Comment Mediapart censure les voix anti-impérialistes et anti-sionistes

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Résumé : Le 19 janvier 2026, Mediapart a bloqué indéfiniment l’intégralité des droits participatifs (publication d’articles ou de commentaires, messagerie interne) de mon compte Alain Marshal, qui n’avait jamais fait l’objet d’une sanction ou suspension auparavant. Une telle action bafoue sa vocation affichée de donner la parole aux lecteurs et d’encourager la critique, et musèle une voix régulièrement portée par la communauté des abonnés.

Cette décision est « justifiée » par deux motifs :

– la « dépublication » de 11 commentaires sur environ 400 publiés en plus de deux ans, pour des prétextes farfelus, seulement parce qu’ils critiquaient la ligne éditoriale du journal, comme l’ont fait par ailleurs plusieurs de mes articles ;

– la publication d’un article de Max Blumenthal dénonçant la propagande occidentale contre l’Iran, le seul sur 141 à avoir été supprimé par la rédaction, sans autre justification que des « signalements » de lecteurs n’expliquant pas en quoi il aurait violé la Charte.

Un courrier d’avocat adressé le 10 février pour demander des précisions sur le motif de la suspension et sa durée est resté sans réponse, confirmant le caractère arbitraire et sans appel de la décision, qui viole la Charte de participation de Mediapart (« Cette sanction sera notifiée par message privé, avec son motif et sa durée et pourra devenir définitive en cas de récidive de l’abonné. »). C’est une atteinte flagrante au droit et à la liberté d’expression, que Mediapart ne cesse de dénoncer lorsqu’elle se produit ailleurs.

Cette censure s’inscrit dans la droite ligne de la loi Yadan, avant même sa promulgation, et révèle plus largement une propension du journal fondé par Edwy Plenel à valider les récits sionistes et impérialistes, surtout aux moments décisifs : après le 7 octobre, alors que se préparait le génocide à Gaza ; lors de l’agression contre le Venezuela ; puis à l’heure de la préparation de l’agression contre l’Iran.

Une pétition vient d’être lancée pour demander la restauration de mon blog.

 

Plan

  • La suppression de 11 commentaires
    • Gaza
    • Le Venezuela
    • L’Iran
  • L’article de Max Blumenthal et la suppression de mes droits participatifs
  • Appel à l’action

 

Par Alain Marshal

Depuis que j’ai créé mon compte Alain Marshal sur Mediapart en juillet 2023, j’ai publié 141 articles et environ 400 commentaires. Une dizaine de ces commentaires, recensés ci-dessous, ont été supprimés par la modération pour des motifs spécieux.

  • Gaza

Le premier commentaire supprimé réagissait à un article de Rachida El Azzouzi intitulé Massacres dans deux kibboutz : « Ils ont assassiné de sang-froid des enfants, des gens âgés », daté du 12 octobre 2023. Le voici :

À grands renforts d’épithètes (« scènes d’horreur » qui « suscitent l’effroi », immersion sensorielle via « une odeur de mort régnait », voix israéliennes chargées d’émotion et d’accusations hyperboliques telle que « Il est très difficile pour moi de décrire ces horreurs, cette apocalypse », « Des centaines d’hommes, femmes et enfants ont été massacrés, déchiquetés, décapités par des hommes fous de haine », etc.), cet article sensationnaliste ne citait que des sources militaires israéliennes —ainsi que l’organisme Zaka, qui a colporté la fiction macabre des 40 bébés décapités— et rapportait des faits largement démentis depuis. Les affirmations péremptoires et le ton général (« mal à l’état pur») participaient clairement à la préparation psychologique requise pour justifier l’anéantissement programmé de Gaza.

Le caractère arbitraire de cette censure est manifeste : quand bien même toutes les allégations sur la cruauté du Hamas auraient été avérées, ce commentaire ne soulevait que la question journalistique élémentaire de la fiabilité et de l’unicité des sources, et l’absence de recul. Ne contenant aucune désinformation, il ne méritait aucunement d’être supprimé. Il observait simplement qu’Israël s’apprêtait à commettre des massacres à grande échelle sous les yeux des caméras, une anticipation confirmée par les faits. C’est l’article lui-même qui pourrait être plus justement accusé de répandre de « fausses nouvelles », avec la responsabilité colossale qui allait avec. La Charte invoquée par Mediapart n’a pas été appliquée, mais instrumentalisée pour étouffer une voix critique au moment précis où cette critique était la plus nécessaire et la plus fondée, trois jours après le 7 octobre, alors que les récits non vérifiés de l’armée israélienne étaient repris sans distance par la presse dominante, Mediapart inclus.

Ce n’est pas de la modération, mais de la censure politique déguisée en modération éditoriale.

Remarquons que Mediapart n’assume même pas cette censure, prétendant que la suppression émane de l’abonné et non de la modération : mon commentaire était le premier à réagir à l’article, et en lieu et place, on lit ceci :

C’est purement orwellien, tout comme l’emploi du terme « dépublié » au lieu de « supprimé ».

Durant toute la durée du génocide, de nombreux commentaires de même nature ont été censurés par Mediapart, s’accompagnant de suspensions des droits participatifs et de résiliations d’abonnement que plusieurs indices permettent d’estimer en nombre record (afin d’en dissimuler l’ampleur, Mediapart ne laisse plus aucune trace des commentaires supprimés), en protestation contre sa couverture des événements à Gaza. Echaudé par cette suppression immédiate de mon premier commentaire sur un article de Mediapart, informé des expériences précédentes de censure et estimant qu’il était important que je conserve mon blog où je traduisais des documents essentiels éclipsés des médias (plaidoirie de l’Afrique du Sud devant la CIJ sur le comportement et les intentions génocidaires d’Israël à Gaza, interviews et articles de Norman Finkelstein réfutant les mensonges sur le 7 octobre, articles de la presse israélienne sur le recours à la doctrine Hannibal le 7 octobre, les tortures infligées aux détenus palestiniens, le ciblage des enfants et du système de santé, témoignage de médecins américains, rapports de l’ONU sur les crimes sexuels d’Israël, analyse du Lancet, etc. : sur mes 141 articles, plus de 80 étaient consacrés à Gaza), et accaparé par ma lutte pour la défense de mes droits au sein de la CGT, je n’ai guère réagi aux articles de Mediapart jusqu’en 2025, avant de le faire de plus en plus explicitement en commentaire et dans mes articles, notamment Sur Mediapart, les crimes fictifs du Hamas éclipsent les atrocités bien réelles d’Israël ou Comment nos médias contribuent à l’assassinat des journalistes palestiniens. Manifestement, Mediapart ne l’a pas toléré, guettant une occasion pour en finir avec moi.

Mon second commentaire qui a été supprimé réagissait à l’article de Joseph Confavreux du 23 octobre 2025 intitulé « Ce à quoi on assiste a moins à voir avec le sionisme qu’avec le nationalisme et le racisme ». Le voici :

On a beau se frotter les yeux, on ne voit pas la moindre « insulte » ou « invective » dans ce commentaire, sinon une critique de la ligne éditoriale de Mediapart. En effet, ce commentaire procède à une analyse comparative du traitement par trois grands médias (The Guardian, Le Monde et Mediapart) d’un fait documenté et massif, la restitution de 135 cadavres palestiniens torturés, mutilés et exécutés. Son ton est celui de l’indignation, non de l’invective.  Il ne s’agit ni d’attaques personnelles, ni d’injures, ni de propos diffamatoires : la seule cible est la ligne éditoriale du journal, que tout lecteur est en droit de critiquer, ce que Mediapart prétend précisément encourager. Je l’ai fait en note de l’article Otages palestiniens torturés et exécutés : « l’Occident civilisé » détourne le regard.

La Charte a une fois de plus été détournée pour neutraliser une démonstration gênante. Car ce commentaire établissait noir sur blanc, exemples à l’appui, que Mediapart applique un double standard, couvrant largement les crimes palestiniens supposés et minimisant les crimes israéliens documentés. C’est précisément ce genre de critique factuelle et argumentée que la censure vise à étouffer, surtout quand elle est plébiscitée par la communauté d’abonnés, ce commentaire ayant été recommandé par au moins 52 abonnés avant sa suppression, comme le démontre cette capture d’écran (une précaution judicieuse). Je précise que le « média intégré » était ce tweet, qui dénonce une phrase d’un autre article de Joseph Confavreux, où la déshumanisation des Palestiniens est si flagrante qu’elle a déchainé un tollé et amené Mediapart à reformuler cette phrase.

Ce n’est pas de la modération : c’est de la gestion de l’image déguisée en exigence de respect.

Le troisième de mes commentaires supprimés réagissait à un article de Joseph Confavreux du 21 novembre 2025 intitulé Israël face au boycott culturel et académique. Le voici :

Ce commentaire n’était nullement « hors sujet » : il soulignait le deux poids deux mesures flagrant entre la mise à l’index de la Russie suite à son intervention en Ukraine, applaudie avec zèle par Mediapart, et l’impunité totale d’Israël malgré le génocide à Gaza. Précisons que je ne faisais que reformuler le titre initial de l’article en remplaçant « israéliens » par « russes ». Comme pour l’attaque terroriste israélienne aux bipeurs contre le Liban, initialement qualifiée de « coup de génie » par Confavreux (avant de remplacer discrètement cette expression apologétique par « succès »), Mediapart semble, une énième fois, avoir reconnu sa maladresse (pour ne pas dire lapsus révélateur de « sionistes de gauche »), car le titre a ensuite été modifié, le fait de parler de « mise à l’index » et de poser la question étant en soi un scandale (le titre initial de l’article était « La mise à l’index des universitaires et acteurs culturels israéliens est-elle légitime ? », comme on le voit sur la Une du Journal du 21 novembre).

Titre initial, suivi du titre réédité

Plusieurs autres commentaires d’abonnés ont souligné l’hypocrisie de Mediapart, contribuant vraisemblablement à ce réajustement éditorial au niveau du titre.

  • Venezuela

Le quatrième de mes commentaires supprimés (pardon, « dépublié ») réagissait à un article de Fabien Escalona du 4 janvier 2026, intitulé Coup de force trumpiste au Venezuela : la rhétorique de paillasson des Européens. Le voici :

Le motif de cette dépublication est évidemment le média intégré que voici, jugé trop « irrévérencieux » envers le sieur Plenel (pour ne pas dire « blasphématoire », même si la prétendue « libre parole » accordée par Mediapart à ses abonnés empêche de l’avouer) :

La preuve en est que lorsque j’ai republié ce commentaire sans l’illustration et dénoncé cette censure, il ne lui est rien arrivé. 40 abonnés ont recommandé ce commentaire.

Le cinquième commentaire supprimé réagissait à un article du 3 janvier 2026 intitulé Trump après la capture de Maduro : « Le temps de la transition, nous allons nous installer là-bas et gérer les affaires ». Le voici :

Le motif avancé (réclame publicitaire) est tout simplement ubuesque. Pour comprendre la raison véritable de cette censure, il faut publier ce commentaire avec le « média intégré » :

Comme on le voit, pas moins de 160 abonnés avaient recommandé ce commentaire, qui constituait une démonstration cinglante de l’hypocrisie de Mediapart, que la rédaction n’a pas appréciée. Ne sachant quel motif avancer pour cette suppression, elle a opté pour le motif grotesque de « réclame », comme s’il s’agissait d’une publicité pour les machines à écrire (le lien intégré renvoyait à un article de Mediapart sur l’Ukraine). Par cette suppression, Mediapart bafoue simultanément la liberté d’expression, l’intelligence des abonnés (et le respect qui est dû à leur opinion, ce commentaire étant le plus plébiscité de tous) et la vocation première d’un journal qui se proclame indépendant du pouvoir et même opposant, tout en censurant ceux qui le rappellent à cette exigence.

Encore une fois, ce n’est pas de la modération. C’est de la gestion de l’image déguisée en défense de l’intégrité du débat.

Le 6e commentaire supprimé réagissait à un article de Justine Brabant du 10 janvier intitulé « Il ne faut pas abandonner la Crimée à Poutine ». Le voici :

Ce commentaire comprend-il la moindre « insulte » ou « invective » ? Sinon la dénonciation des actes terroristes perpétrés par Israël et la nébuleuse Al-Qaïda/Daech qui a pris le pouvoir en Syrie, certes avec les applaudissements de Mediapart ? Encore une fois, il ne s’agissait que de souligner le deux poids deux mesures en vigueur, et aucun motif recevable ne peut justifier cette censure.

  • Iran

Les 7e, 8e et 9e commentaires supprimés réagissaient à un article de Jean-Pierre Perrin du 14 janvier, intitulé En Iran, un massacre à huis clos, et l’ont tous été au motif de « fausses nouvelles ». Ils dénonçaient un récit sensationnaliste et unilatéral dans la veine de l’après-7 octobre (la principale source était Iran International, l’opposition basée au Royaume-Uni et financée par Washington, qui a avancé le chiffre farfelu de 12 000 puis 30 000 victimes), sans aucune nuance, alors même que les Etats-Unis et Israël se targuaient publiquement d’être impliqués dans cette tentative sanglante de « changement du régime » et d’être présents sur le terrain (voir les tweets du Mossad et de Mike Pompeo). Les voici :

Les tweets intégrés aux commentaires provenaient notamment du journaliste israélien Tamir Morag, qui affirmait « Nous avons rapporté ce soir sur la Chaîne 14 : des acteurs étrangers arment les manifestants en Iran avec des armes à feu réelles, ce qui explique les centaines de membres du régime tués. Chacun est libre de deviner qui est derrière tout ça. » Ils montraient également des rassemblements pro-régime massifs, qui prouvaient clairement que le peuple iranien était du côté de ses dirigeants, et non de celui des terroristes. L’agression lancée contre l’Iran par les Etats-Unis et Israël n’a fait que confirmer le fait que ces événements étaient téléguidés de l’extérieur afin de faire subir à l’Iran  le sort de la Libye et de la Syrie.

Le 10e commentaire supprimé, également au motif de « fausses nouvelles », réagissait à un article de François Bougon du 18 janvier intitulé Face à la crise iranienne, Pékin se contente d’un soutien de façade. Le voici :

Ainsi, quand des mises en scène grotesques suffisaient à dénoncer des « attaques chimiques du régime Assad » en Syrie, les vidéos jointes à ce message, où on voyait un civil se faire lyncher ou un homme au sol se faire lyncher et frapper à coups de machette, étaient disqualifiées comme des « fausses nouvelles ». Encore une fois, à l’heure de vérité, Mediapart sait s’aligner sur le récit atlantiste et ne permet aucune remise en cause du récit dominant, malgré des décennies de manipulations similaires (couveuses du Koweït, armes de destruction massive de Saddam, etc.).

Le 11e et dernier des commentaires supprimés réagissait à l’article de Fabien Escalona du 18 janvier intitulé Le « parrain » Trump menace les États européens qui soutiennent le Groenland. Le voici :

Le caractère arbitraire de cette suppression est manifeste et se passe de commentaires.

Je précise qu’en plus de ces 11 commentaires supprimés, 28 autres l’ont été pour le motif « le commentaire répondait à un commentaire contraire à la Charte de participation ». Comme l’indique la Charte de participation de Mediapart, « Quand un commentaire a été dépublié par l’équipe Modération, les réponses à ce commentaire sont automatiquement dépubliées également. » Ces 28 commentaires supprimés n’impliquent donc aucune violation de la Charte, Mediapart les supprimant au prétexte de l’absence de contexte entrainée par la suppression d’un message initial auquel les abonnés réagissent ; cela constitue, à mes yeux, une forme de mépris pour les lecteurs, dont les discussions sont supprimées sans raison valable (ou plutôt, pour une raison valable mais inavouable : si un commentaire est supprimé, c’est parce qu’il dit des choses gênantes, qui ont toutes les chances d’être reprises dans les réactions des autres abonnés).

  • L’article de Max Blumenthal et la suppression de mes droits participatifs

Le 15 janvier 2026, j’ai publié un article intitulé « Emeutes meurtrières en Iran : le silence complice des médias occidentaux ». Il reste accessible sur Mediapart en cache, ainsi que sur mon blog WordPress (où je l’avais publié avec un titre plus direct, n’ayant pas à m’encombrer des états d’âme des censeurs de Mediapart).

Comme on le voit sur ce lien, cet article qui compilait les preuves du caractère terroriste des émeutes en Iran et de l’ingérence occidentale faisait partie des plus commentés du Club Mediapart, et était donc automatiquement mis en valeur pour tous les lecteurs, au grand dam de la rédaction.

Tant son contenu que l’introduction rédigée par mes soins étaient accablants pour Mediapart :

Note d’Alain Marshal : Après avoir activement soutenu la destruction de la Syrie et de la Libye, nos médias s’engagent sans vergogne dans le camp de la destruction de l’Iran (et du Venezuela). Ils méprisent les millions d’Iraniens qui sont descendus dans la rue pour défendre la République islamique, passent sous silence les centaines de civils et policiers tués (et parfois décapités) par les émeutiers armés ouvertement par les Etats-Unis et le Mossad (alors qu’un simple refus d’obtempérer justifie la peine de mort dans leur propre pays), et suramplifient délibérément tant le nombre d’émeutiers que le nombre de victimes des forces de sécurité.

Pourquoi ? Parce que, dans l’imaginaire colonial occidental, toutes les vies ne se valent pas. Ce n’est pas l’humanité qui compte, mais l’idéologie : être « pro-République islamique », c’est être voué au néant et au mépris ; être « pro-Shah », « pro-USA » ou « pro-Israël », c’est être érigé en héros. À Gaza, cette logique a été poussée à son paroxysme : un Israélien vaut (au minimum) mille Palestiniens. Aujourd’hui, la même grille de lecture raciste et islamophobe est appliquée à l’Iran : un Iranien anti-régime, sponsorisé par Washington et Tel-Aviv, vaut (au minimum) mille Iraniens pro-régime.

L’Occident refuse aux Iraniens le droit élémentaire de choisir leur modèle de société, d’être attachés à leur religion, à leur héritage culturel et à leurs valeurs. Il s’imagine qu’un mouvement qui, comme les terroristes takfiris, incendie des bibliothèques & mosquées millénaires, des mausolées de descendants du Prophète et brûle le Coran pourrait susciter autre chose que la répulsion massive du peuple iranien. Les médias se moquent des faits, et promeuvent les révolutions de couleur qui transforment les peuples en chair à canon de l’impérialisme et du sionisme, pour les abandonner à leur sort une fois que leur société a été réduite en cendres.

Cet éclairage était manifestement intolérable, surtout au moment où l’Iran était sur le point d’être attaqué. Mediapart a donc décidé de me frapper d’un couperet si violent qu’on ne l’imaginerait, en lisant le journal, qu’en Chine, en Russie ou en Iran. Voilà le message que j’ai reçu le 19 janvier.

Ce message viole de deux manières la Charte de participation de Mediapart, qui stipule qu’en cas de suspension des droits à la participation, « Cette sanction sera notifiée par message privé, avec son motif et sa durée et pourra devenir définitive en cas de récidive de l’abonné. » D’une part, le motif de la suppression de l’article n’est pas indiqué, des « signalements » devant être faits à un titre précis. Plutôt que de m’informer de la violation dont cet article se serait rendu coupable, Mediapart préfère égrener tout le chapelet des violations possibles et imaginables, sans me dire laquelle/lesquelles me concernerai(en)t. D’autre part, la durée de la suspension n’est pas indiquée, mais puisqu’elle dure depuis 3 mois, tout porte à croire qu’elle est définitive, en l’absence même de « récidive ».

Enfin, c’est bien l’esprit même de la Charte de Mediapart qui est violé par cette suspension arbitraire (et même mesquine : je ne peux même plus voir combien de personnes recommandent tel ou tel commentaire, une donnée très intéressante car très souvent, les commentaires les plus plébiscités par les abonnés sont très critiques de l’article…), dont le Manifeste proclame :

« Droit de savoir et liberté de dire sont deux principes fondamentaux sans l’exercice desquels il n’est pas de démocratie vivante. Il n’y a pas de véritable participation à la vie de la cité de chacun·e d’entre nous sans droit de savoir tout ce qui est d’intérêt public, ni liberté de dire ce qu’on en pense, de débattre et de contester. En alliant un Journal indépendant à un Club participatif, Mediapart illustre résolument cette défense de l’idéal démocratique. […] L’exercice démocratique de la liberté d’expression doit tendre à élever le débat et non à l’abaisser. »

Ces beaux principes affichés condamnent sévèrement la pratique de Mediapart, tant ils sont bafoués par ces décisions arbitraires. En bloquant indéfiniment un compte sans motif ni durée, alors même qu’il traduit des documents précieux qui élèvent le débat ; en supprimant arbitrairement des commentaires qui dénoncent un deux poids deux mesures et soulignent les failles de sa ligne éditoriale ; en coupant brutalement un abonné de ses contacts, qui n’ont aucun moyen de savoir pourquoi il a « disparu », Mediapart adopte précisément les méthodes qu’il dénonce chez les médias dominants et chez les régimes dits autoritaires.

  • Appel à l’action

C’est pourquoi je demande la restauration de mon blog et de mes droits participatifs, via cet article et cette pétition ouverte à tous, abonnés, anciens abonnés ou autres (le cas échéant, merci de préciser que vous êtes ou avez été abonnés). A défaut de cela, que Mediapart assume ses choix éditoriaux au lieu de les dissimuler derrière une modération arbitraire, et modifie sa Charte en conséquence. La moindre des choses serait d’indiquer « Commentaire dépublié par la rédaction » à chaque occurrence, et de faire savoir qu’un blog est inactif parce qu’il a été « gelé » par la modération, en indiquant le motif, plutôt que de laisser croire à un « départ volontaire ».

Le silence de la modération de Mediapart est déjà une réponse, mais ce n’est pas une réponse acceptable. Quiconque souhaite contribuer à ce combat peut le faire en écrivant au Club Mediapart (par email à contact@mediapart.fr et lamoderation@mediapart.fr, ou directement via la messagerie interne pour les abonnés, idéalement en me mettant en copie dans les deux cas : alainmarshal2@gmail.com / Alain Marshal). Il est également possible d’interpeler les responsables de Mediapart (Edwy Plenel, Carine Fouteau) et du Club (Sabrina Kassa, Livia Garrigue et Guillaume Chaudet Foglia) sur Twitter : @Mediapart, @edwyplenel, @carinefouteau, @MediapartBlogs, @sabkassa, @livia_garrigue (me mettre en copie le cas échéant : @AlainMarshal2).

Et tout abonné ou ancien abonné de Mediapart ayant subi des désagréments similaires est invité à les partager. En attendant, tous ceux qui me suivaient sur Mediapart peuvent s’abonner à mon blog sur WordPress et sur Twitter.

Être baillonné pour avoir exprimé son désaccord : voilà ce qu’est devenu, en pratique, le « journalisme participatif » de Mediapart.


Pour me soutenir dans mon travail et mon combat contres les discriminations à la CGT et sur Mediapart, vous pouvez signer cette pétition qui dénonce la répression des voix pro-palestiniennes, le racisme et l’islamophobie et approche des 20 000 signatures, et cette pétition qui vient d’être lancée. Vous pouvez aussi faire un don et vous abonner à mon blog par e-mail afin de recevoir automatiquement mes nouvelles publications. Suivez-moi également sur Twitter et Bluesky.

Si vous êtes en mesure de participer à une action antiraciste au prochain Congrès de la CGT à Tours, qui se tiendra en juin 2026, voire à d’autres actions visant à dénoncer les discriminations dans le Puy-de-Dôme ou en région parisienne, veuillez me contacter par email (alainmarshal2@gmail.com). Vous pouvez également contribuer à briser l’omerta en témoignant d’autres expériences similaires, comme l’exemple d’Alex (signez la pétition pour le soutenir) ou celui d’Abdelatif.

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