Non, Israël n’a pas « le droit d’exister », bien au contraire

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Contrairement à la revendication sioniste selon laquelle « Israël a le droit d’exister », mon affirmation est ancrée dans le droit international. Bien entendu, étant donné la propension d’Israël à violer ces lois, il n’est pas surprenant qu’il continue de revendiquer un droit qui n’a aucun fondement dans la réalité.

Par Craig Mokhiber

Mondoweiss, 14 juillet 2026

Traduction Alain Marshal

Craig Mokhiber est un juriste international spécialisé dans les droits de l’homme et un ancien haut fonctionnaire des Nations Unies. Il a quitté l’ONU en octobre 2023, rédigeant une lettre de démission largement diffusée qui alertait sur le génocide à Gaza, critiquait la réponse internationale et appelait à une nouvelle approche de la Palestine et d’Israël fondée sur l’égalité, les droits de l’homme et le droit international. Lire cette lettre de démission ici : Gaza : l’humanité en échec

Conséquences d’une frappe aérienne israélienne ayant visé la maison de la famille al-Tawil dans le camp de réfugiés de Nuseirat, au centre de la bande de Gaza, le 26 mai 2026. (Photo : Hassan al-Jedi / APA Images)

La nouvelle que, au beau milieu du génocide en Palestine, le parlement allemand faisait avancer cette semaine une législation visant à criminaliser tout discours niant qu’Israël aurait un « droit d’exister », sous peine d’emprisonnement pouvant aller jusqu’à cinq ans, n’a pratiquement surpris personne.

C’est après tout la même Allemagne qui a perpétré un génocide d’abord en Namibie, puis en Europe, et qui participe aujourd’hui activement et avec enthousiasme au génocide en cours en Palestine, tout en réprimant brutalement tous ceux qui osent s’y opposer à l’intérieur de l’Allemagne.

De fait, aux côtés d’Israël et des États-Unis, l’État allemand a aujourd’hui la douteuse distinction de figurer parmi ceux qui sont le plus sous l’emprise des intérêts sionistes et le plus corrompus par l’idéologie sioniste.

L’État allemand a même une politique officielle (Staatsräson [raison d’État]) dédiée à la pérennité du régime israélien, et une déclaration formelle du « droit d’exister » d’Israël est exigée pour acquérir la citoyenneté allemande. (Aucune déclaration équivalente du droit d’exister de l’Allemagne n’est requise.)

Mais affirmer que le régime israélien n’a pas le droit d’exister n’est pas seulement une opinion légalement protégée. C’est aussi une vérité démontrable, tant en fait qu’en droit.

Bien sûr, l’affirmation qu’Israël « a le droit d’exister » a toujours été absurde, n’étant ancrée ni dans le droit ni dans les faits.

Mais cette revendication sioniste sonne familière à l’oreille des Occidentaux parce qu’elle a été si souvent répétée comme un pilier de la propagande sioniste, relayée par des politiciens occidentaux qui profitent des pots-de-vin du lobby israélien, et par des entreprises médiatiques alignées sur Israël qui s’acquittent docilement de la tâche de renforcer l’impunité du régime.

Voir Craig Mokhiber : Les médias occidentaux doivent être inculpés pour leur rôle dans le génocide à Gaza 

Demandez-vous si vous avez jamais entendu un refrain similaire affirmant le droit d’exister de l’Italie, du Canada — ou même de l’Allemagne ? Et pourtant, la revendication est constamment formulée que le régime israélien (et seulement le régime israélien) posséderait en quelque sorte un tel droit.

La conclusion la plus évidente est que le régime et ses relais en Occident sont si profondément complexés quant à la légitimité de l’État, compte tenu de l’histoire sanglante et hors-la-loi de sa fondation et de son expansion, qu’ils ont jugé nécessaire d’imposer une orthodoxie contrainte (et fictive), ancrée dans une idée d’exceptionnalisme israélien et d’impunité parrainée par l’État.

Mais un tel droit n’existe pas en droit international. Pas du tout.

Des faits embarrassants

En effet, lorsque j’ai franchi pour la première fois les couloirs des Nations Unies dans les années 1980, de nombreux États existaient alors qui n’existaient plus lorsque j’en suis parti en 2023. L’URSS, la Tchécoslovaquie, la Yougoslavie, l’Allemagne de l’Est, le Tanganyika, Zanzibar et la République arabe unie avaient-ils un « droit d’exister » ? Non. Et Israël n’en a pas davantage.

Les États vont et viennent, mais aucun d’entre eux n’a un « droit d’exister ». Sur le plan factuel, c’est indéniable.

Et pourtant, certains répètent encore activement la fabrication sioniste sans fondement selon laquelle le régime israélien en posséderait en quelque sorte un, d’autres l’acceptent sans la remettre en question, certains (comme l’Allemagne) cherchent même à contraindre d’autres à le déclarer, et d’autres encore interdisent toute tentative de contester le mensonge.

Il n’existe pas de « droit d’exister » pour les États en droit international. Israël ne peut donc pas revendiquer un tel droit.

Bien entendu, les États ont certains droits. Par exemple, les États ont normalement le droit à l’égalité souveraine, à l’intégrité territoriale, et à la légitime défense en vertu de l’article 51 de la Charte des Nations Unies. Mais même ces droits normalement accordés aux États sont soumis à des conditions et des qualifications, dont beaucoup excluraient les revendications d’Israël d’en bénéficier.

Par exemple, la Cour internationale de Justice [CIJ] a conclu à plusieurs reprises qu’Israël n’a pas le droit de revendiquer la légitime défense dans ses attaques contre les territoires palestiniens occupés. (En substance, on ne peut pas s’introduire par effraction dans la maison de quelqu’un et ensuite revendiquer un droit à la légitime défense lorsque cette personne résiste.)

Deuxièmement, à l’exception de celles convenues dans les traités avec l’Égypte (1979) et la Jordanie (1994), Israël n’a même pas de frontières définies. Une grande partie du territoire revendiqué et détenu par le régime israélien est un territoire sur lequel il n’a aucun titre juridique, et d’autres territoires revendiqués comme faisant partie de l’État font eux-mêmes l’objet de contestations.

Le régime ne peut faire aucune revendication juridique d’intégrité territoriale sur des terres qu’il a saisies illicitement en 1967 et après, notamment Jérusalem-Est, Gaza, la Cisjordanie et le plateau du Golan.

Sa « ligne verte » de 1949 avec le Liban, la Syrie, la Cisjordanie et Gaza n’est pas une frontière internationale, mais une ligne d’armistice destinée uniquement à séparer les forces. Le régime ne peut pas la revendiquer comme une frontière légalement valide.

De surcroît, étant donné que l’interdiction de l’acquisition de territoire par la force est une norme de jus cogens (les règles impératives les plus élevées) du droit international et une obligation contraignante en vertu de la Charte des Nations Unies, il ne peut revendiquer aucune de ces terres comme faisant partie de son territoire légal.

Même le territoire revendiqué par les forces sionistes en 1947 en vertu du plan de partage de l’ONU est sujet à contestation juridique. Compte tenu de cela, l’Assemblée générale des Nations Unies n’avait aucune autorité en vertu de sa Charte, ni plus généralement en droit international, pour passer outre la volonté du peuple autochtone ou pour créer un État colonial de peuplement, et les forces sionistes n’avaient aucun droit en droit international de nier le droit à l’autodétermination du peuple palestinien ni d’acquérir un territoire par la force.

En fait, la Commission du droit international a établi que les États ne doivent pas reconnaître les revendications fondées sur des violations des normes de jus cogens et erga omnes (contraignantes pour tous les États), telles que celles perpétrées par les forces sionistes pendant la Nakba de 1947-48, et par le régime israélien depuis lors. En outre, les acquisitions territoriales résultant de la menace ou de l’emploi de la force imposent des obligations de non-reconnaissance à tous les États.

La CIJ a rappelé ce principe concernant la présence du régime israélien dans les territoires palestiniens occupés aussi récemment qu’en 2024, lorsqu’elle a conclu que l’occupation de Jérusalem-Est, de la Cisjordanie et de la bande de Gaza est entièrement illicite, qu’elle doit prendre fin rapidement et complètement, et que tous les États sont obligés de ne pas reconnaître la présence d’Israël dans ces territoires et d’œuvrer à y mettre fin.

Ainsi, Israël n’ayant pas de territoire défini, ses revendications juridiques d’intégrité territoriale sont considérablement limitées. Et sans frontières reconnues — et ici nous ne parlons pas d’un simple litige frontalier mineur, mais d’une absence de définition pour la majeure partie du territoire de l’État — il ne remplit même pas un critère fondamental de reconnaissance en tant qu’État.

À ce jour, près de trente États membres de l’ONU en Afrique, en Asie et en Amérique latine (dont certains de ses plus proches voisins géographiques) ne reconnaissent pas l’État d’Israël, et d’autres ont rompu leurs relations diplomatiques avec le régime au cours du génocide en cours.

Pas de souveraineté sans égalité

Enfin, sans souveraineté légale, il ne peut y avoir de revendication à l’égalité souveraine.

La souveraineté, en droit international, appartient non pas aux États, mais aux peuples. Le régime israélien se déclare un « État juif » et prétend représenter son peuple.

Mais il ne représente pas les intérêts des personnes non juives (Palestiniens musulmans et chrétiens) qui sont soit présentes, soit ont le droit d’être présentes et de faire partie du corps politique légitime de ce territoire.

L’État ethnonationaliste d’Israël peut peut-être prétendre représenter 7,2 millions de citoyens (juifs). Il ne peut pas prétendre de manière crédible représenter les quelque 16 millions de Palestiniens qui ont le droit de faire partie du corps politique de cette terre.

En effet, même si le régime installait de force chaque Juif de la planète sur cette terre, il ne représenterait toujours qu’une minorité de la population, par rapport à la majorité palestinienne.

L’écrasante majorité des personnes qui ont le droit de faire partie du corps politique sont exclus de diverses manières d’une représentation égale (les Palestiniens de 1948), de toute représentation (les Palestiniens de Gaza, de Cisjordanie et de Jérusalem-Est), ou même de la possibilité d’exercer leur droit légal au retour et de participer (les Palestiniens de la diaspora).

Israël ne peut pas non plus revendiquer une autorité gouvernementale légitime. C’est parce que le droit international établit que « la volonté du peuple est le fondement de l’autorité des pouvoirs publics », qui doit être « exprimée par des élections au suffrage universel et égal ».

Même un examen sommaire du droit international révèle qu’au contraire, le régime israélien ne devrait pas exister.

Exclure des millions de membres du peuple autochtone de la terre sur la base de critères ethnonationalistes est une violation caractérisée de cette exigence. Dès lors, le régime israélien ne peut revendiquer aucune autorité gouvernementale légitime.

La CIJ a récemment affirmé que le régime n’a pas une telle autorité à Gaza, en Cisjordanie ni à Jérusalem-Est. Mais les conditions inégales imposées aux Palestiniens à l’intérieur de la ligne verte, et l’exclusion totale de ceux de la diaspora, rendent ce constat tout aussi applicable au reste de la communauté palestinienne.

Et sans cette autorité, le régime ne peut revendiquer aucune souveraineté légitime.

De même, la conduite hors-la-loi du régime pèse contre ses revendications de souveraineté.

C’est parce que les conceptions modernes de la souveraineté comprennent un élément de responsabilité (notamment vis-à-vis du respect de la non-agression, des droits de l’homme et du droit international) qu’un régime génocidaire et d’apartheid avec une histoire continue d’agression, d’assassinats, de crimes contre l’humanité, et un statut chronique de hors-la-loi face aux décisions juridiques internationales et aux résolutions de l’ONU ne peut prétendre avoir satisfait.

Des droits illusoires aux obligations réelles

Ainsi, en droit et en fait, le régime israélien n’a pas de « droit d’exister ».

Mais l’analyse ne devrait pas s’arrêter là.

Même un examen sommaire du droit international révèle qu’au contraire, le régime israélien ne devrait pas exister.

La communauté internationale des États a l’obligation de cesser de reconnaître le régime, de l’isoler, et d’œuvrer à son démantèlement et à la libération du peuple palestinien du régime.

De toute évidence, personne n’affirmerait aujourd’hui que l’Allemagne nazie, l’Afrique du Sud sous l’apartheid, la France de Vichy, ou le Kampuchea des Khmers rouges avaient un « droit d’exister ». Nous n’envisagerions pas non plus des revendications en faveur de régimes coloniaux éternels en Algérie, en Inde, en Namibie ou au Kenya. Pour les mêmes raisons, aucun argument juridique (ou moral) ne saurait justifier un droit d’exister pour Israël sioniste.

Au contraire, le droit international exige que, lorsque des violations de normes impératives du droit international font partie intégrante de la création, de l’expansion et du maintien d’un État (comme ce fut le cas en Namibie sous l’apartheid et en Rhodésie), ces entités ne doivent pas être reconnues ou acceptées comme des États légitimes et ne doivent en aucune façon recevoir d’aide.

Le bilan d’Israël est clair. Il a été fondé sur la violation de deux normes impératives (jus cogens) : le droit à l’autodétermination du peuple de la terre, et la règle de non-acquisition de territoire par la force, ainsi que sur les deux crimes les plus graves en droit international : le génocide et l’agression.

Depuis lors, il a refusé le retour des réfugiés et leur indemnisation, et a continuellement étendu ses expulsions illicites, ses vols de terres et sa colonisation.

Les Nations Unies et toutes les grandes organisations internationales de défense des droits de l’homme ont conclu que le régime israélien est coupable d’apartheid et de ségrégation raciale, d’occupation illicite, de crimes de guerre, de crimes contre l’humanité et de génocide.

Le régime est aujourd’hui jugé pour génocide devant la Cour Internationale de Justice (CIJ), des accusations que la Cour a jugées suffisamment plausibles pour émettre une série d’ordonnances provisoires (que le régime a toutes ignorées).

Et la même Cour a conclu que le régime est coupable d’occupation illicite, de déni forcé de l’autodétermination, d’acquisition illicite de territoire par la force, de crimes de guerre, d’apartheid et de ségrégation raciale.

Et la Cour pénale internationale CPI a mis en examen les dirigeants du régime pour crimes contre l’humanité.

Durant les quatre-vingts années entières de son existence, le régime israélien a eu la distinction d’être le pays en violation du plus grand nombre de résolutions de l’ONU et de décisions de la CIJ sur la planète.

Aujourd’hui, le régime occupe illicitement la Palestine, le Liban et la Syrie, attaque le Liban, la Syrie, l’Iran, le Yémen et au-delà, et perpètre un génocide en Palestine.

Il a mené des assassinats à travers la région et a admis (et même revendiqué avec fierté) des attaques terroristes transnationales avec des bipeurs piégés au Liban.

Jugé à l’aune des impératifs du droit international, Israël est, au sens le plus strict du terme, un régime hors-la-loi, illégitime dans sa fondation, et dépourvu de toute légitimité dans sa conduite depuis lors.

Déclarer qu’un tel régime a un « droit d’exister » est un affront aux générations de ses victimes, au droit international, et à la décence humaine elle-même. Et la menace qu’il représente s’étend bien au-delà de la Palestine.

Le régime israélien est animé par une idéologie profondément raciste et fondamentalement violente. Il est armé de technologies avancées de surveillance et de mort, détient des armements conventionnels puissants, et possède des stocks d’armes nucléaires, chimiques et biologiques.

Il a déclaré des politiques prescrivant le meurtre de masse de civils (la doctrine Dahiya), le meurtre de ses propres citoyens (la directive Hannibal), et la destruction nucléaire potentielle du monde (l’option Samson).

Ses espions sont actifs dans des pays du monde entier, et ses relais s’emploient activement à corrompre des gouvernements et des institutions à travers l’Occident.

Un tel régime a-t-il un « droit d’exister » ? Non.

En fait, démanteler un tel régime et le remplacer par une Palestine libre avec des droits égaux pour tous n’est pas seulement une exigence juridique, mais aussi un impératif existentiel pour toute l’humanité.


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