Gaza et l’Iran ont fait voler en éclats le mythe de la suprématie de l’Occident

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La bulle d’illusions de l’Occident concernant Israël et lui-même est enfin en train d’éclater. Le génocide à Gaza et le nettoyage ethnique au Liban en ont fini avec sa légitimité morale. Aujourd’hui, l’Iran est en train de tourner la page de sa suprématie militaire. 

Par Jonathan Cook, le 1er mai 2026

Traduction Alain Marshal

Voir en fin d’article un appel à une action antiraciste au 54e Congrès de la CGT à Tours, du 1er au 5 juin.

Depuis des décennies, deux récits inconciliables concernant Israël et ses motivations coexistent en parallèle.

D’un côté, un discours officiel occidental dépeint un État « juif » d’Israël courageux et assiégé, désespérément désireux de faire la paix avec ses voisins arabes hostiles. Même aujourd’hui, ce récit domine le paysage politique, médiatique et universitaire.

À maintes reprises, ou du moins c’est ce qu’on nous dit, Israël a tendu un rameau d’olivier aux « Arabes », cherchant à être accepté, mais cette main tendue a toujours été repoussée.

Un sous-entendu largement tacite suggère que sans la protection humaniste apportée par l’Occident à une minorité vulnérable, les régimes prétendument irrationnels, sanguinaires et antisémites de la région auraient parachevé le programme d’extermination initié par les nazis.

Un contre-récit palestinien, accepté dans une grande partie du reste du monde, est étouffé en Occident, qualifié d’ « accusation antisémite de crime rituel ».

Il présente Israël comme un État suprématiste ethnique et hautement militariste, armé jusqu’aux dents par les États-Unis et l’Europe, et déterminé à l’expansion, aux expulsions massives et au vol de terres.

Selon cette vision, l’Occident a implanté Israël comme un avant-poste militaire colonial, chargé de soumettre la population palestinienne autochtone et de terroriser les États voisins pour les contraindre à la soumission par des démonstrations de force incessantes et écrasantes.

Les Palestiniens ne peuvent pas faire la paix, ni parvenir à aucune forme d’accord, car Israël ne vise que la conquête, la domination et l’effacement. Aucun terrain d’entente n’est possible.

La preuve, soulignent les Palestiniens, réside dans le refus de longue date d’Israël de définir ses frontières. À mesure que sa puissance militaire s’est accrue au fil des décennies, des programmes politiques de plus en plus extrêmes ont fait surface, exigeant non seulement la mainmise d’Israël sur les derniers vestiges des territoires palestiniens qu’il occupe illégalement, mais aussi son expansion dans des États voisins comme le Liban et la Syrie.

  

Le projet de « Grand Israël », ouvertement assumé par le gouvernement Netanyahou

Ivre de pouvoir

Ce sont là deux récits contradictoires dans lesquels chaque camp se présente comme la victime de l’autre.

Deux ans et demi après le début d’une série de guerres israéliennes contre les peuples de Gaza, d’Iran et du Liban, comment ces deux perspectives se maintiennent-elles ?

Israël apparaît-il comme un artisan de la paix frustré face à des adversaires barbares, ou comme un État voyou dont l’agression, qui dure depuis des décennies, a provoqué la violence même de représailles qu’il exploite pour excuser ses guerres incessantes ?

Israël est-il un petit État-forteresse qui se défend malgré lui, ou un client militaire occidental tellement ivre de son propre pouvoir qu’il ne peut pas plus limiter ses ambitions territoriales qu’un grand requin blanc ne peut cesser de nager ?

La vérité est que les 30 derniers mois ont clairement révélé non seulement ce qu’Israël a toujours été, mais aussi, par extension, ce que nos propres États occidentaux aspiraient à réaliser par l’intermédiaire de leur client préféré au Moyen-Orient.

Dans un moment d’imprudence le mois dernier, Christian Turner, le remplaçant de Peter Mandelson au poste d’ambassadeur britannique aux États-Unis, a laissé échapper la réalité. Washington, a-t-il déclaré, ce centre névralgique de l’empire occidental, n’éprouvait aucune loyauté profonde envers ses alliés – à l’exception d’un seul.

Ignorant que ses propos étaient enregistrés, il a déclaré à un groupe d’étudiants en visite : « Je pense qu’il y a probablement un pays qui entretient une relation particulière avec les États-Unis, et c’est sans doute Israël. »

Cette relation privilégiée exige que la classe politique et médiatique des autres États clients de Washington, comme la Grande-Bretagne, protège la Sparte de l’Occident au Moyen-Orient de tout examen critique.

Les atrocités commises par Israël sont devenues si flagrantes que le gouvernement britannique a annoncé le mois dernier qu’il fermait l’unité de son ministère des Affaires étrangères chargée de suivre les crimes de guerre – invoquant la nécessité de faire des économies – plutôt que de voir davantage exposée sa complicité dans ces crimes.

Si le gouvernement britannique refuse de surveiller les crimes de guerre d’Israël, n’attendez pas grand-chose de plus des médias traditionnels.

Depuis des mois, Israël fait exploser village après village dans le sud du Liban, chassant des millions d’habitants des terres où leurs ancêtres vivaient depuis des millénaires, et cela n’émeut guère nos politiciens et nos médias.

Israël détruit les réserves d’eau de Gaza, comme il l’a fait auparavant avec les hôpitaux et le système de santé de cette minuscule enclave, garantissant ainsi la propagation des maladies, et nos politiciens et nos médias n’ont rien à dire à ce sujet.

Semaine après semaine, mois après mois, Israël assassine des journalistes et des équipes de secours à Gaza et au Liban, sans que cela ne suscite le moindre froncement de sourcils parmi la classe politique et les médias.

Israël établit des « lignes jaunes » à Gaza et au Liban, délimitant des frontières élargies qui officialisent son accaparement des terres d’autres peuples, et cela devient instantanément la nouvelle norme.

Israël viole continuellement les cessez-le-feu à Gaza et au Liban, semant la misère et attisant encore davantage la colère et l’amertume, et une fois de plus, nos politiciens et nos médias ferment les yeux.

Quels médias occidentaux soulignent ce fait révélateur : qu’Israël occupe désormais une plus grande partie du Liban que la Russie n’en occupe de l’Ukraine ?

Partialité des médias

Une analyse réalisée le mois dernier par le groupe de surveillance des médias Newscord a confirmé des recherches antérieures : les médias britanniques évitent soigneusement de parler de nettoyage ethnique et de génocide lorsque c’est Israël – plutôt que la Russie – qui les commet.

En comparant la couverture des médias britanniques traditionnels les plus « sérieux » – la BBC, le Guardian et Sky News – avec celle d’Al Jazeera, l’étude a révélé que les médias britanniques choisissent systématiquement d’occulter la responsabilité d’Israël dans ses crimes.

Israël n’était identifié comme menant des attaques à Gaza que dans environ la moitié des reportages britanniques, contre près de 90 % de ceux d’Al Jazeera. Comme l’a noté Newscord : « La moitié du temps, les lecteurs de la BBC ne savent pas qui a tué la personne mentionnée dans l’article. »

Cela a été illustré de manière frappante par un titre tristement célèbre de la BBC : « Hind Rajab, 6 ans, retrouvée morte à Gaza quelques jours après avoir lancé des appels à l’aide. »

En réalité, un char israélien avait criblé de balles une voiture à l’arrêt alors même que l’armée israélienne savait depuis des heures qu’elle contenait une fillette palestinienne – la seule survivante d’une attaque précédente – que les équipes de secours tentaient désespérément de rejoindre. Israël a également tué l’équipe de secours [sur l’article Mediapart de Rachida El Azzouzi intitulé À Gaza, la guerre d’Israël contre les enfants palestiniens, à aucun moment ce caractère délibéré du meurtre d’enfants n’est mentionné ni même suggéré, l’assassinat de Hind Rajab n’étant pas présenté comme tel, et les nombreux exemples d’enfants tués d’une balle dans la tête ou dans le cœur n’étant même pas évoqués ; on croirait aisément qu’il s’agit d’une sorte de fatalité statistique, « 50 % de la population de Gaza [qui compte 2,4 millions d’habitant·es – ndlr] a moins de 18 ans »].

Lire A Gaza, « un nombre incroyable d’enfants abattus d’une balle dans la tête »

Dans une autre conclusion révélatrice, Newscord note que quatre reportages de la BBC sur cinq concernant les victimes des attaques israéliennes utilisaient la voix passive alambiquée – plutôt que la voix active –, clairement dans l’intention de minimiser la culpabilité et la sauvagerie d’Israël.

Les médias britanniques ont également activement minimisé l’ampleur du bilan des victimes palestiniennes à Gaza en attribuant régulièrement ces chiffres à un ministère de la Santé « affilié au Hamas » – alors même que ces chiffres, qui dépassent actuellement largement les 70 000 Palestiniens, sont presque certainement très en deçà de la réalité, compte tenu de la destruction précoce par Israël du gouvernement de l’enclave et de sa capacité à compter les morts.

Le fait que les Nations unies aient jugé crédibles les chiffres de Gaza n’a été mentionné que dans 0,6 % des reportages.

Lire Sur Mediapart, les crimes fictifs du Hamas éclipsent les atrocités bien réelles d’Israël

Intention génocidaire

De même, la BBC et le Guardian ont pris la décision d’humaniser les otages israéliens du Hamas deux fois plus souvent qu’ils ne l’ont fait pour les otages palestiniens de l’État israélien [lire, concernant les biais pro-sionistes de Mediapart, la conclusion de l’article Otages palestiniens torturés et exécutés : « l’Occident civilisé » détourne le regard].

Le caractère inapproprié de ce double standard est mis en évidence par les insinuations persistantes de certains responsables politiques et des médias selon lesquelles le Hamas aurait « décapité des bébés » et commis des viols systématiques le 7 octobre 2023 – plus de deux ans après que ces allégations aient été totalement discréditées [lire Norman Finkelstein : les accusations de crimes sexuels contre le Hamas sont infondées].

Comparez cela au fait que les médias ont pratiquement enterré le rapport publié le mois dernier par Euro Med Monitor sur la pratique révoltante de l’armée israélienne consistant à violer des prisonniers palestiniens avec des chiens dressés à cette fin précise [rapport royalement ignoré par Mediapart, que nous avons traduit ici ; Mediapart vient de mettre en Une un 5e article sur les viols imaginaires du Hamas le 7 octobre (voir les 1234), mais n’a toujours pas publié d’article sur les rapports accablants dénonçant les viols et crimes sexuels systématiques et autrement plus atroces et documentés d’Israël].

Il y a eu un déluge de témoignages de Palestiniens détenus par Israël faisant état de viols et d’abus sexuels systématiques, confirmés par des groupes de défense des droits humains et par les témoignages de soldats et de personnel médical israéliens lanceurs d’alerte. Peu de ces informations font leur chemin dans les médias occidentaux.

Newscord met en évidence un autre problème, voilé, qui fausse la couverture occidentale : l’omission de faits établis mais gênants qui présenteraient Israël sous un jour dépravé – c’est-à-dire sous son vrai jour.

Par exemple, observe Newscord, la BBC a entièrement omis de rapporter toutes, sauf une, des centaines de déclarations clairement génocidaires faites par des responsables israéliens, à commencer par le Premier ministre Benjamin Netanyahu.

Lire Cour internationale de justice : les intentions génocidaires d’Israël à Gaza

Il est facile de comprendre pourquoi. Les autorités judiciaires ont généralement du mal à établir de manière concluante l’existence d’un génocide car, élément crucial, cela dépend de la détermination de l’intention, qui est généralement dissimulée par ceux qui commettent des atrocités.

Il est flagrant que, dans le cas d’Israël, non seulement ses actions à Gaza s’apparentent à un génocide, mais ses dirigeants ont été parfaitement clairs sur le fait que ces actions sont destinées à être génocidaires. C’est là un comportement que l’on ne voit que chez ceux qui sont grisés par le sentiment de leur propre impunité.

Une fois de plus, les médias britanniques [et français] se sont empressés de prendre sur eux de protéger Israël de tout danger juridique – tout cela dans l’intérêt d’une couverture objective, vous comprenez.

Une vieille histoire

Ce n’est pas nouveau. C’est la même histoire depuis bien avant la création violente d’Israël sur la terre natale des Palestiniens en 1948, lorsque 80 % de la population autochtone a été victime d’un nettoyage ethnique perpétré par Israël dans le nouvel État « juif » autoproclamé. Ou lorsque, selon le langage mensonger toujours employé par les élites politiques, médiatiques et universitaires occidentales, quelque 750 000 Palestiniens ont « fui ».

L’objectif a été de fabriquer et d’entretenir une bulle d’illusion pour les publics occidentaux, dans laquelle nos propres crimes – et ceux de nos alliés – restent invisibles à nos yeux.

Notez à cet égard l’exclusion délibérée d’Israël par le gouvernement britannique d’une récente enquête « indépendante », menée par l’ancien fonctionnaire de Whitehall Philip Rycroft, sur l’influence financière étrangère malveillante sur la politique britannique. C’est bien sûr la Russie qui a été principalement mise sous les feux de la rampe.

Comme on pouvait s’y attendre, le gouvernement de Keir Starmer a rejeté en avril une pétition signée par plus de 114 000 personnes demandant une enquête publique similaire sur l’influence du puissant lobby israélien [de même, en France, hors de question d’ouvrir une enquête sur l’affaire Epstein, malgré l’évidence de ses ramifications criminelles en France].

Cela n’a surpris personne, étant donné qu’une telle enquête aurait risqué de mettre en avant les nombreuses centaines de milliers de livres sterling dont on sait qu’elles ont été reçues par Starmer et ses ministres de la part de lobbyistes pro-israéliens.

Cette même classe politique et médiatique britannique, si réticente à enquêter sur l’influence néfaste du lobby pro-israélien, ignore également la destruction systématique et actuelle par Israël de villages et d’infrastructures dans tout le sud du Liban – en violation flagrante d’un supposé cessez-le-feu.

Des soldats israéliens ont déclaré aux médias locaux que leur mission consistait à prendre pour cible toutes les structures indistinctement, qu’elles soient civiles ou « terroristes », dans le but d’empêcher les habitants libanais de retourner dans leurs villages.

Cela concorde avec l’annonce d’Israël selon laquelle il n’a pas l’intention de se retirer une fois les combats terminés, et avec les plans généralisés visant à coloniser les terres occupées au Liban avec des colons juifs.

Sans les vidéos montrant Israël en train de faire exploser des communautés libanaises, qui ont réussi à percer sur les réseaux sociaux malgré la suppression algorithmique, nous ne serions peut-être pas au courant des efforts en masse d’Israël pour procéder à un nettoyage ethnique du sud du Liban.

Réagissant à ces vidéos par un rare reportage « grand public » sur la campagne de destruction, le Guardian a édulcoré l’horreur vécue par les familles libanaises découvrant que leurs maisons avaient disparu, ainsi que des souvenirs et des objets de famille inestimables. Cette expérience a été décrite – de manière absurde – par le journal comme « douce-amère ».

Côté propos déshumanisants, voir cet exemple sur Mediapart, qui qualifiait l’attaque terroriste de masse contre les bipeurs au Liban de « coup de génie »

Les observateurs soulignent une tendance constante. Israël ne se contente pas de raser le sud du Liban ; au cours des 30 derniers mois, il a également rasé la quasi-totalité des bâtiments de Gaza.

Mais le modèle qui sous-tend ces deux opérations est d’une origine bien plus ancienne, comme tout Palestinien l’apprend dès son plus jeune âge.

Après avoir expulsé la plupart des Palestiniens de leurs foyers en 1948, Israël a passé des années à faire sauter quelque 500 villages les uns après les autres – alors même que les dirigeants israéliens affirmaient publiquement supplier les réfugiés de revenir et que les dirigeants occidentaux vantaient Israël comme la « seule démocratie » du Moyen-Orient.

Ces expulsions, que l’Occident continue de prétendre n’avoir jamais eu lieu il y a huit décennies, sont désormais diffusées en direct. Cette fois-ci, il est impossible de les nier, ainsi que le programme colonial et suprématiste qui les sous-tend.

Dénigrer le messager

Si le message inhérent aux atrocités d’Israël ne peut plus être effacé, blanchi ou normalisé – comme c’était le cas à une époque avant les chaînes d’information en continu 24 heures sur 24 et les réseaux sociaux –, alors une stratégie différente s’impose : dénigrer le messager.

Telle est la tâche politique de notre époque.

La gauche antiraciste est diabolisée en fanatiques haineux des Juifs pour avoir tenté de faire éclater la bulle d’illusion de longue date de l’Occident en dénonçant bruyamment à la fois les atrocités commises par Israël, soi-disant au nom des Juifs, et la complicité de leurs propres gouvernements dans ces atrocités.

Le mois dernier, le gouvernement de Starmer a fait adopter à la Chambre des communes une loi autorisant la police à interdire les manifestations causant des « perturbations cumulées » – c’est-à-dire les manifestations répétées, comme celles contre le génocide perpétré par Israël à Gaza. Les médias n’ont pratiquement pas cillé.

L’agression de cette semaine contre deux hommes juifs à Golders Green, prétendument perpétrée par un homme souffrant de troubles mentaux et ayant de longs antécédents de violence, est rapidement exploitée par les principaux partis pour préparer des restrictions encore plus sévères du droit de manifester.

Les Britanniques qui tentent de mettre un terme aux crimes de guerre israéliens, que ce soit en ciblant les usines de mort israéliennes situées au Royaume-Uni ou en brandissant des pancartes en soutien à ce type d’action directe, continuent d’être traités comme des « terroristes », même après une décision de justice déclarant illégale l’interdiction de Palestine Action.

Au sujet des militants de Palestine Action, lire Pourquoi risquer la prison pour la Palestine ?

Les jurys se montrant souvent réticents à prononcer des condamnations, l’État britannique s’est mis à truquer ouvertement les procès. On empêche les jurys de prendre connaissance des raisons pour lesquelles les usines d’armes israéliennes sont prises pour cible – principal argument de défense des accusés. Les juges ordonnent aux jurys de prononcer des condamnations.

Les membres du public qui brandissent silencieusement des pancartes devant le tribunal sont arrêtés pour avoir rappelé aux jurés un droit établi de longue date par la loi de défier de telles instructions, de suivre leur conscience et d’acquitter – un abus policier contrevenant à des centaines d’années de précédents juridiques, et que les tribunaux semblent de plus en plus disposés à cautionner.

Il y a des ordres-bâillons, scrupuleusement respectés par les médias, sur d’autres malversations secrètes destinées à aider le gouvernement britannique à obtenir les verdicts dont il a besoin pour mettre fin au militantisme contre le génocide. Nous ne le savons que parce que la députée de Your Party, Zarah Sultana, a fait usage de l’immunité parlementaire pour attirer l’attention dessus.

Il était révélateur cette semaine que, lors du nouveau procès en cours de six accusés de Palestine Action, cinq d’entre eux se soient passés de leurs avocats pour les plaidoiries finales. Ils ont fait remarquer, d’un ton sombre, que leurs représentants légaux ne pouvaient pas les défendre correctement en raison de « décisions prises par le tribunal ».

Pendant ce temps, le gouvernement Starmer poursuit ses projets visant à se débarrasser définitivement des jurys encombrants et à laisser des juges plus fiables décider seuls de ces procès politiques-spectacles.

Bienvenue dans le démantèlement rapide des droits constitutionnels les plus chers à la Grande-Bretagne – nécessaires principalement, semble-t-il, pour protéger un pays lointain qui, selon la Cour internationale de justice, commet le crime d’apartheid contre les Palestiniens et pourrait bien commettre un génocide à Gaza.

Une leçon douloureuse

Mais, bien sûr, le gouvernement britannique – à l’instar des gouvernements américain, allemand et français – ne sape pas sa démocratie libérale uniquement pour protéger Israël. Il est poussé à de telles extrémités par le désespoir. L’Occident ne peut plus entretenir la bulle d’illusion – quant à sa supériorité morale ou civilisationnelle – dans un monde aux ressources en déclin, un monde où les élites occidentales sont prêtes à provoquer l’immolation de la planète pour protéger les profits tirés des énergies fossiles qui les ont rendues obèses.

Le programme de la classe Epstein est de plus en plus transparent chez nous, et de plus en plus contesté à l’étranger. Le génocide à Gaza et le nettoyage ethnique au Liban ont épuisé la légitimité morale de l’Occident. Aujourd’hui, l’Iran sape lentement la suprématie militaire de l’Occident.

Il n’est pas surprenant qu’un empire américain à bout de souffle – un empire bâti sur le contrôle des combustibles fossiles – ait choisi comme colline sur laquelle mourir le détroit d’Ormuz, le plus grand robinet pétrolier du monde.

Israël a en effet été implanté dans la région il y a huit décennies en tant qu’État client hautement militarisé dont la mission première était de projeter la puissance occidentale – c’est-à-dire américaine – dans un Moyen-Orient riche en pétrole.

Les États-Unis ont protégé Israël de tout examen critique concernant son oppression des Palestiniens et le vol de leur patrie.

En échange, le « courageux » Israël a aidé les États-Unis à construire un discours intéressé qui nécessitait l’endiguement et le renversement des gouvernements nationalistes laïques au Moyen-Orient, tout en protégeant des monarchies rétrogrades qui faisaient semblant de s’opposer à Israël alors qu’elles collaboraient secrètement avec lui.

Les États ainsi créés dans la région, en proie à des conflits et divisés, étaient mûrs pour être placés sous contrôle. Ils ne disposaient pas du type de gouvernements responsables qui auraient dû être à l’écoute de leurs populations et qui auraient pu s’allier pour protéger les intérêts de la région contre l’ingérence coloniale occidentale.

Aujourd’hui, l’Iran met à l’épreuve ce système vieux de plusieurs décennies jusqu’à le détruire. Il oblige les États du Golfe à choisir : continueront-ils à servir les États-Unis, même si ceux-ci ont montré qu’ils ne pouvaient pas les protéger, ou s’allieront-ils à l’Iran qui émerge comme une nouvelle grande puissance, en prélevant des droits de passage dans le détroit ?

L’Occident apprend rapidement que des drones bon marché peuvent échapper même à ses systèmes de détection les plus sophistiqués, et que quelques mines et canonnières peuvent étouffer une grande partie du carburant dont dépend l’économie mondiale.

La bulle d’illusion a finalement éclaté. L’Occident connaît un réveil brutal et attendu depuis longtemps. La leçon sera en effet douloureuse.


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