que la paix soit avec vous.
Épisode 1 : État des lieux
Introduction
Grâce au Nom de Dieu, le Tout Clément, le Miséricordieux, et que la bénédiction soit sur Ses messagers et leurs héritiers, depuis le premier homme à nos jours. Que la paix soit avec vous.
Lors de ma première vidéo, c’est-à-dire ma vidéo d’introduction et de présentation, je vous avais proposé un témoignage. Je souhaitais témoigner. Témoigner de ce que je vois, témoigner de ce que j’entends, et vous avais-je dit, témoigner de ce que je lis et de ce que je vis ici en Iran, notamment concernant l’agression américano-israélienne contre le territoire iranien et tout ce qui s’y rapporte.
De même, je vous avais proposé une analyse, une analyse des causes et des circonstances qui ont abouti à cette guerre, en commençant par aborder la guerre elle-même pour remonter progressivement le cours de l’histoire, et finir par traiter de la question épineuse de la Révolution islamique d’Iran, qui en réalité est le véritable cœur du conflit.
Une guerre de libération ?
Aussi, ce que je souhaite faire aujourd’hui n’est pas à proprement parler une analyse de la situation. Parce que lorsque l’on parle d’analyse, et à fortiori d’une analyse sérieuse et rigoureuse d’un sujet quel qu’il soit, il nous faut, pour définir et traiter de ce même sujet, en déterminer les éléments les plus fondamentaux, c’est-à-dire ceux qui constituent et fondent l’objet que l’on cherche à analyser, tandis que le témoignage que je m’apprête à vous présenter aujourd’hui ne permet pas de se faire une idée précise de ce que cette guerre est véritablement.
En revanche, il nous donne un sentiment très fort et très puissant, un sentiment et une intuition qui ne peuvent pas ne pas être partagés par tous, non pas de ce que cette guerre est, mais de ce qu’elle n’est pas.
Qu’est-ce que cette guerre n’est pas ?
Je peux l’affirmer au vu de ce que nous avons vécu ici en Iran depuis le début de l’agression, et je vais tenter d’ailleurs de vous présenter les raisons qui me conduisent à ce sentiment.
Cette guerre n’est pas une guerre de libération.
À aucun moment, il nous est possible de croire que les États américain et israélien ont initié cette guerre dans le but de libérer la population iranienne de ce qu’ils disent être une dictature.
Et pour vous le montrer, je vais tout simplement vous présenter un bilan : un bilan des pertes humaines, un bilan des pertes civiles que compte la population iranienne, ainsi qu’un état des lieux des destructions considérables de l’infrastructure urbaine, dont toute atteinte ne fera pourtant qu’accroître et accentuer les difficultés que les Iraniens rencontrent dans leur vie quotidienne, et ce chaque jour que Dieu fait.
Bilan des pertes humaines
Selon le gouverneur de la province de Qom, nous aurions été bombardés, nous à Qom, plus de 100 fois. De ces bombardements ont résulté 104 morts et 320 blessés.
Aussi, je vous demande de prendre la mesure de ce que, derrière ces chiffres, il y a la souffrance d’hommes, de femmes et d’enfants. Parfois, les bombardements ont décimé toute une famille, comme c’est le cas, par exemple, de la famille que vous voyez à l’écran, la famille Mahdi, qui a été entièrement décimée par le bombardement qui a détruit leur logement.
D’autres fois, il y a des survivants. Et parfois il n’y a qu’un seul et unique survivant. Un seul membre d’une même famille a survécu. Et c’est arrivé plusieurs fois, comme c’est le cas de ce jeune homme, Mohammed Mahdavi, qui a perdu toute sa famille.
Je vous demande d’imaginer la souffrance que d’avoir été avec toute sa famille, de s’être retrouvé sous les bombardements avec toute sa famille, et d’être le seul à en réchapper.
Au-delà de la province de Qom, les provinces de Téhéran, Ispahan et Hormozgan ont été les plus touchées.
La province de Téhéran est très connue évidemment, puisque Téhéran est la capitale. Celle d’Ispahan peut-être plus encore que Téhéran. Ispahan, la ville mythique. Mais même celle d’Hormozgan est très certainement devenue célèbre, tristement célèbre, en raison de ce qu’elle abrite en son sein la ville de Minab, ville où se trouve l’école pour petites filles qui a été visée dès le premier jour du conflit. Nous en reparlerons lorsque nous ferons l’historique.
Ces trois provinces ont été les plus touchées. Les morts se comptent par [milliers], et les blessés par centaines, dans chacune de ces provinces.
Selon le président de l’Organisation iranienne de médecine, le nombre de victimes, selon le dernier bilan d’il y a deux-trois jours, s’élèverait à 3 375 morts. Parmi ces 3 375 morts, un tiers environ se répartissent entre femmes, enfants, adolescents et personnes âgées.
De même, sur le territoire iranien dans son ensemble, [parmi] le nombre de blessés — et je tiens ce chiffre du ministère de la Santé d’il y a peut-être deux semaines — 6 700 blessés sont des femmes et des enfants. 6 700.
La question qui se pose, d’autant plus que certains de ces blessés sont dans un état grave, qu’il s’agisse des blessés de Qom, les 320 dont j’ai parlé, ces 6 700 femmes et enfants blessés ou les autres blessés qui sont des hommes, certains d’entre eux sont dans un état grave. Pas plus tard qu’il y a deux-trois jours, un enfant — je crois de 3 ou 4 ans — a succombé à ses blessures.
La question qui se pose est la suivante : comment pourrions-nous croire que l’aviation américano-israélienne serait venue bombarder l’Iran pour libérer son peuple de la dictature ? Comment pourrions-nous le croire ?
Les destructions de l’infrastructure civile
Concernant les dégâts causés à l’infrastructure civile et urbaine en Iran, nous pouvons noter que, selon les autorités, plus de 125 000 lieux publics et espaces d’habitation ont été visés et au moins partiellement détruits. 125 000 lieux publics. En quoi viser 125 000 lieux publics et espaces d’habitation pourrait-il permettre de libérer le peuple iranien ?
De même, 23 000 établissements commerciaux ont été visés et au moins partiellement détruits. Encore une fois, en quoi viser des établissements commerciaux pourrait-il permettre de libérer le peuple iranien ?
Pire encore : 339 centres hospitaliers. 339. En quoi viser et détruire au moins partiellement 339 centres hospitaliers pourrait-il permettre de libérer le peuple iranien ? Les centres hospitaliers, nous savons tous à quoi ils servent. Ils servent justement, le cas échéant — lorsque les Américains et les Israéliens bombardent les Iraniens — à recueillir les blessés et à tenter de les sauver. Seraient-ce les Iraniens eux-mêmes qui sont visés par ces bombardements ?
Pire encore — parce que oui, il y a encore pire : 41 ambulances ont été directement visées. 41 ambulances, alors qu’elles exerçaient, qu’elles avaient été appelées pour secourir. 41.
24 urgentistes ont été tués dans l’exercice de leur fonction. 24 urgentistes. C’est-à-dire que ces héros — on ne peut les qualifier que de héros — creusaient de leurs mains les gravats pour sortir d’éventuelles âmes encore vivantes de sous les décombres. Et alors qu’ils tentaient de sauver des vies, ils se faisaient bombarder et tuer.
Une des questions que l’on doit nécessairement se poser, avec l’évolution technologique et l’avancée technologique américaine : ces frappes sont-elles involontaires ? J’estime que ce sont là des questions légitimes.
Pire encore. Pire encore. Selon le ministère de l’Éducation, 757 écoles ont été directement visées. 757 écoles directement visées.
Je vous avais dit lors de ma première vidéo d’introduction que l’école de ma fille avait même été touchée. D’ailleurs, vous pouvez constater les dégâts sur les images.


Mais dans le cas de l’école de ma fille, ce qui a causé les destructions, ce ne sont pas des bombardements qui ont directement visé l’école — ce qui a été visé, semble-t-il, c’est un lieu à proximité, et ce sont les explosions qui ont causé les dégâts que vous avez vus.
Mais concernant ces 757 écoles, l’histoire est tout autre. Elles ont été directement visées, exactement comme pour l’école de Minab, où 165 petites filles ont été tuées. 165.

D’ailleurs, des urgentistes ont été tués alors qu’ils tentaient de secourir ces petites filles. Ce qu’il faut savoir, c’est que Minab a été frappé à deux reprises : une première fois à une certaine heure de la journée, et à une demi-heure d’intervalle, une seconde fois, l’école est visée alors que les secouristes sont à l’intérieur et qu’ils tentent de sortir des gravats ces petits corps.
Il y a des images, des images affreuses, où les secouristes tentent de sortir justement ces petits corps et voient une main. Et en voyant une main, en voyant un pied, ils se mettent à pleurer, tous, tous à pleurer, ils tombent en sanglots.
Comment est-ce que ces bombardements sur des écoles directement visées pourraient libérer le peuple iranien ? Comment ? En quoi ?
Ils ont aussi bombardé les universités. Les universités. Donc ils viendraient pour libérer le peuple iranien, et ils détruisent les écoles avec les petites filles à l’intérieur, jusqu’à ce que les autorités décrètent, comme je vous l’avais dit, la suspension des cours, qui doivent avoir lieu à distance depuis les premiers bombardements d’écoles.
Mais non seulement les écoles, mais également les centres de recherche, les universités. Donc, si jamais on accepte la considération que la connaissance libère — si tant est que l’Iranien ait besoin d’être libéré —, mais si jamais c’était le cas : la connaissance libère, n’est-ce-pas ? Comment considérer ces bombardements d’universités — où l’on étudie les sciences dures : les mathématiques, la biologie, la physique, la chimie — qui sont les meilleures au Moyen-Orient et parfois rivalisent avec certaines des meilleures universités du monde ? Parce que c’est cela, la réalité iranienne : un très haut niveau d’éducation.
Mais ce n’est pas que cela. Il y a aussi les universités où l’objet d’étude relève des sciences humaines : la philosophie, le droit, la sociologie. Ces disciplines aussi sont censées libérer. En quoi viser et détruire ces universités permettrait-il de libérer les Iraniens ? De les libérer de quoi ?
Il faut savoir qu’un certain nombre d’enseignants et de professeurs sont allés dans leurs écoles et dans leurs universités bombardées — après les bombardements, alors que les écoles n’étaient plus qu’un tas de ruines —, ont posé leur ordinateur et ont tenu à donner leur cours à distance par internet, mais en étant sur place, dans leurs écoles, dans leurs universités. Ces professeurs et ces enseignants n’ont pas l’air de considérer que ces bombardements les libèrent. En aucun cas.
La médiocrité morale des agresseurs
Si l’on s’efforce de faire un historique des événements depuis le premier jour de l’agression jusqu’à la trêve, l’on peut constater un certain nombre de réalités.
La première de ces réalités est que les États-Unis se rendent coupables, dès le premier jour du conflit et dès les premières heures de l’agression, de crimes de guerre, puisque l’école de Minab est visée au matin à deux reprises, et la seconde fois alors que les secouristes tentent de sortir des décombres de potentielles âmes encore vivantes : 165 petites filles, et un certain nombre de secouristes et d’enseignantes. C’est le premier crime de guerre.
Ensuite, nous pouvons constater également que les Israéliens semble-t-il — du moins c’est ce qui nous est rapporté par les médias officiels — les Israéliens qui de toute façon sont armés par les Américains et sont de connivence, ont assassiné le Guide de la Révolution, un certain nombre de dirigeants politiques et un certain nombre de responsables militaires, au premier jour de l’agression, dès le matin.
Ce qui est à noter ici, c’est la médiocrité morale derrière ce type d’action. Je ne parle même pas de droit international, parce que le droit international est mort au moment où l’agression américano-israélienne contre l’Iran a eu lieu, puisque cette action est tout simplement illégale. Ils n’ont pas le droit d’attaquer l’Iran.
Donc, d’un point de vue du droit, la question est close et n’a même pas grand intérêt. Parce que nous voyons, au-delà maintenant de ce droit, d’un point de vue éthique, d’un point de vue moral : la plupart de ces dirigeants et de ces responsables n’étaient pas dans un centre de commandement à riposter face à une agression dans le cadre d’une guerre déclarée à leur encontre. Non. Les Américains et les Israéliens ont assassiné des responsables iraniens sans déclaration de guerre, alors qu’ils se trouvaient pour la plupart chez eux, auprès de leur famille, et que leurs familles ont été décimées avec eux.
C’est d’une médiocrité morale sans nom. Je ne sais pas si l’on se rend compte de cette bassesse. Comment est-ce que l’armée la plus puissante du monde ne s’efforce même pas de frapper ses adversaires en les regardant de face ? Comment est-il possible que l’armée la plus puissante du monde attende que son adversaire lui tourne le dos pour le frapper ? Comment ? Comment est-ce possible ? À quel point sont-ils descendus bas ?
Je pose cette question pour que l’on puisse prêter attention à ce que je dis depuis le début : c’est-à-dire qu’il est impossible que cette guerre soit une guerre de libération. Et j’en veux pour preuve cet exemple de la médiocrité morale des dirigeants politiques israéliens et américains, qui frappent dans le dos leurs adversaires alors même qu’ils sont censés être incommensurablement plus forts. Cette médiocrité morale indique, sans le moindre doute, sans l’ombre d’un doute, que ces gens sont trop bas pour chercher à libérer qui que ce soit de quoi que ce soit.
Attaques contre les centres énergétiques et industriels
Revenons à notre historique. À partir du 2e jour de l’agression jusqu’au 20e jour à peu près, les Israéliens et les Américains se sont mis à viser des centrales énergétiques et des zones de production industrielle civile.
Ces attaques contre ces centres énergétiques et ces zones de production industrielle ont été quelque peu réfrénées dès lors que l’Iran riposta contre Israël et contre les pays arabes du Golfe — les pays voisins de l’Iran — parce que, semble-t-il, tout le monde s’est mis à comprendre que si jamais les zones de production d’énergie et de production industrielle civile étaient détruites en Iran, alors ce serait le cas également en Israël et dans les pays arabes voisins.
D’ailleurs, concernant la question des pays arabes voisins et de leur rapport à l’Iran, il faudra que j’y consacre une vidéo, ou que je l’aborde de toute façon, parce que c’est un point important de la situation géopolitique internationale. Et même au-delà, c’est un des éléments d’analyse que je cherche à faire concernant la Révolution islamique elle-même. J’y reviendrai.
Donc, du 2e au 20e jour, les Américains et les Israéliens ont frappé tout de même les centres énergétiques et les zones de production industrielle, même si ces frappes ont été quelque peu réfrénées par la riposte iranienne.
La question qui se pose est : en quoi est-ce que ces attaques contre des centres énergétiques et des zones de production industrielle civile permettraient de libérer, encore une fois, le peuple iranien ?
D’autant plus que nous savons tous — c’est de notoriété publique aujourd’hui, nous n’avons pas besoin de faire partie d’un service de renseignement pour le savoir — que les villes souterraines de l’armée iranienne ou du Corps des Gardiens de la Révolution se trouvent soit au cœur des montagnes, soit sous les montagnes. Et les Iraniens ayant prévu cette guerre depuis au moins trois décennies — nous dirons pourquoi dans de prochaines vidéos —, il est impossible qu’ils n’aient pas d’avance pensé à la question de la production énergétique dans ces mêmes zones souterraines de stockage et de production d’armements, qu’ils n’aient pas fabriqué ou produit des centrales électriques notamment. C’est quasiment inconcevable, je ne le crois pas une seconde.
Encore une fois, demandons-nous en quoi frapper des zones industrielles civiles et des centres énergétiques permettrait de libérer la population iranienne, d’autant plus que le Corps des Gardiens de la Révolution, pour sa part, ne serait même pas touché par les bombardements ?
Concernant les zones de production industrielle civile, c’est encore plus clair. D’autant plus que ce qui est touché dans ces zones, ce sont les zones pétrochimiques : la production de PVC, la production de plastique, la production de réfrigérateurs, la production de climatiseurs, la production de voitures. Et lorsque les Américains et les Israéliens frappent ces zones de production civile, qui paie immédiatement le prix de ces frappes ? Ce sont les Iraniens, c’est la population iranienne, en raison de la flambée des prix.
Je suis allé personnellement dans une zone industrielle entre Qom et Téhéran, et j’ai pu parler à des entrepreneurs qui m’ont dit que les prix avaient doublé, parfois même plus que doublé, en raison de ces frappes, puisque c’est le jeu de l’offre et de la demande : s’il y a moins d’offre et toujours autant de demande, les prix augmentent. Donc en fait, celui qui est visé par ces frappes, c’est bel et bien le peuple iranien.
La phase finale : les ponts et le délire du président américain
Ensuite, après avoir durant à peu près 18 jours — du 2e au 20e jour — essayé de jouer sur la fibre énergétique et industrielle — mais s’être vu réfréner par les répliques iraniennes, tout d’un coup, le président américain a été comme, semble-t-il, pris de folie. Il a parlé de la mort d’une civilisation. Il a dit que ce soir, c’était sa phrase, « Ce soir, une civilisation va mourir. » Et il s’est mis à frapper les ponts, avant. Un certain nombre de ponts. Même à Qom, ils ont frappé des ponts.
La première question, c’est en quoi encore une fois détruire des ponts libérerait-il le peuple iranien ? Et nous savons très bien que ces ponts ne touchent pas les capacités militaires iraniennes. Absolument pas.
Donc non seulement la destruction de ces ponts ne peut permettre de libérer le peuple iranien, mais de surcroît prononcer cette phrase insensée sur une civilisation qui va mourir, une civilisation plurimillénaire, peut-être la plus ancienne civilisation encore préservée sur terre, une des plus anciennes du moins…
Qu’est-ce à dire ? Qu’est-ce que, encore une fois, cette médiocrité morale et éthique ? Est-ce que l’on croit sérieusement que ces gens vont chercher à libérer quelque population que ce soit ?
La ferveur du peuple iranien
Pour conclure cette vidéo, je souhaiterais vous parler de la population iranienne. Et cette fois-ci, je ne souhaite pas vous parler de ce que la population subit, mais je voudrais plutôt vous dire ce qu’elle m’inspire.
Parce que depuis les débuts du conflit, ce que nous pouvons constater et voir de nos propres yeux nous subjugue, nous laisse sans voix. Nous voyons un courage sans pareil, une ferveur immense, une abnégation et un sens du sacrifice qui imposent le respect, et une solidarité qui redonne foi en l’être humain.
Tous les jours que Dieu fait, nous les voyons manifester — par milliers, par centaines de milliers. Nous les voyons de nos propres yeux. Lorsque l’on regarde les réseaux sociaux et que l’on écoute ce que disent les autorités, il est question de 20 millions de manifestants tous les jours. D’autant plus la nuit. La nuit, les rues sont bondées de monde — avec des voitures à bord desquelles des personnes tiennent des drapeaux iraniens flottant au vent, se klaxonnant les uns les autres. Les Iraniens vraiment nous ont subjugués par leur courage, par leur abnégation.
Mais plus encore, c’est une anecdote que je souhaite vous partager.
Au lendemain de la trêve, alors que durant 40 jours les Iraniens se faisaient tuer tous les jours, tous les jours voyaient leur père, leurs frères, leur mari, leur épouse, leurs enfants mourir — au lendemain de la trêve, c’est-à-dire au moment de souffler enfin de cette offensive américano-israélienne, les Iraniens ont porté un slogan qui m’a profondément ému, profondément touché.
Ils disaient en persan — et ils le criaient tous les jours, et ils le crient encore aujourd’hui, du moins ils le criaient lorsque le cessez-le-feu n’avait pas encore lieu au Liban. Ils criaient Otach bassé be Lobnan khiyanat ast be Islam. C’est-à-dire que tout cessez-le-feu, toute trêve qui ne prendrait pas en compte le Liban serait une trahison envers l’islam.
Je vous demande de bien vouloir me croire lorsque je vous dis que je ne vous rapporte pas ce propos pour accentuer la dimension ou la teneur religieuse du propos. Absolument pas. Ce que j’essaie de dire, ce que j’essaie de vous montrer, c’est la fidélité de ce peuple iranien.
Personnellement, lorsque j’ai entendu cela, j’en ai été ému aux larmes. Comment peuvent-ils encore penser aux autres à ce moment-là ? En fait, ils se sont souvenus de qui les a soutenus, et ils ont refusé de vivre la paix et le repos si ceux qui les avaient soutenus ne vivaient pas la paix et le repos.
Je les ai entendus le dire : « Nous n’abandonnerons pas le Liban. Nous n’abandonnerons pas le Liban. »
Je vous laisse méditer sur ces dernières paroles, en vous laissant avec quelques images des victimes innocentes iraniennes bombardées par l’aviation américano-israélienne.
Que la paix soit avec vous.






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